Agrile du frêne: que faire pour prévenir ses effets dévastateurs?

Exemple de dommages de l

Exemple de dommages de l'agrile du frêne.

29 Oct. 2012
Mélanie Grenier

Depuis son arrivée en Amérique du Nord, l’agrile du frêne a entraîné la mort de millions de frênes aux États-Unis et en Ontario. Dans les dernières années, la présence du coléoptère originaire d’Asie s’est étendue tranquillement au Québec. Encore le 1er octobre dernier, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) annonçait que sa présence avait été confirmée dans un nouveau secteur, cette fois dans la région de Longueuil. Le Monde Forestier s’est demandé quels moyens les propriétaires de lots boisés pouvaient utiliser pour prévenir la dangereuse menace.

D’entrée de jeu, PIERRE THERRIEN, entomologiste à la Direction de la protection des forêts – Service de la gestion des ravageurs forestiers, est plutôt pessimiste. «Si vos frênes sont d’une grosseur commercialement acceptable, n’attendez pas et récoltez. S’il manque quelques années, on peut surveiller et ne plus replanter avec du frêne», conseille-t-il sans hésitation. C’est que dans l’état actuel des connaissances sur le sujet, l’insecte d’une couleur bleu-vert métallique ne pardonne pas. Il tue 99 % des frênes qu’il rencontre sur son passage. Comme c’est sa forme larvaire, bien cachée sous l’écorce, qui accomplit le travail de destruction, il est pratiquement impossible de détecter sa présence. Le dépérissement de la cime de l’arbre est souvent le premier symptôme des effets de l’agrile et il n’apparait qu’un an, deux ans, voire encore plus longtemps après que l’insecte ait pris ses aises dans l’arbre. «Ça prend quatre ou cinq ans et l’arbre est pratiquement mort et une fois qu’il est mort, il se dessèche très rapidement», détaille l’entomologiste.

Surveiller la distribution

Si vos frênes ne sont pas prêts à être coupés, alors il est important de surveiller la distribution de l’agrile du frêne qui est disponible en tout temps sur le site Web de l’ACIA. Actuellement, la présence de l’insecte a été confirmée dans les régions de Gatineau, Montréal, Laval et Longueuil. «Malheureusement, la dispersion de l’agrile du frêne est très imprévisible», observe M. Therrien confirmant ainsi que cette méthode préventive est loin d’être sans faille.

Le rôle de l’humain

Comme l’insecte comme tel ne peut se déplacer que d’une dizaine de mètres par jour, c’est bel et bien l’activité humaine qui entraîne sa dispersion. Le transport du bois de chauffage est ciblé comme moyen important de propagation. C’est pourquoi l’ACIA recommande de s’informer sur la provenance du bois afin de brûler uniquement du bois de chauffage récolté localement. L’Agence prend aussi des moyens de contrôle pour prévenir le déplacement de bois infecté. Ainsi, si l’agrile est repéré près de chez vous, soyez assurés que vous aurez à faire face à une règlementation sévère.

D’autres méthodes ?

Il existe bien un pesticide systémique qui soit efficace contre le coléoptère, soit le TreeAzin4. La nécessité d’arroser les arbres tous les deux ans rend cependant son utilisation pratiquement réservée aux milieux urbains. «C’est utile pour les arbres d’une grande valeur», explique M. Therrien. Certaines municipalités utilisent pour leur part des pièges collants. «Ça permet une certaine détection », explique l’expert.

Quel avenir pour les frênes ?

À l’heure où l’on se parle, les pronostics pour l’avenir des peuplements de frênes au Canada sont plutôt sombres. En gros, il ne reste qu’à espérer que différents projets de recherche aboutissent sur des solutions réelles. «Il faut faire le mieux qu’on peut avant que l’agrile n’arrive», conclut M. Therrien.