Marc Beaudoin

Cette fois sera la bonne?

25 Mai. 2022

Le temps passe parfois vite, parfois lentement. Ça dépend pas mal des situations. On a tellement hâte d’avoir 18 ans pour aller dans les bars, tellement que l’on trouve des moyens pour aller plus vite. Ou bien on court pour arriver à temps à la garderie. Avec le temps, on découvre qu’on en a moins qui reste, qu’on n’en a plus beaucoup à perdre. Tout cela est bien relatif.
Il y a quelques moments importants qui nous rappellent que la boucle n’est pas éternelle. La naissance de nos enfants, par exemple, ou leur départ du nid. En forêt privée, on peut parler des rencontres des partenaires de la forêt privée comme des jalons importants. Bien sûr, il y a celui de 1995 qui a présidé à la naissance des agences de mise en valeur. En 1998, on faisait un bilan et on ajustait les décisions de 1995. 2006 était l’occasion de discuter du rôle et du fonctionnement des agences alors que 2011 reconnaissait le modèle d’affaires des groupements forestiers.
Lors de chacune de ces rencontres, il y avait toujours en trame de fond la volonté de maximiser l’impact des investissements en forêt privée. Parfois, les résultats étaient questionnables. Qui ne se rappelle pas des plans d’actions et du 3%. Parfois, les succès ont aussi été au rendez-vous, notamment, avec le remboursement de taxes foncières. Malheureusement, parfois les actions se sont aussi faites sur une base de confrontation.
Aujourd’hui, nous entrons dans une nouvelle ère. Une ère ou les attentes des producteurs sont plus complexes, où la main d’œuvre est rare, où les besoins en approvisionnement augmentent et où la technologie devient de plus en plus omniprésente. Le ministre nous invite à faire un tour de roue supplémentaire afin de s’ajuster à cette réalité. En effet, le ministre Pierre Dufour a déposé deux études réalisées par le Groupe DDM visant principalement à améliorer l’environnement d’affaires des producteurs forestiers. Dans ces documents, on fait référence à la latitude professionnelle, à l’utilisation de nouvelles technologies, à des processus plus efficaces. Mais, par-dessus tout, on parle d’équité et de performance pour tous les producteurs.
Le travail est de taille et, comme je le disais, l’histoire n’est pas tendre envers ces initiatives. Il s’agit d’un nouvel essai, d’une nouvelle approche pour maximiser notre impact. De mauvaises langues pourraient dire que ce sera encore une fois un coup d’épée dans l’eau. Je ne suis pas de cet avis. Pourquoi donc? D’une part, je sens beaucoup plus de cohésion au sein des partenaires de la forêt privée que par le passé. D’autre part, il y a une vraie équipe de gens dédiés au sein du service de la forêt privée du MFFP. Le service a maintenant les moyens de documenter et défendre l’apport de notre secteur à l’économie du Québec Finalement, nous avons des propriétaires qui sont exigeants oui, mais aussi qui veulent être informés et s’assurer d’avoir le maximum pour leur argent. Si nous livrons la marchandise cette fois, il y a de fortes chances qu’ils joignent la parade.
Malgré tout, il reste beaucoup de chemin à parcourir pour faire de cette occasion un succès. Des confrontations surgiront assurément. Des visions s’opposeront peut-être. Des intérêts organisationnels pourraient brouiller les cartes. Il y a mille raisons de prédire l’échec.
Il y a toutefois un membre du forum des partenaires de la forêt privée qui nous a donné la solution à tous nos problèmes et qui nous guidera vers la réussite. Cette solution, c’est de garder à l’esprit que le propriétaire forestier doit être l’acteur au centre de nos réflexions et de nos interventions.
Même s’il reçoit de l’aide de l’État, le producteur est celui qui supporte le plus de risques durant la phase d’aménagement. Est-ce que ma forêt va pousser comme il faut? Va-t-il y avoir une épidémie ou une catastrophe naturelle? Le prix du bois sera-t-il bon lorsque je serai prêt à vendre et quoi d’autre? Qui plus est, à chaque fois que nous ajoutons une étape, une règle, un délai, cela se fait au dépend du propriétaire.
En ce sens, le défi qui nous est proposé sera relevé si nous gardons le cap sur le propriétaire et non sur les intérêts corporatifs. À chaque décision, nous devons nous demander si elle permettra d’améliorer réellement l’environnement d’affaire du producteur forestier.