Appels d’offres de REXFORÊT: processus à améliorer

Certains soumissionnaires misent beaucoup plus bas que le coût réel. «Récemment, on a ouvert des contrats de préparation de terrain dans la région et ils sont sortis à des taux vraiment plus bas que ce qu’on est habitué d’avoir dans le marché. C’est une entreprise du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui est venue ramasser l’ensemble des contrats. Aucun groupement forestier ayant soumissionné n’en a obtenu. C’est très variable, mais c’est le principe des appels d’offres : on ne sait jamais qui va se pointer». Éric L’Italien, SERV

Certains soumissionnaires misent beaucoup plus bas que le coût réel. «Récemment, on a ouvert des contrats de préparation de terrain dans la région et ils sont sortis à des taux vraiment plus bas que ce qu’on est habitué d’avoir dans le marché. C’est une entreprise du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui est venue ramasser l’ensemble des contrats. Aucun groupement forestier ayant soumissionné n’en a obtenu. C’est très variable, mais c’est le principe des appels d’offres : on ne sait jamais qui va se pointer». Éric L’Italien, SERV

Photo: Guy Lavoie

6 Oct. 2015

Tout n’est pas parfait dans le processus d’appels d’offres de Rexforêt. Certains soumissionnaires, des groupements et des coopératives forestières, ont des réactions mitigées face au processus. D’après eux, il y aurait encore de la place pour des améliorations.

Marie-Claude Boileau

Dans son ensemble, les trois intervenants interrogés par Le Monde forestier estiment que les appels d’offres fonctionnent bien. SYLVAIN LALANCETTE, directeur général de la Société sylvicole (SS) de Mistassini, les aime bien. Il trouve que le processus est parfait et même mieux qu’avant «parce qu’on n’avait aucune chance d’avoir des contrats avec l’industrie. Ils avaient leur monde et n’en prenaient pas d’autre. Au moins là, on a la chance de soumissionner et d’aller en chercher», stipule-t-il.

De son côté, ÉRIC L’ITALIEN, directeur général de la Société d’exploitation des ressources (SER) de la Vallée, indique ce qu’il y a de positif avec les appels d’offres touchant les éclaircies commerciales: elles sont parfois faites sur invitation à des entreprises régionales seulement. Par contre, à certaines occasions, Rexforêt fixe des prix maximums pour les éclaircies commerciales. «On considère que ce n’est alors pas un réel marché libre. Ils ne prennent aucune soumission au-delà du prix fixé. Ça crée une pression à la baisse sur des prix», souligne-t-il.

ALAIN PARADIS, directeur général de la Coopérative forestière de Petit-Paris est plus nuancé : «Ça peut avoir de bons côtés d’avoir des travaux de plus. En même temps, ça peut arriver qu’on n’ait pas assez de travaux, qu’on n’en remporte pas, donc ça peut affecter certains de nos entrepreneurs qui travaillent sur le scarifiage ou la préparation de terrain», admet-il.

Améliorations

Ce que les trois déplorent, c’est que certains soumissionnaires misent beaucoup plus bas que le coût réel. «Récemment, on a ouvert des contrats de préparation de terrain dans la région et ils sont sortis à des taux vraiment plus bas que ce qu’on est habitué d’avoir dans le marché. C’est une entreprise du Saguenay-Lac-Saint-Jean qui est venue ramasser l’ensemble des contrats. Aucun groupement forestier ayant soumissionné n’en a obtenu. C’est très variable, mais c’est le principe des appels d’offres : on ne sait jamais qui va se pointer», reconnaît M. L’Italien.

Même son de cloche de M. Lalancette. «À un moment donné, si on veut avoir de l’ouvrage, il faut réduire nous aussi les prix, alors on travaille pour rien», commente-t-il. Que propose- t-il comme solution? «C’est difficile d’en trouver une. C’est la personne qui soumissionne qui décide quel prix elle met sur papier. Ma seule inquiétude est que si le ministère se sert des soumissions pour refaire la grille de taux, il faudrait absolument qu’il prenne le plus bas et le plus haut soumissionnaires et qu’il les enlève, puis fasse une moyenne avec les autres», suggère-t-il.

Quant au directeur général de la Coopérative Petit-Paris, il déplore surtout leur déséquilibre géographique. Rappelons que les appels d’offres sont des travaux soustraits des ententes de réalisations de travaux sylvicoles (ERTS), qu’on a transformés pour les offrir sur le marché libre. «Si ces appels d’offres sont lancés dans des secteurs différents d’où l’on avait nos ERTS à l’époque, ça peut créer des différences entre les entrepreneurs qui avaient des ERTS. Maintenant, ils sont obligés de miser sur des appels d’offres un peu partout en province», explique-t-il.

Il cite en exemple sa coopérative qui, faute de travail pour un de ses entrepreneurs en préparation de terrain, a dû miser sur des appels d’offres en Abitibi, au Lac-Saint-Jean et en Mauricie. «On devient obligé d’aller chercher des appels d’offres ailleurs qui coûtent plus cher parce que ça demande de la mobilisation d’équipements et d’équipes. Ça rajoute aux frais parce que je dois miser très bas pour compétitionner les entreprises locales», admet M. Paradis qui a perdu de l’argent pour des contrats remportés en appels d’offres. Il ajoute qu’il a vu des soumissions à 65% des taux de la grille.

Celui-ci propose deux solutions pour améliorer ces lacunes. En premier lieu, il croit que les appels d’offres doivent être mieux dispersés selon chaque secteur et région. Il rappelle que les entreprises forestières opèrent traditionnellement dans des endroits précis. Dans le cas où les appels d’offres sont tous dans un même secteur, il y a un déséquilibre qui se crée. D’après lui, pour s’assurer qu’ils soient équitables pour tous, il faudrait, selon les historiques de chacun, prendre des ERTS dans des secteurs pour permettre la tenue d’appels d’offres et, en contrepartie, mettre des ERTS à des endroits non couverts par des appels d’offres. «Lorsqu’on propose ça à Rexforêt, ils nous répondent qu’ils ne peuvent pas toucher à ça parce que ce sont nos historiques. Si on ne peut pas toucher à mes historiques, il faut que dans les appels d’offres les suivent. Sinon, c’est inéquitable», fait-il savoir.

Deuxièmement, M. Paradis souhaite un meilleur suivi des opérations, notamment par rapport au devis donné aux entrepreneurs. Il note que lorsqu’une entreprise remporte une soumission, la suite s’enclenche rapidement. «Parfois, on se rend compte qu’il manque de personnel pour nous encadrer une fois sur place et pour nous donner des explications. En fin de compte, si ce n’est pas fait comme il faut, c’est nous qui sommes pénalisés. Il faudrait plus de ressources afin d’être capable de faire un bon suivi des travaux qui sont donnés en appels d’offres», soutient-il.

Visites-terrain

Les visites-terrain des lots en soumission sont essentielles selon les trois directeurs généraux. Tous s’entendent pour dire qu’elles sont importantes quoique lorsqu’elles sont loin, le déplacement entraîne des dépenses.

Précisons que certaines sont obligatoires, d’autres non. Il arrive qu’on découvre quelques surprises. M. Paradis raconte qu’ils se sont déjà déplacés pour une visite et qu’ils se sont aperçus que le territoire n’était pas accessible puisque le chemin n’était pas carrossable. Encore ici, il croit qu’il y a eu un manque de personnel.