Étude sur la biomasse forestière résiduelle

Un comité, formé par la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF), a rendu publique une étude au sujet de la biomasse forestière. Présidé par Robert Beauregard, doyen de la Faculté de foresterie de l’Université Laval, il a permis de dresser un portrait de la situation et a tenté de cerner les embûches qui pourraient nuire à sa mise en oeuvre.

Un comité, formé par la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF), a rendu publique une étude au sujet de la biomasse forestière. Présidé par Robert Beauregard, doyen de la Faculté de foresterie de l’Université Laval, il a permis de dresser un portrait de la situation et a tenté de cerner les embûches qui pourraient nuire à sa mise en oeuvre.

Photo: courtoisie UL

15 Août. 2013
Marie-Claude Boileau

La biomasse forestière résiduelle destinée à la production de chaleur possède plusieurs avantages environnementaux et économiques. Toutefois, certains irritants nuisent à son développement. Un comité, formé par la Fédération québécoise des coopératives forestières (FQCF), a rendu publique une étude. Présidé par ROBERT BEAUREGARD, doyen de la Faculté de foresterie de l’Université Laval, il a permis de dresser un portrait de la situation et a tenté de cerner les embûches qui pourraient nuire à sa mise en oeuvre.

Comme le décrivait CLAUDE DUPUIS, président de la FQCF, dans son éditorial de mai 2013, l’analyse du comité a permis d’émettre 26 constats. Parmi eux, il note que «nous disposons de deux fois plus de biomasse forestière résiduelle que ce qu’il faudrait pour remplacer tout le propane et le mazout léger et lourd consommés en production de chaleur dans les bâtiments institutionnels et commerciaux ainsi que dans l’industrie». Selon Robert Beauregard, il s’agit d’un rapport utile et intéressant qui a permis d’identifier le potentiel de cette ressource. «Le potentiel est réel et les coopératives forestières y jouent un rôle. Déjà plusieurs ont montré de l’intérêt. Le but de la démarche était d’identifier la nature du potentiel, sa taille et comment l’activer. Mais aussi les embûches et les limites que l’on pouvait rencontrer», indique-t-il.

Le Regroupement national des conseils régionaux en environnement du Québec (RNCREQ) a fait un travail de démarchage auprès des groupes environnementaux en plus de tenir des «focus groups» dans les régions du Québec pour savoir quelle était leur perception par rapport à la biomasse forestière. L’organisme a également rencontré le ministère de l’Environnement. Deux éléments principaux ressortent. D’une part, il est important de distinguer le type de biomasse que l’on souhaite utiliser. Cette distinction permettra, entre autres, d’avoir accès à des subventions, dont celle qui provient du Programme Action- Climat, PACC 2. Il faut que le projet favorise la réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). M. Beauregard explique que si l’on vise à substituer un chauffage à l’huile lourde, on doit démontrer qu’il existe un potentiel économique, mais aussi environnemental. «Pour que ça soit un bénéfice environnemental, il faut que la biomasse provienne de résidus d’opération forestière courante. Par rapport au scénario de référence, si l’on n’utilisait rien, ces résidus resteraient en forêt et seraient décomposés en 4 à 7 ans. En utilisant ce type de résidu, on peut démontrer des bénéfices permanents et réversibles de la substitution du mazout par la biomasse forestière», fait-il savoir.

De l’autre côté, si la biomasse est fabriquée à partir d’un arbre entier, le bénéfice carbone n’est pas visible avant 80 ou 100 ans. D’après M. Beauregard, le ministère de l’Environnement ne voudra sûrement pas subventionner des projets s’il n’y a pas de démonstration de réduction de GES évidente. D’ailleurs, les coopératives forestières orientent leurs projets vers la biomasse forestière résiduelle. «Dans la démarche, on s’engageait à être capable de démontrer que pour chaque projet, il y aurait une traçabilité, c’est-à-dire qu’on serait capable de produire un rapport opérationnel émis par les opérateurs», précise le doyen de la Faculté de foresterie.

L’autre point sensible est l’émission de particules. Il existe une perception tenace selon laquelle brûler du bois rejette des particules néfastes et génère du smog. «Avec la technologie contemporaine de brûleurs et chaufferies, on peut atteindre un niveau de performance acceptable qui respecte les normes du ministère de l’Environnement, et même, les normes les plus sévères qui ont été adoptées récemment», explique Robert Beauregard. Il ajoute : «Il y a un travail à faire encore auprès du ministère de l’Environnement, ce que la Fédération fait pour faire évoluer ses perceptions qui ne sont pas toujours basés sur la réalité. C’est un travail important qui doit être fait et qui a été entrepris par la FQCF.» Par rapport, le comité a identifié un certain nombre d’irritants institutionnels qui empêchent d’aller de l’avant avec des projets de biomasse. Un point important est que la Loi sur les municipalités et les villes oblige les localités à aller en appel d’offres. Qui plus est, elles n’ont pas le droit d’offrir des contrats d’une durée de plus de 3 ou 5 ans. «Mais pour faire un projet de biomasse, il faut souvent une visibilité sur une dizaine d’années parce que le coût du capital initial est assez important. De plus, le projet n’atteint souvent pas sa maturité économique avant 3 à 5 ans. C’est sur un horizon de plusieurs années, souvent de 15 à 20 ans, que l’on va voir les bénéfices économiques pour une municipalité de passer du mazout lourd à la biomasse forestière. L’empêchement d’octroyer des contrats sur une durée à moyen terme limite de tels projets. Il faut que les villes, si elles modifient leur chaudière ou système d’approvisionnement, puissent avoir une garantie d’un bénéfice économique pour une durée qui rend le projet viable», soutient-il. Actuellement, les villes doivent obtenir une dérogation pour donner un contrat de 10 ans à un fournisseur d’énergie. «Ça complique le dossier. Peut-être qu’il pourrait y avoir une analyse générique pour ce type de projet et que l’on pourrait donner des autorisations dans la mesure où un certain nombre de critères serait respecté avant d’aller en appel d’offres pour un horizon d’une dizaine d’années», suggère M. Beauregard. Même si certains promoteurs ont réussi à surmonter ces obstacles, le doyen croit qu’il faut poursuivre le travail de sensibilisation et d’information auprès des autorités comme les ministères de l’Environnement et des Affaires municipales ainsi que le Conseil du Trésor qui régit les appels d’offres afin de lever certains irritants pour rendre les projets plus faciles à réaliser. Selon lui, une fois ces barrières tombées, le développement de la filière de la biomasse forestière résiduelle pourra alors s’accélérer. «Je pense que la FQCF a tous les outils en main pour prouver la traçabilité de leurs opérations forestières ainsi que de calculer les bénéfices carbone, et ce, pour faire valoir leur cas auprès du ministère de l’Environnement afin de démontrer les avantages et bénéficier des subventions. Mais le ministère demande encore d’être convaincu», conclut-il.