Claude Dupuis

Biomasse forestière : filière production de chaleur

27 Mai. 2013

C’est avec enthousiasme et fierté que j’ai déposé aux différents ministres concernés et à plusieurs de nos partenaires le plan directeur de la Fédération québécoise des coopératives forestières pour le développement de l’utilisation de la biomasse forestière résiduelle destinée à la production de chaleur.

Un partenariat varié et de qualité

L’an dernier, nous rendions publique une étude sur l’«Évaluation économique de la filière de la biomasse forestière destinée aux projets de chaufferies». Devant les perspectives plus qu’intéressantes de création de richesse et d’emplois, notre fédération a réuni des acteurs institutionnels (Caisse de dépôt et de placement du Québec, Fondaction et Regroupement national des conseils régionaux en environnement du Québec (RNCREQ)) et gouvernementaux (ministère des Ressources naturelles et ministère des Finances et de l’Économie) au sein d’un comité présidé par Robert Beauregard, doyen de la faculté de foresterie de l’Université Laval, afin d’élaborer les paramètres essentiels au développement de la chauffe à la biomasse forestière. Appuyés par des firmes spécialisées en énergie et en financement, les travaux réalisés ont permis d’identifier l’ensemble des enjeux liés à ce créneau énergétique et de proposer des solutions permettant la levée des barrières qui freinent son développement.

Des constats majeurs

L’analyse réalisée a permis de tirer 26 constats importants qui caractérisent la filière. Parmi ceux-ci, je retiens principalement qu’en récoltant de façon responsable et durable nous disposons de deux fois plus de biomasse forestière résiduelle que ce qu’il faudrait pour remplacer tout le propane et le mazout léger et lourd consommés en production de chaleur dans les bâtiments institutionnels et commerciaux ainsi que dans l’industrie. Cela représente plus d’un milliard de litres de combustibles fossiles importés qui pourraient être remplacés par une énergie produite localement. La comparaison avec les autres filières d’énergie renouvelable est aussi à souligner. La production de chaleur avec la biomasse crée plus d’emplois en construction et en opération, elle est moins coûteuse par mégawatt (MW) de puissance installée et elle a un coût de revient en kWh très compétitif, même par rapport à l’hydroélectricité. Comment pourrait-on ne pas en profiter? Je note aussi que les politiques et programmes gouvernementaux ne sont pas coordonnés, que les gestionnaires de bâtiments ont différentes appréhensions face à la filière (approvisionnement, technologie, opération et ressources spécialisées) et que les perceptions négatives face aux impacts sur la qualité de l’air demeurent, même si les nouvelles technologies offrent de remarquables performances à cet égard. Cela me porte à témoigner de l’excellent travail de consultation réalisé par le RNCREQ sur les aspects sociaux et environnementaux touchant la filière. D’une part, cela a permis de faire ressortir les préoccupations des intervenants et le cadre de développement dans lequel il était nécessaire d’orienter la réalisation des projets et, d’autre part, que la stratégie d’approvisionnement, de contrôle de qualité et d’amélioration continue (R&D) mise de l’avant par les coopératives était la bonne à adopter pour favoriser l’acceptabilité sociale des projets. Enfin, malgré la compétitivité de la biomasse face au mazout ou au propane, l’importance des investissements requis à l’implantation de chaufferies à la biomasse freine le développement. Une aide gouvernementale demeure nécessaire pour réduire la période de retour sur les investissements, et ce, particulièrement en phase initiale de déploiement où les financiers et les investisseurs demeurent prudents en attendant la constitution d’une masse critique de projets.

Recommandations et remerciements

Le rapport formule des recommandations essentielles au développement de cette filière aux multiples bénéfices. Parmi celles-ci, le renouvellement des programmes visant la substitution des énergies fossiles destinées à la production de chaleur pour l’industrie et pour les bâtiments, dans le cadre du plan d’action sur les changements climatiques 2013-2020, est primordial. Certaines modifications réglementaires sont aussi très attendues. La possibilité pour les institutions publiques de signer des ententes à long terme avec des entreprises spécialisées, dont nos coopératives, est de celles-ci. Cela leur permettrait de se dégager des contraintes appréhendées face à l’opération des chaufferies. Le travail accompli est colossal. Je tiens à remercier sincèrement tous nos partenaires pour leur grande contribution à la qualité de ce rapport. Le gouvernement a maintenant tout en main pour mettre en place les outils qui feront de cette filière un excellent chantier de développement pour toutes les régions du Québec.