Marc Beaudoin

À quoi ça sert ?

17 Fév. 2017

Depuis plusieurs années, je vous parle de mes enfants. Malheureusement, je dois maintenant arrêter. Non pas parce que je n’ai plus le droit ou parce qu’ils sont partis, oh non ! Parce que désormais je dois parler de mes ADOS !

Oui, j’en suis rendu là. Terminé l’époque où leur papa était le meilleur au monde. Terminé l’époque où ils faisaient ce que je leur demandais, juste… parce que je le demandais. Maintenant je dois argumenter beaucoup plus.

– Tu vas à la patinoire ce soir ? Tu n’avais pas des devoirs ?

– Pas besoin d’étudier, j’ai des assez bonnes notes. Au pire je ferai cela dans le bus!

– Oui mais tu dois apprendre à travailler comme du monde sinon tu vas frapper un gros mur !

– Ben oui, qu’est-ce que tu connais !

Et cetera, et cetera… Pas facile de regarder le long terme parfois, pourtant les gestes que nous posons aujourd’hui auront des impacts majeurs dans quelques années.

La possibilité forestière en forêt privée

Durant une longue période, une crise sans précédent s’est abattue sur le secteur forestier. Les fermetures d’usines ont diminué de manière importante la demande pour le bois de la forêt privée et publique. Nous nous trouvions dans une situation où il y avait plus d’offres de bois que de demandes.

Alors qu’on travaillait à demeurer en vie, nous parlions beaucoup moins de long terme et de concept, telle la possibilité forestière. Et c’est normal. Toutefois on ne doit pas en rester là. Les baisses de possibilités sur forêt publique (environ 35 % depuis les 9 dernières années) se feront rapidement sentir à mesure que la demande pour le bois d’oeuvre québécois augmentera avec le rétablissement de la construction résidentielle aux ÉtatsUnis.

Il peut être démontré qu’à partir de 1,2 million d’unités construites, la forêt publique ne peut à elle seule approvisionner les usines québécoises. Nous en sommes déjà au-delà de ce niveau. Il s’agit d’un manque à gagner important pour le Québec en termes d’impôt sur le revenu (corporations et employés), de redevances, de taxes sur le carburant, etc.

Les derniers chiffres démontrent que la possibilité forestière en forêt publique est en chute alors que celle de la forêt privée est en hausse. Maintenant, la forêt privée occupe le tiers de la possibilité forestière du Québec. La forêt privée est la seule source d’approvisionnement encore disponible. Une grande partie de la solution réside en forêt privée.

L’importance de la chaîne de travaux

Une étude indépendante affirmait en 2015 que : « le gain de possibilité de 12 à 16 Mm3 en forêt privée est directement attribuable aux investissements plus importants qui ont été consacrés par l’État à la forêt privée. Le soutien de l’État a permis cette croissance de la disponibilité de possibilité. Il doit donc poursuivre ses efforts et même les accroître afi n de maintenir la possibilité disponible à court terme. À l’heure actuelle, l’État consacre 40 M$, ce qui est nettement insuffisant pour soutenir la possibilité en forêt privée, en comparaison avec ses investissements en forêt publique. Par conséquent, la mise en valeur des territoires sous aménagement demande une séquence de travaux et des investissements de l’État de l’ordre de 56 M$ annuellement. Ces investissements permettraient de soutenir la possibilité forestière à court terme en forêt privée. Au final, soutenir un investissement suffisant dans la chaîne des travaux garantit des volumes réguliers de bois au marché, générant ainsi plus de richesse. Depuis 1997, nous observons une baisse de 29 % des superfi cies aménagées, notamment attribuable à la réduction des budgets, à la non-indexation et, dans une moindre mesure, à un virage vers des travaux plus coûteux (EPC).»

Une vision à long terme

La mobilisation des bois est un enjeu de la plus grande importance. Toutefois, il ne faut pas oublier de regarder un peu plus loin en avant au risque de trébucher. Contrairement à ce que l’on peut constater en forêt publique, la forêt privée ne dispose pas des investissements nécessaires pour réaliser toute la recette sylvicole.

C’est donc dire que nous n’avons pas les moyens de maintenir la possibilité forestière au niveau actuel. Ce faisant, nous diminuerons le potentiel de récolte à moyen terme. On ne peut surseoir aux travaux non commerciaux de la chaîne de travaux sans diminuer la possibilité forestière disponible à court terme. Alors messieurs dames, à nos devoirs et travaillons comme il le faut.