Claude Dupuis

Calumet de la paix

25 Oct. 2012

Au cours des dernières semaines, notre coopérative et tous les autres acteurs du secteur forestier de la région ont été entraînés dans un douloureux conflit. Le sujet est sensible et complexe, mais je me permets de faire une brève autopsie de la situation.

La source du conflit

Le lendemain de la fête de la Saint- Jean a été plutôt douloureux dans notre région. Les trois conseils de bande de Wemotaci, d’Opitciwan et de Manawan ont choisi ce jour pour protester contre l’exploitation des ressources naturelles de leur territoire ancestral par les entreprises forestières. Les Atikamekws entendaient perturber les opérations forestières et de transport de la ressource vers les usines de transformation. Ils voulaient attirer l’attention sur leurs revendications et exprimer leurs frustrations devant les discussions qui ne progressent pas depuis une trentaine d’années. Le feu aurait été mis aux poudres par le transfert du volume d’un CAAF d’une usine vers d’autres usines. Le conseil de bande d’Opitcwan aurait été frustré de ne pas obtenir les mètres cubes demandés du volume qui a été transféré. Le cadre de la revendication est cependant tout de suite devenu beaucoup plus large. Les Attikameks revendiquent depuis longtemps et avec patience une entente de même nature que celle qui lie le gouvernement du Québec avec les Cris. La vaste forêt de la Mauricie fait partie du territoire ancestral de cette communauté, ce qu’ils appellent le Nitaskinan. Comme les négociations ne progressent pas, ils se demandent pourquoi leurs droits, pourtant reconnus par les tribunaux, leurs intérêts et même leur existence n’attirent pas le sérieux qu’ils méritent.

Victimes de la situation

De l’autre côté de la barrière, même sans faire de jeu de mots, la situation était loin d’être confortable. J’ai décrit la situation en quelques paragraphes, mais je vous assure qu’en temps réel, dans un vaste territoire, nous avons dû gérer beaucoup de confusion. Dès le premier jour du conflit, nos opérations ont été entravées. Alors que les cours d’usine sont vides et que tous les travailleurs ont besoin de reprendre le travail avec intensité, le moment pour nous était bien mal choisi. Tous les acteurs du secteur sont actuellement très vulnérables parce que la crise de l’industrie a affaibli tout le monde. C’est bien sûr ce qui a donné autant de force au moyen de pression utilisé. Nous sommes les voisins des Attikameks et nous entretenons avec eux des relations cordiales. Nous sommes même des partenaires dans plusieurs dossiers et nous voulons que les liens entre les communautés se consolident pour qu’ensemble nous profitions d’un développement harmonieux. Dans le feu de l’action, il est cependant loin d’être facile d’expliquer à nos travailleurs, nés dans la région et qu’y travaillent dans la forêt depuis des décennies, que les revendications sont légitimes et que nous devons faire preuve de patience et de compréhension. Quand notre survie dépend du travail que nous devons accomplir et que nous n’avons, en fait, aucun moyen de résoudre le conflit, nous vivons, croyez-moi, une grande frustration.

Pour de véritables négociations

Plusieurs raisons militent pour que les négociations conduisent à une entente. La première est certainement qu’il faut absolument créer les conditions pour que nos voisins des communautés autochtones puissent s’extraire des conditions de vie difficiles qu’ils affrontent encore aujourd’hui. La deuxième, très égoïstement, nous concerne. Il faut trouver le moyen d’enlever l’épée de Damoclès qui pend au-dessus de nos têtes. Si les négociations ne progressent pas, nous ferons face à la menace constante de voir nos opérations interrompues à nouveau. C’est comme se promener avec une caisse ouverte de bâtons de dynamite dans le coffre en espérant que rien ne provoque l’explosion. Je sais à quel point la situation est complexe, notamment parce que plusieurs nations sont en attentes des mêmes résultats, mais je ne vois pas d’autre issue. Il faut que le gouvernement du Québec s’assoit à la table des négociations et qu’il convienne d’une entente avec les représentants de la nation Attikamek. Après, nous offrirons notre collaboration et essayerons de tendre les passerelles qui feront en sorte que nous poursuivions la cohabitation harmonieuse, notamment en misant ensemble sur les vertus de l’aménagement forestier durable du territoire. Je nous le souhaite à tous, de même qu’un bon été au travail pour tout le monde.