Archive: entrevue avec Philippe Couillard

Philippe Couillard lors du Rendez-vous national de la forêt québécoise les 21 et 22 novembre dernier.

Philippe Couillard lors du Rendez-vous national de la forêt québécoise les 21 et 22 novembre dernier.

Photo: Guy Lavoie

8 Avr. 2014

En novembre dernier, Le Monde Forestier s’est entretenu avec celui qui est devenu le 7 avril le 31e premier ministre du Québec, Philippe Couillard. Voici l’article publié dans le journal à ce moment.

Marie-Claude Boileau

Pour relancer l’emploi et stimuler l’activité forestière, le Parti libéral du Québec (PLQ) miserait sur trois thèmes : la productivité et la compétitivité de la forêt québécoise, l’innovation et le développement de la main-d’oeuvre forestière. Pour connaître sa position sur différents enjeux, Le Monde Forestier s’est entretenu avec son chef, Philippe Couillard.

C’est en compagnie de JULIE BOULET, députée de Laviolette et porte-parole de l’opposition officielle en matière de forêt et d’énergie, que le chef du Parti libéral, PHILIPPE COUILLARD a dévoilé sa vision, le 20 novembre dernier à la Coopérative forestière de Girardville, soit une journée avant sa participation au Rendez vous sur la forêt québécoise.

Le PLQ a identifié trois volets où il interviendrait : la productivité, l’innovation et la main-d’oeuvre. Des axes qui faisaient partie des thématiques choisies pour l’événement forestier tenu les 21 et 22 novembre à Saint- Félicien. «C’est vrai qu’il y a des zones de convergence quand on parle de la transformation de l’industrie et de l’innovation où il y a toujours plus de consensus. Mais selon moi, l’enjeu fondamental est l’augmentation de la productivité et de la compétitivité de notre forêt notamment à ce qui a trait à l’organisation des travaux sylvicoles et le soutien financier prévisible», mentionne M. Couillard.

Dans le document préparatoire du Rendez-vous, on note que le rendement moyen de la forêt québécoise est relativement faible, étant chiffré à 1,5 à 2 m3/ha/an. En comparaison, la forêt suédoise a un rendement de près de 4 m3/ha/an. Une des mesures proposées par les libéraux pour y remédier est d’investir 225 M$ par année dans les travaux sylvicoles, et ce, sur une période de cinq ans. «On ajoute à ce chiffre la somme de 44 M$ pour la forêt privée. Ça représente un soutien très fort, mais il faut le jumeler à un diagnostic qui est régionalisé et à des interventions ajustées selon les régions. Il faut s’assurer qu’il n’y ait pas de mur-à-mur dans le type d’intervention que l’on fait, mais un ajustement selon la région », précise-t-il.

Ces montants ont été fixés à la suite de consultations avec des gens et organismes du milieu. Il ajoute qu’une autre nécessité serait de se doter d’une stratégie pour la forêt feuillue. Afin de mieux organiser et planifier les travaux sylvicoles, le Parti libéral entend soutenir les organisations forestières. Il propose d’assister l’industrie et les coopératives forestières dans le renouvellement des équipements forestiers, incluant ceux du transport, au moyen de garanties de prêt.

De plus, on souhaite mettre sur pied un forum permanent d’échange entre l’industrie et le gouvernement auquel pourraient se greffer des partenaires comme des organismes environnementaux ou syndicaux. Mais pour mettre en place ces mesures, il est nécessaire, selon Philippe Couillard, de créer un ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs. «La forêt est présentement englobée dans le vaste ministère des Ressources naturelles qui regroupe l’énergie, les hydrocarbures et les mines. Il s’agit pourtant d’un enjeu économique majeur qui nécessite d’avoir un ministre à temps plein», soutien-til.

M. Couillard rappelle que la sylviculture est étroitement liée à des emplois et des familles. La vitalité des régions passe souvent par l’activité sylvicole. «Il y a trois éléments dans les travaux sylvicoles : la préparation de terrain, le reboisement et le débroussaillage. C’est dans ce dernier où il y a le plus d’emplois créés dans nos régions. Ça fait donc partie de la vitalité régionale que d’avoir des emplois de qualité. Deux éléments doivent alors être en place : il faut que ça soit des emplois prévisibles et il faut que l’offre et la demande soient bien ajustées de façon à ne pas entraîner les conditions de travail des gens à la baisse», soutient le chef du Parti libéral.

Rappelons que l’industrie forestière est présente dans 140 municipalités au Québec et qu’elle fournit plus de 60 000 emplois. Pour développer la main-d’oeuvre forestière, le PLQ propose d’élaborer un plan de promotion active des métiers de la forêt en collaboration avec le Comité sectoriel de maind’oeuvre en aménagement forestier et des institutions qui offrent des formations liées à la forêt. «On souhaite mettre sur pied une campagne de promotion publique dans les médias pour montrer que ce n’est pas vrai qu’il s’agit d’une industrie du passé. Au contraire, il y a de belles carrières et il faut montrer toutes les possibilités d’emplois stimulants », avance M. Couillard.

Parmi les mesures pour appuyer la productivité et la compétitivité, les libéraux voudraient actualiser le Programme de remboursement des taxes foncières forestières afin d’encourager les investissements des propriétaires privés dans l’entretien de leurs forêts, ce qui permettrait d’assurer un financement stable. «Je pense qu’il faut aller plus loin notamment en indexant les taxes. Il faut aussi revoir le programme entre autres à ce qui touche le fait qu’il faut avoir dépensé toute la taxe pour y avoir droit. Certains propriétaires voudraient peut-être effectuer des travaux pour un peu moins et selon moi, ils devraient pouvoir bénéficier d’un soutien pour ça», fait-il savoir.

Philippe Couillard et la forêt:

Natif de Montréal et médecin spécialisé en neurochirurgie, Philippe Couillard a entendu parler de la forêt par des membres de sa famille qui travaillaient comme ingénieurs forestiers. Mais c’est surtout son premier travail étudiant qui lui a fait prendre pleinement et réellement connaissance du travail en forêt.

À l’âge de 16 ans, le jeune homme a alors travaillé comme assistant bûcheron pour Rexfor sur la Côte-Nord, près de la rivière aux Outardes. «À cette époque, il n’y avait presque pas de débroussaillage, tout se faisait à la scie mécanique. Le bûcheron coupait les arbres en pitoune, puis je devais le suivre et placer le bois en corde. Quand on n’était pas assez vite, le bûcheron n’était pas content! Ç’a été un été extraordinaire», raconte-t-il en riant. Aujourd’hui, M. Couillard habite au Saguenay-Lac-Saint-Jean, une région forestière unique, dit-il. Ce qui lui permet de s’adonner aux deux loisirs qu’il adore pratiquer, la pêche et la chasse.