Gouvernement fédéral et SOPFIM

6M$ pour lutter contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette

Le gouvernement fédéral a annoncé une contribution de 6 M$ sur quatre ans pour lutter contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) au Québec.

Le gouvernement fédéral a annoncé une contribution de 6 M$ sur quatre ans pour lutter contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) au Québec.

Photo: Guy Lavoie

11 Juin. 2014

Annoncé dans son dernier budget, le gouvernement fédéral a annoncé une contribution de 6 M$ sur quatre ans pour lutter contre la tordeuse des bourgeons de l’épinette (TBE) au Québec. Une contribution qui réjouit la SOPFIM, l’organisme responsable de protéger les forêts contre les insectes et la maladie.

Marie-Claude Boileau

Informée de l’intention du gouvernement du Canada de soutenir la lutte contre la TBE dans l’Est du Canada, la Société de protection des forêts du Québec contre les insectes et les maladies (SOPFIM) s’est renseignée auprès du fédéral pour connaître la nature du projet.

Précisons que cette initiative découle d’un budget de 18 M$ sur quatre ans annoncé dans le Plan d’action économique 2014 pour des mesures d’intervention précoce visant à prévenir la propagation de la TBE. Ainsi, le Nouveau-Brunswick s’est vu accorder 12 M$ et le Québec, 6 M$. L’organisme québécois a déposé un dossier pour obtenir une contribution.

Le projet de la SOPFIM vise à contrôler l’infestation dans les régions du Bas-Saint- Laurent, de la Gaspésie et de la Côte-Nord. Pour 2014- 2015, c’est une somme de 1,5 million de dollars qui y sera consacrée. «On voyait venir l’épidémie qui débutait au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie. Le thème du fédéral est une nouvelle stratégie qui vise une intervention hâtive. On veut voir comment on peut, avec une intervention plus tôt, avoir un impact sur l’épidémie. C’est ce qui se fait au Nouveau-Brunswick avec un projet axé sur la recherche. Au Québec, on visait un volet opérationnel ce qui fait que nous avons proposé une intervention dans des peuplements qui ne sont pas touchés à l’heure actuelle par la stratégie du gouvernement du Québec», explique JEANYVES ARSENAULT, directeur général de la SOPFIM.

Le projet se déroulera dans la forêt publique sur des peuplements aménagés, c’est-à-dire des éclaircies précommerciales ainsi que des peuplements avec une défoliation légère, ce qui signifie des essences qui perdent leurs feuilles. «Pour la Côte-Nord, compte tenu de l’évolution de l’épidémie, il est trop tard pour une intervention en défoliation légère, mais du côté du Bas-Saint-Laurent, c’est ce qu’on a proposé. On souhaite recueillir les données des plantations et des éclaircies précommerciales pour la Côte-Nord. Au Bas-Saint-Laurent, ce sera des éclaircies précommerciales et des plantations d’épinette blanche», explique M. Arsenault.

En tout, les interventions pour cet été toucheront 12 000 hectares. «À travers ce projet, on cherche à récolter des informations sur les interventions au niveau des peuplements aménagés. Quel impact peut-on avoir sur des peuplements qui ont des défoliations légères? Ce qui n’a pas été fait par le passé. On utilisera l’approche d’une intervention basée sur les populations, c’est-à-dire une ou deux pulvérisations en fonction du niveau de population et des défoliations. On s’enligne vers des peuplements nouveaux avec des structures différentes afin de voir comment les épinettes blanches réagissent au BTK. Peut-on obtenir le même succès en appliquant les mêmes techniques? C’est ce qu’on veut valider. Et ce sera la même chose pour les éclaircies précommerciales», indique le directeur général de la SOPFIM.

Pour les années suivantes, le projet risque d’évoluer en fonction du succès obtenu pour préserver les peuplements à défoliation légère. «Si ça progresse bien, les zones pourraient tomber dans le programme régulier, puis on visera d’autres superficies. On va essayer de peaufiner nos techniques de pulvérisation et d’approche, de même que le nombre d’applications pour voir le niveau de population. On visera aussi d’autres plantations pour suivre l’épidémie particulièrement au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie», précise-t-il.

La SOPFIM

Organisme privé à but non lucratif, la SOPFIM a été mise sur pied en 1990, à la suite de l’adoption de la Loi sur les forêts. Elle est la seule intervenante en matière de lutte contre les insectes ravageurs forestiers et les maladies cryptogamiques. Son financement provient du Gouvernement du Québec (60%) et de l’industrie forestière (40%). Le principal mandat de la SOPFIM vise la protection des forêts québécoises contre l’épidémie de la tordeuses des bourgeons de l’épinette. C’est le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles qui donne les mandats à l’organisme et soumet les zones à traiter. «Il y a une évaluation aérienne effectuée par le ministère chaque année. Ensuite, une vérification est faite par les ouvriers forestiers du ministère. Puis, on reçoit les directives chaque printemps sur les arrosages à réaliser», fait savoir ISABELLE LAPOINTE, responsable des communications à la SOPFIM.

La superficie à traiter varie selon les années. «Ça dépend des zones de défoliation. Il y a une investigation de faite de façon très rigoureuse à cet effet. Le nombre d’hectares est de plus en plus important parce que les insectes se propagent. Une épidémie va durer 25 ans. Elle atteindra un pic à un moment donné. Sans compter, qu’elle se déplace. Sur la Côte- Nord, elle atteindra bientôt son sommet d’ici quelques années avant de diminuer. Ça commence au Bas-Saint-Laurent tandis qu’elle est encore présente au Saguenay», mentionne Mme Lapointe.

Qu’en-est-il des territoires autochtones qui sont sous juridiction fédérale?

Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP) réalise un survol aérien pour délimiter les dommages causés par certains insectes, maladies des arbres et autres causes abiotiques (chablis, verglas, etc.). Cet inventaire aérien documente les phénomènes naturels et, par le fait même, fait abstraction des limites territoriales. Des relevés terrestres sont aussi réalisés dans toute la province avec prise d’échantillons pour identifier/confirmer ou rapporter des phénomènes en cours. Les gestionnaires de territoires sont contactés pour obtenir leur aval lorsque le ministère désire établir une station d’observation des insectes et maladies des arbres. Enfin, le ministère répond aux demandes d’information et de diagnostic (identification d’insecte ou de maladie d’arbre à partir d’échantillons reçus) concernant les insectes et maladies des arbres, incluant celles qui pourraient provenir de communautés autochtones.

Pour la lutte directe (c’est-à-dire par des arrosages aériens avec un insecticide biologique), les territoires autochtones, qui se retrouvent au nord de la limite exploitable des forêts, font partie des territoires exclus des aires admissibles à la protection. Notez que les résultats sont publiés annuellement et disponibles sur Internet, dans la section rapports «Insectes, maladies et feux dans les forêts québécoises» (ici). Les données des survols aériens sont également disponibles à tous sur le portail gouvernemental du Québec.

Les ravageurs et les frontières

Le ministère indique que les ravageurs forestiers ne connaissent pas les limites administratives et les frontières. Des insectes et maladies des arbres ont donc déjà été recensés dans des territoires autochtones. Lorsque la demande d’information ou de diagnostic provient d’une communauté autochtone, les résultats lui sont communiqués directement. Toutefois, pour qu’un territoire soit traité par l’organisme québécois, la communauté doit en faire la demande au fédéral et à la SOPFIM. «La demande est alors acheminée à notre conseil d’administration qui analysera les pour et les contre avant de rendre sa décision», expose M. Arsenault. Une entente de service sera ensuite proposée à la communauté qui est responsable d’en assurer le financement. Elle devra défrayer les coûts pour d’arrosage qui s’y rattachent. Une somme qui peut être élevée.