1er Forum franco-québécois de la filière bois et forêt

30 Sep. 2013
Marie-Claude Boileau

Quelque 200 personnes se sont réunies pour le tout premier Forum franco-québécois sur la filière bois et forêt qui a eu lieu le 17 septembre à l’Hôtel de Ville de Paris. Hervé Deschênes de FP Innovation, Jocelyn Lessard de la Fédération québécoise des coopératives forestières et Yves Lachapelle du Conseil de l’industrie forestière du Québec sont quelques-uns des Québécois qui y ont pris part. Olivier Chaumontet, directeur de l’Union Régionale des Associations de Communes Forestières Rhône-Alpes et Françoise Alriq, directrice adjointe de la Fédération nationale des Communes forestières qui coorganisent l’événement, ont répondu aux questions du Monde forestier.

Qui est l’organisateur, France Forêt Bois?

O.C : L’interprofession nationale a été créée le 8 décembre 2004 sous l’égide du Ministère de l’Agriculture responsable des forêts. Depuis, France Bois Forêt agit avec les acteurs de la filière en cofinançant des actions collectives de promotion, de progrès techniques, d’éducation à l’environnement, de mise à disposition des données statistiques, de la recherche et développement, en encourageant l’innovation et l’exportation de produits transformés. Aujourd’hui, elle regroupe les propriétaires et gestionnaires forestiers publics et privés, les pépiniéristes, grainiers et reboiseurs, les professionnels de la première transformation du bois : récolte, scierie, rabotage, parquet massif, emballage en bois caisses-palettes et emballages légers.

Quelle est sa mission?

O.C : Elle a pour ambition de promouvoir le développement économique de toute la filière par une plus grande utilisation du matériau bois par le grand public, les professionnels et les nombreux secteurs de l’économie Française. Elle travaille également à valoriser les métiers forestiers et la place qu’occupe la forêt française dans les politiques environnementales par son rôle dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre. L’objectif de France Bois Forêt est de promouvoir l’utilisation de la ressource forestière nationale et l’emploi du bois.

Quels bénéfices voyez-vous à organiser un événement réunissant des organismes québécois et français?

O.C. : Offrir de nouvelles compétences aux acteurs et à donner de la visibilité à la filière forêt bois.

F.A. : Une amélioration globale de la prise en compte des rôles de la forêt dans sa multifonctionnalité et de la filière dans sa structuration, l’innovation.

Quelles sont les différences dans la gestion de la forêt entre les deux pays?

O.C. : Les fondements légaux et la nature de la propriété engendrent des différences fortes. L’importance de la forêt des collectivités françaises (communes) qui garantit un approvisionnement régulier des entreprises et qui garantit également la multifonctionnalité des espaces forestiers. Environ 11 000 communes se partagent 2 700 000 hectares de forêts, soit 17% de la forêt française et 58% de la forêt publique. Ce patrimoine, riche d’une grande diversité d’essences, est réparti de façon très inégale selon les régions : dans les Vosges, 98% des communes sont propriétaires de forêts tandis que l’on n’en compte qu’une ou deux en Vendée ou en Mayenne. Partout le contexte économique est extrêmement difficile. Au cours des deux dernières décennies du 20e siècle, le prix du mètre cube de bois a perdu les deux tiers de sa valeur. D’où l’importance d’une mobilisation des producteurs au sein des organisations interprofessionnelles pour que le bois retrouve la place qui justifie ses qualités et retrouve une vraie valeur économique. L’avènement des forêts de proximité québécoises rapproche, nous semble-t-il, des deux contextes. La forêt privée française est profondément marquée par son morcellement qui s’accroit inexorablement et c’est le principal frein à la gestion et à la valorisation de la ressource de la forêt privée. Par ailleurs, les coopératives créent à l’initiative des propriétaires forestiers, devenus puissants, ce qui constitue un outil primordial pour la récolte du bois en forêt privée. De plus, la création de valeur ajoutée au produit bois est un objectif partagé par les gestionnaires forestiers français et québécois.

Les organismes québécois ont-ils des semblables en France?

O.C. : Les différences sont partout. En France, l’ONF qui constitue un service public omniprésent dans le milieu rural joue un rôle important. C’est une différence importante avec le Québec. Pour le reste de la filière, les organismes québécois de représentation de l’industrie ont bien entendu leur équivalent français, la France n’a pas d’organisme de recherche aussi puissant que FP Innovation, l’Ordre des ingénieurs n’existe pas non plus. Les entrepreneurs forestiers français n’ont pas non plus de représentation forte comme au Québec. Par contre, les ingénieurs en structure de la construction bois sont plus organisés en France. Bref, les différences sont partout et des complémentarités sont à rechercher.

F.A : Les grands enjeux sont similaires : lutter contre le changement climatique, gérer durablement, valoriser le matériau bois au mieux, innover.

Des collaborations entre des organismes québécois et français existent-elles déjà?

O.C. : Oui, à tous les niveaux, mais de manière atomisée. Nous pouvons citer l’enseignement, la recherche, l’architecture bois, la coopération décentralisée qui rapproche les collectivités (communes MRC/ CRE), coopératives…

Pourquoi mettre sur pied le Forum franco-québécois bois et forêt?

Olivier Chaumontet : Trois raisons ont été avancées. D’abord, la mise en relation des initiatives de coopération jusque-là isolées en ce qui concerne la filière forêt bois. Ensuite, la connaissance des coopérations qui pourront s’avérer utiles à d’autres acteurs qui souhaiteraient s’engager dans des relations franco-québécoises. Enfin, le rapprochement des acteurs de la filière forêt-bois qui est nécessaire à l’échelle internationale pour conforter son positionnement.

Qui a eu l’idée?

O.C. : L’initiative a été prise par l’interprofession française France Bois Forêt, et toutes les organisations québécoises ont très vite adhéré à cette idée.

À qui ça s’adresse?

François Alriq : À tous ceux qui sont impliqués dans la filière forêt bois : élus, entreprises, établissement de formation, propriétaires, mais aussi à d’autres filières qui s’intéressent aux nouveaux usages du bois.

Quel est l’objectif?

F.A. : Il vise à dresser un état des lieux des collaborations existantes et de créer de véritables moments d’échanges de connaissances et de partages d’expertises entre les différents acteurs de la filière forêt-bois de nos deux pays.

Quels sont les thèmes abordés?

O.C : Il y a des ateliers sur les nouveaux produits issus du bois, la formation et mobilité professionnelle, le renouvellement forestier et les garanties de gestion durable ainsi que l’utilisation du bois dans la construction de grande hauteur.

Quelles raisons vous ont poussé à inclure des participants québécois à votre forum?

F.A. : Les coopérations existantes témoignent de l’intérêt des échanges de la complémentarité des connaissances, des expériences.

Souhaiteriez-vous que l’événement revienne tous les ans?

O.C. : Le principe est acquis que la deuxième édition se fera au Québec.