Biomasse: un constat étonnant chez les Américains

Malgré ce constat étonnant, les deux représentants de la FQCF ont tiré du positif de ce voyage. Ils ont rapporté avec eux quelques idées exploitables dans la province, dont deux produits européens prometteurs.

Malgré ce constat étonnant, les deux représentants de la FQCF ont tiré du positif de ce voyage. Ils ont rapporté avec eux quelques idées exploitables dans la province, dont deux produits européens prometteurs.

Photo: Guy Lavoie

3 mai. 2012
Katia Lavoie

En se rendant les 22 et 23 mars à la Northeast Biomass Heating Expo, à Saratoga Springs dans l’État de New York, deux ingénieurs de la Fédération québécoise des coopératives forestières du Québec (FQCF) espéraient y voir des projets audacieux et apprendre beaucoup. À la suite de huit conférences, ils ont plutôt constaté, à leur grande surprise, que l’expertise technique des Américains en matière de biomasse n’était pas plus avancée qu’au Québec.

En raison de la taille importante de plusieurs entreprises aux États-Unis, les deux hommes s’attendaient à davantage de développements d’envergure. «Il y a bon nombre de petits projets de chauffage individuels aux granules, du côté résidentiel entre autres. Pour l’institutionnel et l’industriel, c’est comparable», indique RICHARD LAROCHE, l’un des deux ingénieurs.

Si les voisins du sud utilisent autant la granule, c’est en raison de leur grande densité de population, qui la rend rentable. Moins la distance à parcourir est longue, plus l’investissement est maximisé. Des usines sont donc installées un peu partout pour sa fabrication. Le Québec ne peut pas imiter ce modèle dans toutes ses régions car l’exploitation des forêts n’est pas exclusivement privée et la distance à couvrir se révèle parfois trop élevée pour atteindre tous les villages. Par exemple, M. Laroche l’imaginerait en Gaspésie, «mais la densité fait en sorte que ça ne vaut pas la peine». Les copeaux de bois remplacent cette matière dans les endroits où ce n’est pas possible. Une autre rencontre portait sur la manière de construire une équipe. «On est peut-être mieux organisé ici parce que nous avons des organisations centrales qui partagent l’information. Chez eux, ce sont des experts qui restent secrets», explique l’ingénieur. En ce qui concerne la promotion de la biomasse, la FQCF effectue déjà le travail qui a été proposé lors des allocutions. M. Laroche croit également, sous toutes réserves, puisque son collègue MARTIN VERREAULT et lui n’ont pas pu assister à toutes les conférences, que le Québec a l’avantage en termes de quantité de projets en réseaux. Ce système comprend une chaufferie centrale qui alimente les calorifères de différents immeubles. Pour en trouver, il réfère notamment à la ville de Causapscal en Gaspésie dans laquelle un projet est actuellement en construction pour que différents édifices soient reliés par le chauffage à la biomasse. D’ailleurs, il rappelle que des études effectuées ont décelé un important potentiel de réseaux dans chaque région si les coopératives désirent s’investir.

Apprentissages positifs

Malgré ce constat étonnant, les deux hommes ont tiré du positif de ce voyage. Ils ont rapporté avec eux quelques idées exploitables dans la province, dont deux produits européens prometteurs.

Ils ont découvert un système de livraison de copeaux en soufflerie semblable à celui destiné aux granules. Cet équipement simplifierait la livraison et l’entreposage de ces petits morceaux de bois. Ceux-ci sont généralement livrés dans une remorque qui les décharge directement dans une fosse ou au niveau du plancher. Alors qu’avec cette méthode, «les copeaux seraient soufflés en hauteur dans un silo, ce qui prendrait moins d’espace et serait donc pratique pour les hôpitaux ou les écoles par exemple», souligne M. Laroche.

L’ingénieur est déjà entré en contact avec le fabricant d’une chaudière à biomasse qui produit non pas de l’eau chaude comme c’est l’habitude jusqu’à maintenant, mais bien de l’air chaud. Ce produit envoie cette chaleur produite dans le système de ventilation, élément utile entre autres dans le secteur industriel dans lequel des poussières de soudure ou tout autre élément plus ou moins nocif résultent du travail. Il a aussi un intérêt «pour le séchage et tout ce qui nécessite de l’air chaud et propre», résume M. Laroche.

Quelques autres compagnies étaient présentes à l’expo dont la québécoise ESIM, une nouvelle division du Groupe Simoneau, ainsi que Compte-Fournier, un fabricant québécois associé à un concepteur français. Tous deux offrent des chaudières biomasse à l’eau chaude fabriquées au Québec.

Une avance pour les Européens

Une ligne directrice relie presque toutes les découvertes des ingénieurs, soit leur origine européenne. «Le marché s’y développe depuis 20 à 30 ans. Nous avons quelques dizaines de produits ici, mais ils en ont beaucoup plus là-bas», informe M. Laroche. La plupart des fabricants du vieux continent sont actuellement dans un processus visant à faire reconnaître leur marchandise selon les normes nordaméricaines CSA relatives aux règles de sécurité.

Puisque les Européens ont tant d’avance, l’ingénieur croit que nos entreprises devront s’adapter à eux et non le contraire. En matière de biomasse, leur production est déjà standardisée selon des normes de qualité. «C’est un peu comme avec l’essence. Peu importe où on la retrouve, on sait qu’elle peut fonctionner partout», illustre-t-il. Cette normalisation comprend plusieurs conditions relatives à la taille, à l’humidité et à la densité notamment. Leur matière première est adaptée de façon à ce que celle-ci convienne à tous les types de chaudières, elles-mêmes conçues pour offrir un maximum d’efficacité.