Renald Bernier

Bon Dieu, écoutez donc dans vos cours d’histoire!

6 Mar. 2015

J’ai eu beaucoup de plaisir à étudier et enseigner l’économie. C’est un peu faire de la sociologie mais avec des chiffres. Je l’avoue humblement, j’aurais aussi aimé l’histoire. Par contre, les perspectives à l’époque me semblaient moins intéressantes.

Quoi qu’il en soit, j’ai toujours eu à faire face à des étudiants qui chignaient sur leurs cours d’histoire. «À quoi ça sert?» La réponse classique : «À éviter de refaire les erreurs du passé!». Honêtement, même si j’y croyais vraiment, j’avais de la difficulté à trouver des exemples concrets. Depuis quelques jours, ce n’est plus le cas.

Le Conseil du patronat

Dans un mémoire présenté à l’Assemblée nationale, les représentants du Conseil du patronat du Québec y allaient d’une proposition surprenante, même inquiétante. En effet, on invitait «le gouvernement à réallouer une partie des budgets actuellement consacrés au maintien des municipalités dévitalisées vers des mesures facilitant la relocalisation des ménages qui y habitent».

Ouch! Comme président de RESAM, le spectre des fermetures de paroisses est vite remonté à mon esprit. Qui plus est, dans une entrevue accordée au Journal de Montréal, le président du Conseil, YVES-THOMAS DORVAL ajoutait que «les politiciens jouent à l’autruche et mettent ça sous le tapis. Ils ne savent pas quoi faire avec ça, car les gens de ces régions sont des électeurs et ils ne veulent pas heurter les sensibilités».

Même s’il disait regretter la façon malhabile d’amener le sujet, il prenait soin d’ajouter «qu’il faut poser la question et ça, on ne le regrette pas (de l’avoir fait)». Il terminait l’entrevue avec ces mots : «lorsqu’on a tout fait, il faut se demander si on «doit continuer à faire survivre des endroits» qui n’ont pas d’avenir économique.

Non, mais! Le Conseil du patronat a changé le libellé de son mémoire, c’est vrai! Tou- tefois, croyons-nous vraiment qu’il a changé d’idée? Pas réellement selon moi. Il doit encore penser qu’il faut fermer les villages «qui n’ont pas d’avenir». Il faut juste trouver une manière de le dire sans heurter la population, c’est tout! On peut bien se donner bonne conscience en disant qu’il faut se poser la question, qu’on est derrière les régions, que ce n’est pas un souhait de migration des communautés rurales vers les villes ou bien que l’on agit pour le bien du Québec. Il n’en reste pas moins qu’un peu d’histoire aurait permis de comprendre rapidement l’étroitesse de cette réflexion.

En effet, lorsque que le Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ) mettait en œuvre son projet de fermeture des paroisses dans le Bas-Saint- Laurent et en Gaspésie, les autorités, tout comme les bien-pensants d’aujourd’hui, étaient convaincus que cela permettrait de donner un nouveau souffle aux régions. Aujourd’hui nous devrions nous rappeler que bien que l’objectif de renforcir les régions était louable, la relocalisation des communautés qui s’est soldée par un échec était, tant qu’à elle, une très mauvaise idée!

L’importance d’occuper le territoire

J’imagine mal comment on peut conclure que d’abandonner un territoire peut être une source de bénéfice pour le Québec. La présence d’une population active, dynamique et attachée à son milieu est le meilleur moyen de s’assurer que le potentiel du Québec soit disponible pour la création de richesse à court, moyen et long terme. Ça me semble évident, non?

S’il n’y a personne, il n’y aura pas d’entreprises prêtes à profiter des occasions d’affaires, il n’y aura pas d’employés disponibles pour réaliser les activités. Pire, il n’y aura personne pour imaginer le développement et l’utilisation du potentiel de la région. Il n’y aura qu’un territoire en attente d’être exploité par quelqu’un d’ailleurs.

L’héritage des opérations dignités

L’histoire nous a montré que l’attachement de la population à son territoire permettait une mobilisation hors pair et le développement de solutions novatrices à l’aménagement du territoire. Parmi celles-ci, on peut noter la création des groupements forestiers qui permettent encore aujourd’hui la mise en valeur de la ressource forestière mais aussi l’émergence de plusieurs entreprises connexes. Ce qu’il faut surtout se rappeler, c’est que des municipalités qui n’ont plus d’avenir, ça n’existe pas. Ce sont simplement des municipalités qui n’ont pas encore eu les moyens de le développer cet avenir