Lebel-sur-Quévillon

Après la pâte cellulosique, le bioraffinage?

En 2005, l’usine de Lebel-sur-Quévillon, qui appartenait à Domtar, avait fermé ses portes mettant à pied quelque 700 travailleurs.

En 2005, l’usine de Lebel-sur-Quévillon, qui appartenait à Domtar, avait fermé ses portes mettant à pied quelque 700 travailleurs.

Photo: courtoisie

23 Fév. 2012
Bernard Gauthier

Au terme de six ans d’acharnement, Lebel-sur-Quévillon renaît. Le nouveau modèle d’affaires des autorités municipales, qui était de convertir la production de pâte Kraft en pâte cellulosique, a convaincu les dirigeants de la nouvelle usine Fortress Global Cellulose de donner suite au projet.

Au cours des 18 prochains mois, plus de 500 travailleurs de la construction vont se donner rendez-vous à Lebel-sur- Quévillon pour effectuer les transformations nécessaires. « Nous venons de traverser une étape cruciale. Nous vivons une renaissance. Je suis très heureux pour tous mes concitoyens qui ont cru au projet. Cette fois-ci, nous avons livré la marchandise. La production devrait démarrer quelque part en 2014 », explique le maire de l’endroit, Gérald Lemoyne. « L’annonce d’aujourd’hui est la consécration de plusieurs années d’efforts d’une ville qui a su relever le défi, refusant de capituler devant le destin, et renforce le sentiment d’appartenance d’une population fière d’être quévillonnaise. » La pâte cellulosique sera exportée en Asie, principalement en Chine. La rayonne, qui est un substitut du coton, est utilisée massivement non seulement en Chine, mais aussi en Inde, deux marchés prometteurs pour l’usine de Lebel-sur- Quévillon. « Pendant cette période de transition, nous appuierons les acquéreurs en commercialisant et en vendant la production initiale de pâte de bois de résineux, quantité limitée contractuellement à un maximum de cent mille tonnes métriques », raconte John D. Williams, président et chef de la direction de Domtar.

Bioraffinage

La pâte cellulosique est la première étape du modèle d’affaires. Mais pour y parvenir, les dirigeants de Fortress devront d’abord investir de 25 M$ à 30 M$ pour la remise en bonne condition de l’usine. Puis une fois la production bien amorcée, le bioraffinage est un deuxième volet que Fortress veut développer. « La demande est réelle, bien présente. Les procédés le permettent. Ce qui est encourageant, c’est que la municipalité et Fortress partagent la même vision d’avenir pour le développement de nouveaux produits et de nouveaux marchés. Mais pour le moment, il est trop tôt pour s’étendre sur le sujet puisque notre préoccupation est de reconvertir l’usine », précise le maire Lemoyne. Ce qui est sûr, le contrôle de qualité ne sera plus le même. Des changements majeurs seront apportés dans le cycle de cuisson du bois, mais les essences de bois francs et résineux seront identiques à celles du procédé chimique dans la fabrication du carton Kraft.

Nouveau souffle

Ce projet de 232 M$ permettra la création de plus de 300 emplois directs et près de 400 emplois indirects dans le secteur forestier et le domaine du transport. De son côté, Québec accorde un prêt de 132,4M$ remboursable sur une période de dix ans. « Prioriser l’économie, c’est d’abord soutenir les travailleurs et les communautés et c’est le sens de l’action de notre gouvernement. Ce projet permet la conversion des capacités de production de l’usine vers un secteur offrant de meilleures perspectives de développement à long terme, soit la pâte cellulosique. En effet, le marché de la pâte cellulosique est en croissance au niveau mondial. Cette perspective représente un important intérêt économique pour le Québec, notamment pour la mise en oeuvre du Plan Nord, un projet d’envergure qui stimulera le développement du plein potentiel socioéconomique du Nord du Québec », a déclaré Jean Charest lors de son passage à Lebel-sur-Quévillon. En se portant acquéreur de l’usine, Fortress a pour objectif de devenir chef de file mondial de cette industrie. Et en ce sens, la conversion réussie de l’usine Thurso est un pas dans la bonne direction pour faire de Lebel-sur-Quévillon un modèle réussi, a déclaré le président et chef de la direction de Fortress, Chadwick Wasilenkoff. De son côté, le vice-président du Syndicat canadien des communications, de l’énergie et du papier (SCEP-FTQ), Renaud Gagné, se réjouit de la bonne nouvelle. « En plus des emplois qui seront directement créés, ce sera bénéfique pour les scieries de la région qui devront combler les besoins en copeaux.» Pour le dirigeant syndical, cette relance confirme, une fois de plus, ce que le SCEP répète depuis des mois, à savoir l’importance, voire l’urgence, de développer de nouveaux produits fabriqués à partir de la fibre de bois. « Après la relance de Thurso, ce sera la deuxième usine que la compagnie Fortress contribue à faire renaître de ses cendres. C’est franchement encourageant de voir des entreprises se lancer dans ce que nous croyons être justement l’avenir de l’industrie papetière québécoise et canadienne. Il serait plus que temps que d’autres emboîtent le pas et prennent le virage de l’avenir », a ajouté Renaud Gagné. À l’Association canadienne des pâtes et papiers, on estime que la lumière pointe maintenant au bout du tunnel. Malgré d’autres fermetures d’usines au Québec, Avrim Lazar, président-directeur général de l’ACPP, soutient que la situation s’améliore depuis un an.