2E ÉDITION DU FORUM INNOVATION BOIS

15 000 postes à combler d’ici cinq ans

 «On observe beaucoup de désinformation sur les perspectives d’emploi que propose notre secteur. Nous devons redorer notre image, montrer que nous offrons de bons emplois avec des salaires intéressants, que notre industrie s’est modernisée, qu’elle est beaucoup plus écologique qu’il y a 50 ans et que, malgré ce qu’on peut laisser croire, il y a encore de l’avenir dans la forêt.» - Jocelyn Lessard

«On observe beaucoup de désinformation sur les perspectives d’emploi que propose notre secteur. Nous devons redorer notre image, montrer que nous offrons de bons emplois avec des salaires intéressants, que notre industrie s’est modernisée, qu’elle est beaucoup plus écologique qu’il y a 50 ans et que, malgré ce qu’on peut laisser croire, il y a encore de l’avenir dans la forêt.» - Jocelyn Lessard

Photo: archives LMF

6 Nov. 2017

Bien que l’innovation et la recherche représentent des avenues intéressantes pour garantir son avenir, l’industrie forestière devra surtout relever le défi colossal de combler 15 000 postes d’ici les cinq prochaines années et de s’assurer que cette main-d’oeuvre dispose des compétences adéquates.

Patrick Rodrigue

Le 25 septembre, une centaine d’intervenants de tous les horizons forestiers du Québec ont convergé vers Rouyn-Noranda pour la deuxième édition du Forum Innovation Bois. Ce rendez-vous a été l’occasion pour les participants de dresser le bilan du chemin parcouru depuis la première édition, qui s’était tenue à Rivière-du-Loup en octobre 2016.

Quarante mesures divisées en quatre grandes orientations en avaient résulté. «Environ 80 % de ces mesures ont depuis été mises en oeuvre pour soutenir la modernisation et l’innovation de l’industrie forestière québécoise, a précisé le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, LUC BLANCHETTE. Quant aux échanges de la journée, ceux-ci iront bonifier notre nouvelle stratégie forestière, dont la sortie est prévue pour l’hiver 2018.»

MAIN-D’OEUVRE

Une part importante des discussions a été occupée par l’épineux problème de la rareté de la main-d’oeuvre. Pas moins de sept intervenants de l’industrie, des coopératives forestières, du monde syndical et de l’univers de la formation se sont penchés sur la question lors d’une table ronde. «Avec 15 000 postes à combler d’ici cinq ans, nous sommes arrivés à un point critique, a prévenu ANDRÉ TREMBLAY, PDG du Conseil de l’industrie forestière du Québec. La mécanisation ne pourra pas combler tous les départs à la retraite. Et comme toutes les entreprises manquent de main-d’oeuvre, on ne peut plus aller la chercher chez le compétiteur. Il faut donc séduire les jeunes, dans un contexte où ceux-ci boudent notre secteur.»

À cet égard, le directeur général de la Fédération québécoise des coopératives forestières JOCELYN LESSARD, a insisté sur l’importance de braquer davantage les projecteurs sur les bons coups de l’industrie forestière. «On observe beaucoup de désinformation sur les perspectives d’emploi que propose notre secteur. Nous devons redorer notre image, montrer que nous offrons de bons emplois avec des salaires intéressants, que notre industrie s’est modernisée, qu’elle est beaucoup plus écologique qu’il y a 50 ans et que, malgré ce qu’on peut laisser croire, il y a encore de l’avenir dans la forêt.»

Il serait également pertinent, selon M. Lessard, d’établir un maillage entre les entreprises forestières et les établissements de formation. «Nous devons travailler en collaboration avec les écoles pour attirer la relève dans les programmes forestiers, a-t-il fait valoir. Celles-ci ne peuvent arriver seules à faire connaître concrètement en quoi consiste notre industrie et ce qu’elle fait.»

Le défi reste cependant de taille. Même si la forêt continue à jouer un rôle important dans l’économie de plusieurs régions, elle n’attire plus les jeunes en raison de la mauvaise image qu’elle projette. «Nous proposons de super beaux métiers, mais la formation professionnelle reste le parent pauvre de l’éducation. De plus, la dernière mise à jour des programmes date de 2006. Ceux-ci ne répondent donc plus forcément aux besoins de l’industrie», a déploré RENÉ ROY, responsable des admissions et de la sanction des études au Centre de formation Harricana à Amos.

Pour ÉRIC AUBIN, directeur des études au Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, il faudrait davantage axer la promotion des formations sur les postes à combler et non sur les compétences qu’elles permettent d’acquérir. «Notre clientèle est maintenant composée de milléniaux. Ce sont des personnes pragmatiques, qui veulent une formation débouchant sur un emploi», a-t-il signalé.

DENIS MARTEL, vice-recteur intérimaire de l’UQAT, a pour sa part affirmé que l’immigration deviendra un élément de solution incontournable. «À elle seule, la démographie ne suffira pas, a-t-il affirmé. Il faudra donc attirer plus de main-d’oeuvre de l’étranger et, surtout, implanter un programme national de déploiement systématique des immigrés dans les régions. À l’heure actuelle, comme ils restent en majorité dans les grands centres urbains, nous passons à côté de belles opportunités.»

DÉFI AUDACIEUX

Au chapitre de l’innovation, ROBERT BEAUREGARD, vice-recteur exécutif de l’Université Laval et sommité dans le domaine de la recherche forestière au Québec, a proposé aux participants de relever un défi audacieux : produire simultanément plus de bois tout en améliorant la protection de la forêt. Comment? En misant sur les mesures de lutte contre les changements climatiques.

Le Québec s’est en effet engagé à réduire, d’ici 2030, de 37,5 % ses émissions de gaz à effet de serre par rapport aux niveaux de 1990. Cela correspond à un objectif de 26,5 mégatonnes. «Le problème, c’est que jusqu’à présent, nous avons surtout concentré nos efforts sur la réduction à la source et pas assez sur l’aménagement de puits de carbone pour capter et fixer les gaz déjà émis. C’est comme si on voulait vider un bain en réduisant la taille du robinet, mais sans penser à élargir le trou du drain : ça n’ira pas plus vite ni mieux», a illustré M. Beauregard.

Il considère qu’il serait facilement concevable d’augmenter de 30 % la productivité de la forêt québécoise au cours des 10 prochaines années en privilégiant certains types de produits, en améliorant la qualité de l’aménagement forestier et en l’intensifiant dans des territoires ciblés. Et qui dit hausse de la production de bois dit aussi augmentation de la superficie du couvert forestier, donc de l’ampleur des puits de carbone. Des mesures en ce sens devraient être proposées à l’été 2018. Elles feront ensuite l’objet d’un plan d’action qui devrait être déposé à l’hiver 2019.

LA FORÊT PRIVÉE A UN RÔLE IMPORTANT À JOUER

Dans tout ce débat, la forêt privée est appelée à jouer un rôle important, selon le président du Regroupement des sociétés d’aménagement du Québec, RÉNALD BERNIER. «Nous devons garder en tête que même si la forêt privée ne représente que 12 % du territoire forestier du Québec, elle compte pour 30 % de la possibilité forestière, a-t-il signalé. Ça fait longtemps que nos propriétaires savent comment cultiver la forêt. Et nous avons encore beaucoup de place pour intensifier les travaux sylvicoles et la production de bois ou aménager des puits de carbone.»

Selon M. Bernier, aucune recette sylvicole ne pourra être réellement efficace sans la forêt privée. Mais pour y parvenir, cette dernière a besoin du soutien de l’État. «Le plus grand défi que nous devons relever, c’est qu’avec 100 000 propriétaires de boisés, c’est 100 000 décisions potentielles différentes. Comme nous ne pouvons rien imposer, ça nous prend donc de meilleurs incitatifs», a-t-il fait valoir.

APPROVISIONNEMENTS STABLES ET À UN COÛT COMPÉTITIF

Plusieurs intervenants du secteur industriel ont cependant fait remarquer que tous ces efforts d’innovation et de promotion ne serviront à rien si un approvisionnement en fibre stable et à un coût compétitif n’est pas garanti. MICHEL LESSARD, vice président de la gestion des ressources forestières chez Tembec, a notamment cité en exemple le cas des scieries abitibiennes et ontariennes de sa compagnie. «Juste pour les redevances forestières, nous enregistrons une différence de 18 $ le mètre cube entre notre usine de La Sarre et celle de Cochrane. C’est pourtant le même bois, qui est récolté de la même manière et dans les mêmes conditions; seule une frontière le différencie», a-t-il exposé.

7,65 M $ DE NOUVELLES MESURES DE SOUTIEN

Le ministre Luc Blanchette a conclu la deuxième édition du Forum Innovation Bois en annonçant l’octroi de 7,65 M $ dans plusieurs mesures destinées à réinventer l’industrie forestière et attirer davantage la relève en forêt. La principale demeure une somme de 4 M $ répartie sur deux ans qui sera distribuée à parts égales entre l’UQAT, l’UQAC, l’UQAR et l’UQO pour soutenir la recherche en sylviculture dans les régions.