Augmentation des charges des camions en période de gel

L’Ontario, la Colombie-Britannique, l’Alberta et le Nouveau-Brunswick majorent les charges des transporteurs en période hivernale lorsque le sol est gelé. Lors du Rendez-vous sur la forêt québécoise, on a annoncé que le ministère des Transports du Québec (MTQ) effectuerait une analyse de cette mesure durant l’hiver 2014-2015.

L’Ontario, la Colombie-Britannique, l’Alberta et le Nouveau-Brunswick majorent les charges des transporteurs en période hivernale lorsque le sol est gelé. Lors du Rendez-vous sur la forêt québécoise, on a annoncé que le ministère des Transports du Québec (MTQ) effectuerait une analyse de cette mesure durant l’hiver 2014-2015.

5 Déc. 2013
Marie-Claude Boileau

Le souhait du Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ) d’augmenter les charges des camions de bois en période de gel durant l’hiver pourrait-il devenir réalité? Peut-être bien. Le ministère des Transports s’est engagé à étudier l’impact d’une telle mesure lors de l’hiver 2014-2015.

L’Ontario, la Colombie-Britannique, l’Alberta et le Nouveau- Brunswick majorent les charges des transporteurs en période hivernale lorsque le sol est gelé. Les règles et méthodes appliquées varient selon les provinces. Mais au Québec, la réglementation prescrit plutôt les charges et dimensions des camions en période de dégel. Lors du Rendez-vous sur la forêt québécoise, on a annoncé que le ministère des Transports du Québec (MTQ) effectuerait une analyse de cette mesure durant l’hiver 2014-2015.

Le CIFQ voit ainsi la demande qu’il formule depuis une quinzaine d’années devenir réalité. L’organisme désirait que le ministère évalue les avantages et les inconvénients pour que le gouvernement puisse envisager de modifier son règlement. D’après une analyse de FPInnovations, encadrée par le CIFQ, augmenter la charge des camions lorsque le sol est gelé à au moins un mètre de profondeur comporte plusieurs avantages. «Il est clair que si on peut faire fonctionner un camion avec plus de charges utiles, on est gagnant. Reste que les coûts en carburant et d’entretien vont augmenter. Mais les avantages de l’augmentation de charge utile vont dépasser les coûts d’utilisation. Globalement, il y aura une réduction des coûts par mètre cube», note JAN MICHAELSEN de FPInnovations.

Autre point: si la charge utile d’un camion est haussée, on risque d’avoir besoin de moins de camions. «En ayant une flotte plus petite, il serait alors plus facile de trouver des camionneurs dans un contexte où il est présentement difficile de recruter des opérateurs», mentionne- t-il. De plus, le fait d’avoir moins de véhicules sur les chemins forestiers augmenterait le niveau de sécurité. Des camions plus lourds consommeront davantage de carburant, mais cette consommation n’augmentera pas aussi rapidement que la charge utile. «Quand on regarde l’intensité énergétique, c’est-à-dire le litre de carburant dépensé par tonne déplacée, dans l’univers du camionnage forestier, on parle d’une tonne par 100 km, on a alors une réduction. Au total, on dépense moins de carburant et on a moins d’effet sur l’environnement puisqu’on diminue les émissions de gaz à effet de serre», explique M. Michaelsen.

Selon YVES LACHAPELLE, directeur Foresterie, approvisionnements et marchés et adjoint au président-directeur général au CIFQ, majorer de 10% les charges des camions est une mesure très intéressante pour l’industrie. «On prévoit une réduction annuelle de 14 000 tonnes de CO2. De plus, on a estimé qu’il y aurait une diminution de 2,7% de camions utilisés. En tout, ça représenterait une réduction de coût de l’ordre de 24 M$ annuellement », indique-t-il. Cette majoration de 10% des charges ne serait appliquée que lorsque le sol est gelé à au moins un mètre de profondeur, et ce, sur une surface pavée. Ce qui n’équivaut pas à la durée totale de l’hiver avise le spécialiste de FP Innovations. «Avec les changements climatiques, il y a des périodes de dégel en janvier et février, excepté dans ce que le MTQ appelle la zone 3, soit le nord du Québec, souligne- t-il. Par contre, si le système en place est bien géré, il est possible d’être efficace en travaillant avec des méthodes avancées qui permettraient de minimiser les risques au point d’être nuls.»

D’après les résultats que M. Lachapelle a reçus, l’analyse de FPInnovations révèle que le sol est gelé à une profondeur suffisante sur environ une dizaine de semaine, soit 70 jours. Cette période correspondrait de la fin décembre au début du mois de mars. «Ces semaines représentent un temps de l’année où l’on transporte beaucoup de volume de bois. Si on avait cette surcharge de 10%, la productivité augmenterait de 14%», estime Yves Lachapelle.

Reste maintenant à traduire ces idées à la réalité du terrain ainsi qu’à déterminer la méthode et la procédure à suivre. Dans les quatre provinces où cette majoration est en fonction, chacune l’applique selon différents modèles. Par exemple, en Ontario, le gouvernement permet une majoration de 10% des charges pour les transporteurs de copeaux ou billots seulement durant l’hiver, et ce, pour une période précise qu’il a fixée. Aucun suivi n’est fait. La Colombie-Britannique a un système similaire. En Alberta, les routes sont classées selon un système de couleurs qui indique les capacités d’applications pour déterminer les charges supplémentaires. «Les industries ont décidé d’investir dans les routes qui limitaient la majoration, et ce, en partenariat avec le gouvernement albertain afin d’augmenter les charges en hiver», précise M. Michaelsen. Au Nouveau- Brunswick, le programme est à l’étape du projet pilote.