Renald Bernier

Allocution du président de RESAM lors du Congrès 2015

26 Oct. 2015

«Distingués invités, partenaires, membres des groupements forestiers, mes chers amis.

Vous savez, j’ai longtemps cru qu’Henry Ford était un fondateur des groupements forestiers car il disait que:« “Se réunir est un début ; rester ensemble est un progrès ; travailler ensemble est la réussite.»

Les 40 dernières années auraient pu donner à d’autres suffisamment de raisons d’abandonner la partie. Bien au contraire, ensemble, nous avons affronté l’adversité tant et si bien que les producteurs regroupés sont devenus un catalyseur essentiel du développement des collectivités forestières. Merci à vous tous de croire en nos organisations.

Plus, ensemble. Le thème du congrès me semble très judicieux. Même si les nuages planent encore au-dessus de nos têtes; même si nous cherchons encore la place de la forêt privée sur l’échiquier québécois; ensemble nous avons grandi, ensemble, les groupements forestiers du Québec ont regardé en avant et ont proposé des solutions.

Nous avons fait nôtre la volonté du ministre Lessard de produire plus de bois. Le travail que vous avez fait lors de notre rencontre hivernale est non seulement avant-gardiste mais aussi nécessaire à la reprise du secteur forestier. N’oublions pas qu’à elle seule, la forêt publique ne peut suffire à approvisionner l’industrie. La forêt privée est essentielle et nous avons trouvé la possibilité de livrer 2 millions de mètres cubes supplémentaires aux usines de transformation en ayant les leviers nécessaires.

Un proverbe chinois dit que « lorsque les hommes travaillent ensemble, les montagnes se changent en or ». C’est tellement vrai. Regardez les accomplissements des 40 dernières années! En acceptant de mettre leurs lots boisés à la disposition des régions, les propriétaires regroupés ont permis de créer une force de développement sans égal. Nos organisations ont largement dépassé l’étape du simple reboisement. En plus d’offrir les services sylvicoles complets, les groupements sont aussi impliqués dans la production de plants, la récolte de bois, la transformation, les services environnementaux et j’en passe. Ce faisant, chaque dollar investi par le programme de mise en valeur permet d’en générer 7 directement par le biais des groupements forestiers. Comprenez-moi bien, les quelque 22 millions de dollars investis par le programme génèrent plus de 149 millions de dollars en chiffre d’affaires. Si ce n’est pas un investissement solide, je me demande ce que c’est!

Certains se posent la question sur la possibilité de récolter du bois en forêt privée. Que de théories j’ai pu entendre sur le sujet. Nous avons mandaté un expert pour départager le vrai du faux. Vous savez quoi, la récolte en forêt privée suit la même tendance que celle en forêt publique. Il n’y a pas un refus notable de récolter de la part des producteurs. Imaginez, nous avons gardé la même tendance de récolte qu’en forêt publique même si les prix ont diminué de 17% depuis 2002, même si les marchés de pâte ont chuté de 48% depuis le début des années 2000. Ces seuls chiffres démontrent sans nul doute que les propriétaires regroupés sont engagés dans l’aménagement et sont prêts à récolter.

La situation n’est pas aisée pour les acteurs de la forêt privée et pour les groupements forestiers en particulier. Malgré les efforts de RESAM et du ministre Laurent Lessard, les investissements en forêt privée ont fondu. C’est près de 30% qui se sont évaporés depuis deux ans et cela devient invivable. C’est invivable, mais c’est encore plus difficile à comprendre alors que l’on sait que la forêt privée est essentielle à la reprise du secteur forestier, qu’il en coûte à l’État 38% de moins, pour produire un mètre cube en forêt privée et 358$ de moins pour aménager un hectare de forêt privée.

Actuellement, nous travaillons avec 66% des investissements nécessaires, mais avec un système adéquat, c’est plus de deux millions de mètres cubes qui pourraient apparaître sur le marché rapidement. Heureusement, nous avons obtenu une prolongation d’un an du programme mais reconnaissons-le, il reste beaucoup de chemin à parcourir avant un renouvellement cohérent.

Comme à chaque fois, nous serons au rendez-vous et le ministre pourra encore compter sur nos idées constructives. Nous ne courrons pas nous abriter passivement, oh non! Nous affronterons, nous bataillerons et nous créerons de nouvelles occasions. Nous utiliserons la force de notre réseau et nous ferons PLUS ensemble.

“Jamais, on n’a vu marcher ensemble la gloire et le repos” dit-on. Je suis bien d’accord et cette année ne fera pas exception. Les enjeux sont grands. Pour nous, il n’existe que deux priorités : augmenter la récolte de bois en forêt privée et renouveler le programme. À mon sens, nous avons perdu une année de travail notamment parce que le rapport de monsieur Michel Belley n’avait pas la rigueur nécessaire pour permettre une discussion cohérente.

Monsieur le ministre, la forêt privée est en crise. Le financement a atteint son plus bas niveau de l’histoire; il manque 33% d’investissements pour supporter la possibilité forestière disponible à court terme; nos travailleurs quittent le secteur faute de perspectives d’avancement. Nous sommes tous mûrs pour un changement et ce changement doit arriver rapidement.

Dans cette situation, vous comme moi, nous devons nous rappeler Churchill quand il disait : « “Il ne sert à rien de dire Nous avons fait de notre mieux. Il faut réussir à faire ce qui est nécessaire.” Si nous voulons réellement permettre aux acteurs de la forêt privée de jouer leur rôle, les changements suivants sont nécessaires : Garantir des revenus nets globaux plus intéressants au propriétaire tant par le prix que par la fiscalité.

Investir suffisamment pour avoir une chaîne sylvicole complète de travaux afin de soutenir la possibilité forestière disponible à court terme (56 M$). Trouver des débouchés pour la pâte feuillue. Développer des engagements fermes industrie-propriétaire. Voilà la recette!

Ce soir, j’ai envie de vous dire combien je suis fier d’être producteur forestier. J’ai envie de vous dire combien je suis fier de faire partie des groupements forestiers. Nos organisations ont compris il y a longtemps qu’il y avait plus de valeur à travailler ensemble qu’à demeurer seul. J’ai envie d’inviter tous nos partenaires à embarquer avec nous dans le redéploiement de la forêt privée.

Merci beaucoup!»