Marc Beaudoin

C’est le temps de s’équiper!

27 Mai. 2013

J’ai fais le ménage du cabanon dernièrement. Comme un peu tout le monde, j’ai été stupéfait de constater combien de choses ont peut empiler dans un si petit espace. J’ai profité de l’occasion pour me départir de plusieurs «au cas où». Je me suis résigné, le banc de bébé qui venait à expiration en 2011 ne servira plus.

Tout de même, en fouillant dans mes vieilles affaires, j’ai trouvé de drôles de choses dont mon petit poêle «hibachi». Vous vous rappelez certainement du minuscule BBQ dans lequel on mettait des briquettes. Le tout servait à brûler notre steak et ne pas faire cuire assez les patates… Je l‘avais acheté en me disant que ça faisait pareil. Erreur, il est resté dans le fond du cabanon et j’en ai acheté un «vrai» par la suite.

Le traitement vedette

On peut bien s’accommoder des moyens du bord lorsque l’on fait face à des situations marginales. Ces solutions ne sont plus applicables quand l’exception devient la norme. Au Québec, nous avons reboisé et entretenu nos plantations depuis plus de 35 ans. D’un traitement anecdotique, la première éclaircie commerciale de plantation est en voie de devenir le traitement vedette au Québec. Vous en doutez? En forêt privée, en 2004, le potentiel d’éclaircie commerciale se situait autour de 4 500 hectares. Maintenant, il est au delà de 25 000 hectares. Il a augmenté de plus de cinq fois! Qui plus est, il s’agit d’un traitement très important permettant une réelle valorisation de l’investissement fait au départ. En éclaircissant la forêt, on se donne de meilleures chances d’avoir des arbres de qualité qui auront une valeur importante lors de la coupe finale. Il faut donc les réaliser ces éclaircies. N’oublions pas non plus que ce traitement représente très souvent le premier retour financier du producteur. Après plusieurs années d’investissements sylvicoles, ces volumes prélevés permettront de mettre en marche tout le cycle économique de la transformation de la matière ligneuse.

Pas facile à faire

Tout comme les autres coupes partielles, l’éclaircie commerciale de plantation est un traitement très délicat, notamment parce que les coûts seront absorbés par un faible volume de bois de piètre qualité. Mais n’oublions pas que si nous procédons ainsi, c’est parce que l’on veut un résultat supérieur à la capacité «normale» de la forêt. Or, si les travaux ne sont pas optimisés, on perdra toute la rentabilité de ce traitement. Imaginez, payer 2$ de trop par hectare. Après 20 à 40 ans, on aura grugé beaucoup du profit prévu au départ, non? Plusieurs ont développé de petites techniques pour réaliser les éclaircies commerciales. Toutefois, tant qu’il ne s’agissait que de quelques hectares noyés dans un grand volume d’autres travaux, le besoin de développement était moins grand. Aujourd’hui, on ne peut plus laisser aller le hasard. Il est essentiel d’optimiser tout le processus et de diminuer les coûts à la base. Nous faisons face à un traitement difficile qui demande du doigté et pour lequel il est difficile d’être productif. Nos entreprises sont encore à se demander si ces travaux doivent être réalisés avec de la main-d’oeuvre manuelle ou mécanisée. Qui plus est, la main-d’oeuvre est souvent très rare.

Une mobilisation nécessaire

Que faire? Nous avons un traitement sylvicole qui sera de plus en plus utilisé, mais nous n’avons pas encore les outils nécessaires. La mécanisation de ce type de traitement est à l’ordre du jour évidemment. Mais comment s’y prendre en forêt privée, avec de petites superficies? Plusieurs groupements forestiers se sont déjà engagés dans ces expérimentations, mais les charges sont importantes. Pour que ce soit valable pour un propriétaire, l’équipement doit être économique, productif et ne pas laisser beaucoup de traces après l’intervention. Pas facile à dénicher. Par ailleurs, n’aurait-il pas lieu d’approfondir l’utilisation du traitement lui-même? Est-ce que le type de prescription que nous utilisons est vraiment optimal? Ne pourrait-on pas trouver des modalités différentes qui augmenteraient la productivité tout en maintenant l’efficacité du traitement? Ce sont toutes des questions que chaque groupement se pose ou se poser dans un futur proche. C’est un grand chantier qui se présente à nous. Et nous le savons, les premières recherches, s’il y en a, ne se feront probablement pas pour la forêt privée avec toutes ses particularités. Au mieux, on tentera d’adapter pour la forêt privée les solutions que l’on aura trouvées pour la forêt publique. Il nous appartient de faire front commun pour trouver des solutions. Il faudra penser à coordonner nos efforts afin de partager nos expériences et espérer accélérer la courbe d’apprentissage. Fort heureusement, RESAM avec le MRN et FP Innovations, ont mis en place un programme d’innovation en forêt privée pour traiter ce genre de sujets. Notre stratégie sera assurément d’accéder à ces outils pour en faire un succès plutôt que de se contenter de patate pas cuites et de steak brulé.