Lutte contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette au Saguenay—Lac-Saint-Jean

1er arrosage de BTK en forêt privée

Les groupements forestiers de la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean ont décidé de s’attaquer à l’invasion de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Pour la première fois en forêt privée, on a procédé à un épandage pour freiner les ravages de cet insecte nuisible.

Les groupements forestiers de la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean ont décidé de s’attaquer à l’invasion de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Pour la première fois en forêt privée, on a procédé à un épandage pour freiner les ravages de cet insecte nuisible.

photo: archives

15 Nov. 2016

Les groupements forestiers de la région du Saguenay—Lac-Saint-Jean ont décidé de s’attaquer à l’invasion de la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE). Pour la première fois en forêt privée, on a procédé à un épandage pour freiner les ravages de cet insecte nuisible.

Marie-Claude Boileau

Le projet, qui a eu lieu cet été, a reçu l’appui des Agences de mise en valeur du Saguenay et du Lac-Saint-Jean. JOHNATAN DOUCET, ingénieur forestier à la Société sylvicole (SS) Mistassini, explique que l’idée part d’une demande des propriétaires membres des trois groupements forestiers de la région.

Après avoir évalué par quels moyens ils pouvaient procéder eux mêmes, ils ont approché les Agences puisqu’il s’agissait d’une problématique régionale. Rappelons que la SOPFIM lutte contre la TBE par de l’arrosage, mais seulement en forêt publique.

Après avoir monté le projet à l’automne dernier, on a recruté les propriétaires participants en hiver. Les places ont rapidement trouvé preneur. En tout, une superficie d’environ 1100 hectares a été traitée dans la région. À la SS Mistassini, l’étendue regroupait 27 propriétaires pour un total de 324 hectares. L’épandage aérien de l’insecticide BTK a été effectué en juin durant trois jours par l’entreprise GDG Environnement.

M. Doucet raconte qu’il y a eu de la pluie durant cette période. «C’était dur à déterminer quand on y allait ou pas. Pour contrer ce problème, on a effectué deux arrosages. Un au début de la période d’arrosage et quelques jours après», raconte-t-il.

Efficace

Selon lui, les premiers résultats semblent démontrer que c’est très efficace. Toutefois, dans certains secteurs au Saguenay où l’on retrouve du sapin, les effets sont moins concluants. Du côté du Lac-Saint-Jean où est basée la SS Mistassini, c’est l’épinette blanche qui domine les peuplements traités.

«Ce sont des plantations de 30 ans. Nous avons des sites où l’on a des propriétaires dont leurs plantations étaient de moyennement à très affectées. Selon le niveau de l’infestation avant, c’est peut-être ça qui a fait que ça a moins bien fonctionné à certains endroits. Ce sont les sites très affectés qui ont moins bien réagi au traitement. On peut dire que ç’a bien fonctionné en général», résumet- il.

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) juge que l’épinette blanche est plus résistante à la TBE. L’ingénieur forestier nuance ces dires puisque les études sur lesquelles est basée cette conclusion ont été réalisées dans un peuplement naturel. «Dans la nature, un peuplement d’épinette blanche à 100%, ça n’existe pas. Normalement, il y a une présence de 15 à 20% d’épinette blanche, expliquet- il. Dans notre secteur, on a décidé dans les années 70-80 de faire des plantations à 100% épinette blanche. Est-ce que c’est la tordeuse qui a fait que des peuplements d’épinette blanche n’existent pas? Je pense que oui, mais je ne suis pas un spécialiste», suppose-t-il.

Rentable

L’ingénieur forestier est persuadé que l’épandage est rentable pour les propriétaires forestiers. Il signale que démarrer une plantation d’épinette blanche coûte entre 3000$ et 4000$ ce qui inclut le reboisement, la préparation de terrain et son entretien.

Pour leur projet, il en a coûté 250$ l’hectare. Pour le propriétaire, la facture était de 110$ l’hectare. Les agences ont payé le reste de la somme. Puisqu’on estime avoir peut-être besoin d’un deuxième arrosage qui n’a toutefois pas encore été planifié, le montant pourrait donc s’élever à 500$ l’hectare. M. Doucet précise qu’une partie des coûts peut être remboursée par des crédits de taxe.

Selon lui, arroser au BTK permettra aux propriétaires de sauver leur plantation et poursuivre les travaux commerciaux à venir tels que l’éclaircie commerciale dans cinq ou sept ans. «Par exemple, dans une éclaircie commerciale, on va chercher 50 m³/ha, il en reste 25$/m³ au propriétaire, ça veut dire 1250$ au propriétaire par hectare. Si le propriétaire fait deux arrosages, lorsque l’épidémie sera finie, ça lui aura coûté 500$ l’hectare s’il paie l’arrosage au complet. Il va en récupérer 1250$ en éclaircie dans quelques années. De plus, il va pouvoir réaliser la récolte finale dans plusieurs années avec de très bons volumes de bois. Si l’on n’arrose pas les plantations d’épinette blanche affectées, il est certain qu’il n’aura pas de revenus dans le futur», fait-il valoir.

M. Doucet indique qu’il existe peu d’études sur les plantations d’épinette blanche et la TBE. Lorsque l’insecte est présent, il mange les pousses annuelles. L’ingénieur forestier mentionne qu’à la première année, il y a peut-être 15% de défoliation, 45% à la deuxième, puis le taux grimpe à 70% de défoliation entre la troisième et la quatrième année. «Si l’on vient mettre du BTK sur la tordeuse, on va ramener le niveau de défoliation à peut-être 15 ou 20%.

Bien qu’elle ne sera pas toute détruite, avant qu’elle réussisse à reprendre le dessus ça nous donne trois ou quatre ans où l’on gardera l’épinette en vie. On va peut-être alors devoir arroser à nouveau pour la garder en vie un autre trois ou quatre ans. Pendant ce temps-là, l’épidémie va s’en aller. Quand l’épidémie sera terminée, la plantation va être en vie. Et l’on pourra aller faire l’éclaircie commerciale», soutient-il.

L’arrosage reste-t-il efficace si le lot voisin ne reçoit pas de BTK? Johnatan Doucet croit que ça vaut la peine. Lorsque l’insecte part en migration, la TBE peut parcourir 200 mètres ou 5 km. «Lorsqu’elle est en période de migration, celle-là à côté de toi ne va pas nécessairement tomber dans ta plantation, elle peut se rendre bien loin. Et vice-versa, celle qui est loin peut venir chez vous», note-t-il. Reste qu’on ne peut être certain à 100%. Le projet au Saguenay—Lac-Saint- Jean permettra de l’étudier.

La Société Sylvicole Mistassini documente actuellement les résultats avec des images sur le terrain et aériennes à l’aide de drone.