Forêt privée

Création d’une chaire

André Roy, administrateur à la Fédération des producteurs forestiers du Québec, Sylvain Bricault, directeur général de l’usine Domtar à Windsor, Sophie D’Amours, rectrice de l

André Roy, administrateur à la Fédération des producteurs forestiers du Québec, Sylvain Bricault, directeur général de l’usine Domtar à Windsor, Sophie D’Amours, rectrice de l'Université Laval et Pierre Dufour, ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs.

Marie-Claude Boileau

6 Mai. 2019

Les forêts privées occuperont plus de place à l’Université Laval. Le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), l’Université Laval, Domtar et la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ) ont signé une entente pour la création de la Chaire de leadership en enseignement sur la gestion durable des forêts privées de l’Université Laval. L’objectif est d’augmenter la contribution de la forêt privée à l’économie du Québec et de ses régions.

Marie-Claude Boileau

Selon le ministre des Forêts, PIERRE DUFOUR, il s’agit d’un ajout important pour l’avenir de la forêt. «Le but est d’augmenter la place de la forêt privée en enseignement et en recherche et répondre à plusieurs meilleurs enjeux pour une meilleure utilisation de son potentiel ligneux», indique-t-il.

Au Québec, la forêt privée représente 134 000 propriétaires qui détiennent 70 000 m3. Étant situé à proximité des axes urbains et routiers, le bois peut aisément être acheminé vers des usines de transformation. La forêt privée constitue le tiers de la possibilité forestière du Québec. Elle contribue à près de 20 % de l’approvisionnement des usines de transformation. Cependant, on y récolte que 48 % de sa possibilité forestière. «Ce qui est appréciable, mais sa contribution à l’économie pourrait être meilleure. Forte de tous ces atouts, la forêt privée a le potentiel de générer plus de richesse et d’emploi liés à la sylviculture, aux opérations de récolte et à la transformation du bois tout en maintenant les écosystèmes forestiers sains et résilients», soutient le ministre.

La Chaire aura pour mission d’augmenter la contribution de la forêt privée à l’économie québécoise. «Pour ce faire, elle verra à bonifier la formation offerte aux ingénieurs forestiers, à faciliter le maillage entre les industriels et les propriétaires de forêt privée ainsi qu’à outiller le ministère dans l’élaboration de ces politiques et de ces programmes. Elle réalisera différents projets de recherche et d’enseignement. Leurs résultats permettront de mieux comprendre la réaction des propriétaires de lots boisés face aux mesures mises de l’avant par le gouvernement. Elle devra évaluer les états et les contraintes règlementaires sur la rentabilité des opérations de récolte, proposer des modèles afin de maximiser les retombées pour les communautés rurales, l’occupation du territoire et les revenus des producteurs, développer une stratégie sur les bénéfices de l’intensification de l’aménagement forestier en forêt privée et améliorer la performance des mesures pour le transfert des connaissances aux propriétaires», fait savoir M. Dufour.

Administrateur à la Fédération des producteurs forestiers du Québec (FPFQ), ANDRÉ ROY mentionne que cette idée survenue il y a cinq ans était devenue nécessaire puisque les valeurs des propriétaires ont évolué. Il raconte qu’il y a 50, 60 ou 70 ans, 70 % des propriétaires étaient des fores- tiers et des agriculteurs. «Tous ces gens travail- laient en forêt pour couper du bois. Aujourd’hui, on n’en est plus là. Trois générations plus tard, leur profil a beaucoup évolué. Un des premiers mandats de la Chaire sera de comprendre les nouveaux propriétaires forestiers. Il va falloir aussi qu’on s’intéresse à la sociologie. Par exemple, le bois représente le matériau par excellence dans une société de plus en plus convaincue qu’il faut se soucier de l’environnement, mais en même temps que déconnecté de la forêt que nous au Québec. On dirait que la Révolution tranquille nous a éloignés de la forêt. Il va falloir que la société se reconnecte à la forêt», constate-t-il.

MARC-ANDRÉ CÔTÉ, directeur général de la FPFQ, confirme que la chaire permettra de régler un problème de longue date. Les discussions pour sa création ont été entamées il y a cinq ans. Un des deux objectifs essentiels à ses yeux est que les ingénieurs forestiers aient une meil- leure connaissance de la forêt privée lorsqu’ils auront terminé leurs études, mais aussi pour les autres professionnels comme les géographes ou les aménagistes du territoire, car leur travail aura des impacts sur la forêt privée. Le deuxième élément important selon lui c’est qu’il y avait un manque dans la recherche à la Faculté de fores- terie sur les aspects socioéconomiques liés à la forêt privée. «On espère que ça sera corrigé par cette initiative qui a nécessité cinq ans de travail», indique-t-il.

SOPHIE D’AMOURS, rectrice de l’Université Laval, explique que la Chaire est un modèle unique qui permet par le partenariat de créer un environnement même du cursus des étudiants dans le futur. On les exposera de façon soutenue aux défis de la gestion et des opérations dans la forêt privée. Il est clair que nous pouvons mieux outiller nos ingénieurs forestiers pour qu’ils puissent inter- venir auprès des propriétaires, des producteurs et des opérateurs et trouver des façons adaptées à leurs ambitions en plus de valoriser leur actif, ce patrimoine si précieux pour le Québec», commente-t-elle.

La rectrice soutient qu’il est important d’innover dans leurs méthodes pédagogiques. «Dans le cadre du projet, nous travaillerons avec nos partenaires d’ici et d’ailleurs. Parce que ce n’est pas propre au Québec. On va s’inspirer et travailler avec eux», dit-elle.

SYLVAIN BRICAULT, directeur général de l’usine Domtar à Windsor, se réjouit de la création de la Chaire. «Nous croyons que la mise en place de la Chaire de recherche en gestion durable des forêts privées permettra d’améliorer l’expertise des futurs ingénieurs forestiers et fera émerger des solutions innovantes pour améliorer la compétitivité du secteur forestier québécois. C’est pourquoi il nous fait plaisir d’être un partenaire et de contribuer à la recherche par l’accès à nos terrains ou avec le partage de données », indique- t-il. Propriétaire forestier de 160 000 hectares, l’entreprise est l’un des plus grands producteurs de bois du Québec. Elle gère ses ressources de manière responsable. Plusieurs de ses forêts sont certifiées FSC, SFI et ISO 14 0001. « Domtar comprend l’importance de préserver les ressources, en mettant en place des initiatives pour faciliter l’aménagement forestier pour les propriétaires privés et ainsi permettre l’accès à la fibre», dit-il.

BUDGET

La participation financière du MFFP à la Chaire de leadership s’élève à 240 000 $, soit 80 000 $ par an pour les trois prochaines années avec une possibilité de renouvellement pour deux années supplémentaires. À ce soutien financier s’ajoute celui de Domtar, dont la contribution s’élève à 120 000 $ pour les trois prochaines années, soit 40 000 $ par an, et de la FPFQ, qui versera 125 000 $ au cours des cinq prochaines années, soit 25 000 $ par an.