COOPÉRATIVE DE TRAVAIL DE GUYENNE

70 ans de coopération!

Sur cette photo qui date de 1946, M. le curé, le chanoine Émile Couture (à gauche), des fondateurs de la Coopérative de Guyenne et des membres des JAC (Jeunesse Agricole Catholique) assistent à plantation de la croix du quatre chemin (nord-sud, chemin du Launay-Lac Chicobi et est-ouest rang 4 et 5) à Guyenne.

Sur cette photo qui date de 1946, M. le curé, le chanoine Émile Couture (à gauche), des fondateurs de la Coopérative de Guyenne et des membres des JAC (Jeunesse Agricole Catholique) assistent à plantation de la croix du quatre chemin (nord-sud, chemin du Launay-Lac Chicobi et est-ouest rang 4 et 5) à Guyenne.

Photo: courtoisie

7 Avr. 2017

La forêt a des racines dans plusieurs petites communautés du Québec, c’est bien connu. Et c’est particulièrement le cas pour la Coopérative de travail de Guyenne qui a été fondée il y a 70 ans. Sa première tâche était d’ailleurs la colonisation de ce territoire situé à 50 km au nord-ouest d’Amos.

Marie-Claude Boileau

En 1946, la Fédération des sociétés de colonisation en partenariat avec la Fédération des chantiers coopératifs du nord-ouest décident de mettre de l’avant une formule basée sur la coopérative qui résulte par la création l’année suivante du Syndicat coopératif «Les Pionniers de Guyenne». Le nouvel organisme se voit octroyer 190 lots destinés aux futurs résidents du village de Guyenne. «Le Syndicat avait le mandat de vendre les terres pour le ministère de la Colonisation», indique CLAUDE DIONNE, directeur général de la Coopérative de travail de Guyenne.

L’histoire des deux entités est donc étroitement liée. Les colons devaient devenir membres du Syndicat et adhérer à ces principes pour acquérir une des terres à défricher. On a misé beaucoup sur le modèle coopératif pour bâtir la communauté. «Tous les gens du village étaient des membres de la coop», commente M. Dionne. Les membres devaient s’engager à ne pas avoir recours à l’entreprise privée.

C’est ainsi que plusieurs coopératives naissent comme le Syndicat de Guyenne, une coopérative de consommateurs, une coopérative d’habitation et les Serres coopératives de Guyenne. Le Syndicat coopératif «Les Pionniers de Guyenne» s’est occupé de réaliser tous les travaux d’aménagement sur le territoire : défrichement, drainage, construction des bâtiments et des routes, etc. Il était alors un important employeur assurant un travail stable, permanent et bien rémunéré aux habitants du village.

Mentionnons que l’organisme a porté plusieurs noms notamment le Syndicat de travail de Guyenne, l’Association coopérative de travail de Guyenne et, finalement, la Coopérative de travail de Guyenne

Dix ans après la fondation du village et du Syndicat, on compte sur 71 membres qui possèdent chacun un lot. Également en 1957, le Syndicat de travail achète une concession forestière qui comprend outre un territoire de coupe, une scierie, des bâtiments et des équipements pour transformer le bois. Ces installations sont situées à Press et elles seront opérées par la coopérative jusqu’en 1966.

Dans les années 60, les petites communautés éprouvent des difficultés. Le gouvernement ne soutient pas les villages. Certains devront fermer. De plus, l’industrialisation et la modernisation de l’agriculture font mal. Guyenne et l’Association coopérative de travail n’y échapperont pas. Désirant procéder à des améliorations de sa scierie, l’Association coopérative se voit refuser un approvisionnement stable et adéquat par le gouvernement.

Après une longue lutte, l’organisation est obligée de mettre fin à ses opérations à l’automne 1972. Elle se voit toutefois accorder un volume de coupe de trois millions de PMP qui doit être transformé à Launay ou Taschereau. Par ailleurs, des travaux sylvicoles dans les forêts entourant Guyenne leur sont octroyés. Il s’agit d’un contrat totalisant près de 100 000$ annuellement pour cinq ans. Grâce à ces travaux, la Coopérative acquiert une expertise qui lui permet de se démarquer en sylviculture, une activité qui en est alors à ses premières armes au Québec.

En plus du reboisement, l’organisme est le premier à réaliser des travaux d’éclaircies commerciale et précommerciale, de dégagement de plantation et de préparation de terrain pour le reboisement. Entre 1970 et 1990, la Coopérative se dotera de plusieurs machines pour l’aider à effectuer son travail, dont des scarificateurs, des Waddell et des TTS sans compter l’ajout de camps forestiers mobiles.

Elle fera l’achat aussi d’équipements spécialisés tels qu’une abatteuse multifonctionnelle. L’entreprise continue sa progression dans les années 80 et 90. Elle diversifie ses opérations. Elle obtient entre autres un contrat pour la coupe de bois dans le nord-est ontarien, mais aussi d’une compagnie forestière importante. La Coopérative doit effectuer la planification, l’exécution et le suivi technique de tous les travaux d’aménagement devant être réalisés dans les secteurs de Lebel-sur- Quévillon et Matagimi.

Ce contrat de gestion vient à échéance dans les années 2000 et n’est pas renouvelé. De plus, les industriels américains et canadiens ne s’entendent pas sur le prix du bois d’oeuvre et s’en suit une crise qui ébranlera le secteur forestier. Les années suivantes sont difficiles pour la Coopérative de travail de Guyenne. Des usines ferment, des clients quittent tout comme des membres qui partent chercher du travail ailleurs.

La Coopérative a persisté et sa survie est assurée grâce à des membres tenaces et impliqués. Aujourd’hui, elle effectue des travaux de coupe de bois sur les lots intramunicipaux. Elle est conseillère technique accréditée par l’Agence de mise en valeur des forêts privées. BENOIT MANDEVILLE, directeur général de l’Agence de mise en valeur des forêts privées, informe que la coop fait des travaux de préparation de terrain pour le reboisement, de l’entretien de plantation, du reboisement et de l’éclaircie commerciale pour eux depuis les années 2000.

Selon lui, l’organisme a un bon ratio et un bel historique. Elle possède environ 10% du volume d’affaires de l’Agence. «MARTINE MONGRAIN (la conseillère technique rattachée à l’Agence) est avec nous pour représenter deux MRC, soit la Vallée de l’Or et l’Abitibi. Travailler avec elle est toujours un plaisir. Elle est professionnelle. Nous avons de bons commentaires. Nous sommes fiers de l’avoir avec nous», commente M. Mandeville.

La Coopérative de travail de Guyenne s’est toujours impliquée dans sa communauté. Elle a été la principale promotrice du Syndicat de Guyenne, un magasin général coopératif. Elle a versé une aide de 10 000$ pour la création de la Caisse populaire de Guyenne en 1953 afin de lui assurer la rentabilité. En 1974, elle a fondé la Corporation de développement de Guyenne, un organisme indépendant toujours en action. Elle a avancé 40 000$ en 1980 pour mettre sur pied les Serres coopératives de Guyenne. En 1985, elle a soutenu financièrement la Coopérative d’habitation.

Aujourd’hui, la Coopérative de travail de Guyenne compte 13 membres et à peu près le même nombre de travailleurs. Elle a un ardent désir de continuer sa mission. M. Dionne confie qu’il regarde pour trouver un domaine connexe qui pourrait être prometteur pour l’avenir de la coop. Il s’agira de l’un des défis de l’entreprise.

L’autre est le renouvellement de la main-d’oeuvre. «Comme la moyenne d’âge est élevée, il faut trouver des travailleurs plus jeunes pour les remplacer», dit-il. Pour son 70e anniversaire, il n’est pas prévu présentement de le souligner. La Coop pense plutôt célébrer son 75e anniversaire.