Jocelyn Lessard

Ça va bien aller?

16 Juin. 2020

La pandémie n’a pas fini de faire ses ravages, mais nous nous interrogeons sur ce que l’avenir nous réserve. Après la crise, aurons-nous un monde meilleur ?

La pandémie a eu des effets dramatiques mondiaux, mais il est très difficile de prédire comment, ici et ailleurs, les choses vont évoluer. L’ampleur des changements attendus est aussi difficile à anticiper. Certains croient que plus rien ne sera jamais pareil, d’autres, comme Michel Houellebecq, pensent « qu’après ça sera pareil, juste un peu pire ».

La réalité sera probablement entre les deux. Il faudra des politiques publiques agressives pour relancer l’économie, même les néo-libéraux sollicitent le concours de l’État pour l’orchestrer. Devrions-nous définir de grands principes avant d’arrêter des projets précis ?  Voulons-nous seulement retrouver notre confort en restaurant la société de consommation ? Voulons-nous plutôt un monde meilleur ? Pour qui au juste ?

En 2009, Jacques Attali a écrit un livre passionnant et toujours pertinent où il présentait la feuille de route pour sortir de la crise économique. Je le cite intégralement : « Les principales constatations sont que la survie n’est pas que l’affaire de l’instant présent, mais qu’elle se joue sur le long terme; qu’elle ne réside pas que dans la conservation, mais dans le dépassement; qu’elle n’est pas pari sur l’unité, mais sur la diversité, qu’elle dépend moins de la prudence et de la précaution que de l’audace; qu’elle n’est pas invite à la destruction des autres, mais à la construction de soi; qu’elle n’implique pas la compétition, mais la coopération et la recherche d’alliés. »

Malgré l’extrême complexité de la tâche pour orchestrer des changements d’une société fortement globalisée, voici les trois axes qui me semblent incontournables.

La transition écologique

Cela ne devrait pas être une option, mais une obligation. Le poids de l’économie dans les décisions politiques est déterminant, mais la transition écologique ne veut pas dire que tout sera sacrifié. Notre économie est dopée à la croissance, mais la planète ne peut la supporter. Depuis les années 70, elle n’est même plus un gage de prospérité pour tous. Notre économie ne sait pas gérer la décroissance alors il faut un nouveau modèle. La transition écologique permet une croissance « verte et durable ».

Il faut réduire notre dépendance aux énergies fossiles, ce qui inclut le gaz naturel qui n’est pas si propre que ses promoteurs font croire. Nous sommes en excellente position pour développer les énergies renouvelables. Il nous faut juste apprendre à les utiliser stratégiquement. Chauffer des édifices gouvernementaux avec de l’électricité n’est pas stratégique. L’autre composante de cette transition concerne la protection de l’environnement.

L’innovation

La destruction créatrice va s’appliquer à grande échelle. Plusieurs des entreprises qui auront été détruites par la pandémie seront remplacées par d’autres qui seront plus agiles. Au-delà des tragédies individuelles, que je ne sous-estime pas, l’innovation va introduire des entreprises plus performantes et idéalement plus responsables. Il faudra s’assurer que ce phénomène ne concentre pas la richesse encore plus rapidement. Le secteur forestier doit absolument profiter de cette fenêtre pour moderniser ses pratiques et ses produits. Le matériau bois a beaucoup à offrir pour la relance.

La coopération  

Un monde meilleur devra être inclusif. La pandémie a encore enrichi davantage les plus riches.  Si cette situation se perpétue, les inégalités conduiront à des tensions sociales terribles. Vous connaissez mes convictions quant au potentiel que représente le modèle coopératif pour créer et partager des richesses. La coopération est imparfaite parce qu’elle ressemble aux humains, mais elle s’appuie sur des fondamentaux simples et puissants. Elle priorise les personnes plutôt que le capital et elle vise le long terme plutôt que l’immédiat. Elle responsabilise les individus qui doivent s’impliquer pour assurer sa réussite.  Les exemples sont nombreux pour illustrer comment elle fait la différence pour des millions de personnes dans le monde.

Dit simplement, pour moi, un monde meilleur après COVID-19 dépendra d’une saine transition écologique, d’innovations structurantes et d’une plus grande justice sociale portée par la coopération.

Mon départ de la Fédération a été annoncé et je vais profiter de mon dernier éditorial dans le prochain numéro pour faire mes adieux au lecteur du journal Le Monde forestier.