Marc Beaudoin

Un aide mémoire en vue des élections provinciales

13 Mai. 2014

La période électorale est un moment assez particulier. L’appareil politique du Gouvernement délaisse quelque peu les tâches administratives pour se concentrer davantage sur la campagne électorale. Nous avons donc un ministère qui assurera la continuité des dossiers, mais qui sera en attente de nouvelles directions politiques avant de pouvoir amorcer de nouveaux dossiers.

Par ailleurs, c’est aussi le temps d’informer les différents partis des enjeux qui nous sont chers. C’est surtout le temps de connaître leurs intentions face aux propositions que nous mettons sur la table. Afin de faciliter le travail de tous, voici un rappel adressé aux partis politiques.

Stabilité et prévisibilité des investissements sylvicoles

Une des grandes avancées du Rendezvous national sur la forêt québécoise était la prévisibilité des investissements en sylviculture. Cette prévisibilité permet non seulement de mieux s’organiser mais, en bout de course, permet de réaliser des travaux de meilleure qualité. Avec les élections, la nomination d’un nouveau Conseil des ministres, la présentation d’un budget provincial, les chances sont bonnes pour que l’on connaisse très tard en saison les investissements consentis en matière de sylviculture. Il existe des moyens de faire autrement. Les partis politiques doivent non seulement s’engager à maintenir, voire augmenter les investissements sylvicoles, mais aussi s’assurer que les entreprises connaissent leur carnet de commandes dès le début du printemps.

Premières éclaircies commerciales de plantation

Nous en avons parlé abondamment dernièrement, les premières éclaircies commerciales sont des traitements sylvicoles très importants qui permettent de faire la transition entre les travaux non commerciaux et les travaux commerciaux, qui eux, permettront la récolte de bois de qualité. Il avait été convenu que ces travaux devaient être dirigés vers l’industrie de l’aménagement afin d’en assurer la qualité, de stabiliser l’industrie et ses travailleurs et de développer un pôle d’expertise. Les partis politiques doivent s’engager à ce que la totalité des premières éclaircies commerciales réalisées sur les terres publiques soit octroyée à l’industrie de l’aménagement, et ce, en utilisant le processus d’octroi de contrat des travaux non commerciaux en forêt publique.

Application de la résidualité

Les derniers calculs de possibilité forestière le démontrent. Il y a une baisse de la possibilité en forêt publique alors que celle de la forêt privée augmente. Cette augmentation est notamment explicable par l’arrivée à maturité des travaux réalisés depuis plus de 40 ans. Aujourd’hui, la forêt privée représente plus de 30% de la possibilité forestière du Québec. Elle devient un acteur encore plus important dans le redéploiement du secteur forestier. Pour être en mesure de profiter de ce potentiel, nous devons mobiliser ce bois des propriétaires de boisés privés et organiser sa mise en marché. Nous devons également composer avec une domination de l’approvisionnement des usines en provenance des forêts publiques. Pour contrer l’imperfection du marché des bois ronds, la Loi sur l’aménagement durable du territoire forestier assure un caractère résiduel du bois de la forêt publique sur les marchés afin de maintenir, pour les producteurs de la forêt privée, un accès prioritaire aux usines de transformation. Cette application pose encore plusieurs problèmes et ne s’est pas encore montrée efficace. Les partis politiques doivent s’engager à mettre en oeuvre un mécanisme de coordination entre le Bureau de mise en marché des bois et les producteurs forestiers pour équilibrer la demande et l’offre du bois sur les marchés.

Innovation en forêt privée

L’efficience opérationnelle, tout au long de la chaîne logistique de travaux en forêt privée, est susceptible de réduire les coûts de production du bois. Qui dit coûts moins élevés, dit aussi revenus accrus pour le vendeur et donc une meilleure compétitivité de leurs produits sur les marchés. Il est désormais essentiel de reconsidérer nos façons de faire et de poursuivre la démarche d’optimisation dans la livraison du programme. Les partis politiques doivent maintenant s’engager dans une démarche d’innovation qui permettra à la forêt privée d’utiliser les méthodes de travail les plus efficaces et de participer ainsi à la création de richesse. Je n’oserais pas spéculer sur les résultats des prochaines élections. Par contre, j’ai bon espoir de voir les acteurs politiques du Québec comprendre l’importance de la forêt privée dans le développement du potentiel économique des régions… et prendre les mesures nécessaires afin d’en tirer le plus grand bénéfice.