Norforce Énergie

La biomasse forestière au service du domaine minier

On projette d’installer plusieurs générateurs d’air chaud ayant une puissance combinée de 4,5 mégawatt qui consommeront plus de 5500 tonnes métriques vertes de biomasse forestière annuellement. Selon les estimations, le projet permettrait de réduire de plus de 2 700 tonnes métriques de gaz carbonique (CO2).

On projette d’installer plusieurs générateurs d’air chaud ayant une puissance combinée de 4,5 mégawatt qui consommeront plus de 5500 tonnes métriques vertes de biomasse forestière annuellement. Selon les estimations, le projet permettrait de réduire de plus de 2 700 tonnes métriques de gaz carbonique (CO2).

Photo: archives LMF

20 Mai. 2014

Norforce Énergie, une filiale de la Coopérative forestière Saint-Dominique, utilisera la biomasse forestière pour un projet de chauffe… pour une mine! Un projet unique et novateur qui est né de la rencontre entre le génie forestier et le génie mécanique.

Marie-Claude Boileau

 

Les décideurs de la Coopérative forestière Saint- Dominique ont toujours cru au potentiel de la biomasse et cherchaient un projet qui leur conviendrait afin de diversifier leurs services. C’est un de leur partenaire, Métal Marquis de La Sarre, qui les a approchés avec cette idée. Ensemble, ils ont alors fondé Norforce Énergie.

Techniquement, les mines souterraines n’ont pas besoin d’être chauffées puisque plus on creuse, plus il fait chaud. Par contre, lorsque le temps est froid, elles doivent ventiler le sous-sol en raison de la présence de la machinerie. Or, il faut chauffer l’air avant de l’envoyer dans la mine. Actuellement, la plupart des mines utilisent un système au propane, au diésel ou au gaz naturel pour accomplir cette tâche. C’est ce processus que Norforce Énergie veut remplacer par la biomasse forestière.

La nouvelle entreprise a conclu un contrat avec la compagnie minière Hecla Québec pour la mine Casa Berardi. Ainsi, on projette d’installer plusieurs générateurs d’air chaud ayant une puissance combinée de 4,5 mégawatt qui consommeront plus de 5500 tonnes métriques vertes de biomasse forestière annuellement. Selon les estimations, le projet permettrait de réduire de plus de 2 700 tonnes métriques de gaz carbonique (CO2).

À terme, on prévoit la création de trois emplois à temps plein. En entrevue avec le Monde Forestier, le directeur général de Norforce Énergie, CHRISTIAN LÉVEILLÉ, explique qu’il s’agit d’une nouvelle technologie. «À la mine, ils ont actuellement des brûleurs au propane qui réchauffent l’air dans une chambre, puis qui est envoyé par des ventilateurs. On va s’arranger avec les contrôleurs de la mine pour ne pas partir les systèmes au propane, mais utiliser les chaudières à la biomasse qui sont des générateurs d’air chaud», explique-t-il. L’entreprise minière devrait économiser deux millions de litres de propane par année. Contrairement au projet de chauffe à Amqui, on a préféré des générateurs de chaleur à air chaud plutôt qu’une combustion à eau chaude, entre autres, pour éviter des déversements ou des pertes dues au transfert d’énergie. Ici, le procédé fonctionne un peu comme une ruche, illustre M. Léveillé. C’est le contact de l’air avec les générateurs qui provoque son réchauffement. «Une fois que l’air est suffisamment chauffé, on le fait circuler, puis on l’injecte dans la mine à l’aide de ventilateurs», expose le directeur général.

Technologie européenne

L’entreprise est allée chercher une technologie de la Finlande pour son projet. «On devrait recevoir les deux premiers générateurs le 12 mai, au port de Montréal», dit-il. L’atout de cet équipement est qu’il est sous forme de contenant. «Ça se démonte comme des blocs Lego. Ça a la grosseur d’un conteneur. On l’embarque sur un fardier et on l’amène où l’on veut chauffer», fait-il savoir en ajoutant que pour les mines ça ne représente pas une structure permanente, ni de réhabiliter un site par exemple.

Par contre, puisque les projets européens sont plus petits, Norforce Énergie doit utiliser plusieurs générateurs. M. Léveillé a très hâte de prendre possession de ses équipements. Une fois qu’il les aura, Métal Marquis les assemblera pour réaliser les premiers tests de combustion. «On travaille là-dessus depuis 4 ans. On espère chauffer ce printemps pour faire les premiers tests. Mais, ça ne sert que si l’air est en bas de 5°C. Disons que j’espère qu’il fasse très froid ce printemps!», dit-il en riant. En outre, le projet nécessite la construction d’un centre de conditionnement et de transformation de la biomasse dont l’emplacement n’est pas encore déterminé. «Notre modus operandi sera de récolter la biomasse en bois rond, soit les tops et autres parties non commercialisables actuellement dans l’industrie. On devra effectuer des tests, à savoir si l’on broie ou transforme en copeaux pour les transporter sur le site de la mine. Là-bas, nous aurons un réservoir pour les décharger», décrit le directeur général.

La Coopérative forestière Saint-Dominique est le fournisseur officiel de biomasse. Présentement, elle a accumulé deux millions de tonnes. De son côté, Métal Marquis est le fournisseur des services d’entretien, d’opération et de fabrication. «C’est la rencontre du génie mécanique et du génie forestier», lance M. Léveillé à propos de ses deux partenaires.

Clés en main

Le projet de Norforce Énergie en est d’un de clés en main. C’est elle qui s’occupe de faire l’investissement et de vendre l’énergie. «Nous voulons faire de la sollicitation auprès des mines afin qu’elles fassent affaire avec nous et achètent de l’énergie. Par contre, si une compagnie minière veut acheter l’équipement, nous pourrons être opérateurs et fournisseurs de biomasse», précise-t-il. Ce premier projet leur permettra d’avoir une visibilité. «Il y a plus de 80% des entreprises minières en Abitibi-Témiscamingue et du Nord-Est ontarien qui préchauffent de la même manière. Imaginez le potentiel de substitution et le marché qu’on pourrait avoir!» s’enthousiasme Christian Léveillé. Celui-ci travaille en ce moment sur deux autres projets.

Investissement

Le projet de Norforce Énergie nécessite un investissement de 3 M$. La jeune entreprise a reçu une aide financière de 1,1 M$ du Bureau de l’Efficacité et Innovation énergétiques du ministère des Ressources naturelles du Québec. Deux autres partenaires l’ont également soutenue financièrement, soit les Caisses d’économie solidaire Desjardins et Investissement Québec.