Claude Dupuis

Ça commence à faire!

13 Mai. 2014

Le nouveau régime est douloureux pour les travailleurs forestiers. Le Rendez-vous national de la forêt québécoise nous a donné de l’espoir, mais le temps commence à manquer. Il faut que les dossiers bougent, surtout pour les entrepreneurs forestiers!

L’impact du nouveau régime

La première saison sylvicole du nouveau régime a été épuisante. Avec la diminution du budget, les déficiences de la planification et l’effet dramatique du libre marché, ce n’était pas une partie de plaisir. Pourtant, tout cela était tolérable comparé aux problèmes de la récolte. La crise qui perdure avait déjà exercé une grande pression sur les entrepreneurs forestiers. Leur rémunération a été gelée depuis longtemps et ils affrontent des contraintes d’opération de plus en plus complexes qui réduisent leur productivité. La diminution globale du niveau de récolte a camouflé la crise que vivaient ces entrepreneurs. Plusieurs ont quitté le métier à la suite de faillites ou d’abandon. Ceux qui restent sont les guerriers. Ils sont en train de perdre leur équité laborieusement accumulée. Le libre marché des bois crée des opportunités stimulantes, mais aussi de l’instabilité. Le MRN a mis en place un système qui crée la rareté, tant en réduisant les volumes de garantie qu’en limitant, avec une planification inefficace, la disponibilité des bois garantis. Le somme payée en plus au gouvernement pour acquérir les volumes par les industriels, forcés d’être agressifs, n’est plus disponible pour payer les entrepreneurs. Le nouveau régime entraîne aussi d’autres augmentations de coûts, notamment la planification à court terme, l’ajout d’une rente à payer pour conserver la garantie d’approvisionnement auquel s’ajoute la disparition du programme de voirie forestière. La valeur du bois d’oeuvre a augmenté depuis l’année dernière, mais ce gain a été absorbé par les augmentations de coûts en forêt. La situation n’est pas rose pour les industriels, mais les entrepreneurs, au bout de la chaîne, commencent à manquer d’air. En ayant un tel impact sur le système, est-ce que le MRN ressent une responsabilité quant à la viabilité du secteur ?

Des décisions du Rendez-vous attendues

Le Rendez-vous de Saint-Félicien était un moment très positif de notre récente histoire forestière, j’y crois toujours. Le gouvernement a fait preuve d’une réelle ouverture pour comprendre et résoudre nos problèmes. Il faut cependant passer des paroles aux actes. Ça presse! Les entrepreneurs ont besoin de renouveler leur parc d’équipements. Cela permettrait de gagner en productivité et en réduction de carburant. Alors que l’accès au programme ESSOR devait les aider à financer ces acquisitions, rien ne semble avoir encore été fait pour rendre les entrepreneurs admissibles à des conditions qui tiennent compte de leurs besoins. Le chantier sur les impacts de la mise en oeuvre du régime forestier devra aussi accélérer la cadence pour produire des effets dès le 1er avril.

Des liens plus tendus avec nos clients

Ce nouveau régime forestier n’est pas facile pour nos clients industriels. Nous ne sentons cependant pas toujours l’empathie que nous espérons de leur part pour ce qui se passe en forêt. Les entrepreneurs ont pourtant prouvé depuis longtemps leur courage, débrouillardise et loyauté. Les industriels n’ont pas à leur dire de travailler fort, tout le système les force à le faire. Il existe des pratiques et des façons de faire contrastées dans les liens d’affaires entre les entrepreneurs et les industriels. C’est difficile et exigeant partout, mais des industriels réussissent à intégrer dans leur fonctionnement que les risques doivent être partagés s’ils veulent que leurs fournisseurs de service de récolte soient capables d’investir. Ils doivent aussi avoir au moins une perspective de profit, sinon pourquoi seraient-ils en affaires ? Les entrepreneurs forestiers font partie de la chaîne de valeur et ils peuvent contribuer à améliorer le produit qui sort des usines. Ils ne doivent plus seulement être considérés comme des coûts que l’on compresse à chaque fois que c’est nécessaire. Au cours des prochains mois, il faudra renforcer le dialogue avec nos clients. Nous devrions nous associer pour expliquer au MRN que le nouveau régime forestier asphyxie le secteur à court terme en prélevant trop de ressource. Si ces démarches portent des fruits, les entrepreneurs doivent pouvoir compter sur le fait que l’ascenseur reviendra et qu’ils profiteront aussi de l’amélioration de l’environnement d’affaires.