Marc Beaudoin

Changer le point de vue

6 Nov. 2017

C’est surprenant à quel point on peut se forger une cage avec le temps. On commence dans la vie sans trop savoir ce qui s’en vient. On apprend un truc ou deux et on les répète. Après un certain temps, on en vient à croire que «c’est» la manière de faire les choses.

Quand cela arrive à une seule personne, c’est plus ou moins grave. Toutefois, lorsque les problèmes impliquent plusieurs personnes, voire toute une industrie, cela peut devenir problématique! Pourquoi ? Parce qu’à ce moment-là, on nage dans le même bassin d’idées. Rien de nouveau, seulement les mêmes solutions à des problèmes qui sont souvent différents.

Les professeurs d’université bénéficient de ce qu’on appelle une année sabbatique. C’est l’occasion, pour eux, de mener à terme un nouveau projet : histoire de s’ouvrir à de nouveaux horizons et d’explorer leurs intérêts d’un point de vue différent. Dans notre secteur, nous n’aurons jamais la latitude de prendre une année sabbatique. Nous arrivons à peine à nous libérer pour un congrès ici et là.

Pourtant, ce serait tellement ressourçant! En effet, les prochaines années seront d’une importance capitale. L’État ainsi que les groupements forestiers devront adapter leurs façons de faire afin de maximiser l’apport de la forêt privée dans la création de richesse. À cet effet, plusieurs actions devront être prises, notamment :

• La révision de la fiscalité pour accroître les niveaux de récolte;

• Une meilleure synergie transformatrice- productrice;

• Une amélioration technologique;

• Un lien plus fort entre les propriétaires de lots boisés et la récolte.

Qu’à cela ne tienne! RESAM a choisi d’être en avant de la parade et de regarder les options d’un point de vue différent. Plus d’une trentaine de membres de groupements forestiers partiront pour la Suède afin de s’inspirer de moyens pour augmenter la mobilisation des bois de la forêt privée du Québec.

Cette mission se déroulera du 5 au 13 décembre. Les participants rencontreront des propriétaires et des regroupements en plus de visiter des structures forestières, des usines. Ils auront aussi la chance d’observer des opérations forestières et sylvicoles et d’avoir accès à des autorités gouvernementales.

LES OBJECTIFS

Cette mission se veut une étude des mécanismes mis en place en Suède afin d’améliorer, ici, la mobilisation des bois de la forêt privée pour créer de la richesse. Nous sentons qu’actuellement au Québec, le cadre de réflexion est limité à ce que nous connaissons déjà. Il y a un besoin pressant de sortir de notre cadre de référence actuel et d’explorer de nouveaux concepts. Plus précisément, nous chercherons des méthodes novatrices qui pourraient s’implanter rapidement dans notre contexte, notamment sur :

• Le régime fiscal ;

• Les équipements utilisés lors de la récolte ;

• La formation des unités d’opérations ;

• Le type de contrats avec l’industrie de la transformation ;

• Les politiques gouvernementales en matière d’utilisation de la forêt privée.

À court terme, on doit trouver des réponses à plusieurs de ces questions, car nos organisations sont déjà très actives en récolte. À titre d’exemple, les groupements forestiers achètent des équipements de récolte. Il s’agit d’investissements pouvant dépasser le million de dollars. Toutefois, peu d’informations sont disponibles quant aux caractéristiques à rechercher dans un contexte de forêt privée. C’est là une des informations que nous irons chercher.

POURQUOI LA SUÈDE

Nous avons pris notre temps afin de choisir la meilleure destination. Je reprends les mots de LUC BOUTHILLIER qui nous a convaincus de la pertinence de ce voyage : « La forêt privée de la Suède est très importante. C’est un peu plus de 50% de la forêt productive qui est entre les mains d’à peu près 200 000 propriétaires. De ce nombre, il y en aurait environ 112 000 qui sont actifs.

Au Québec, il y a environ 135 000 propriétaires privés, mais 30 000 producteurs forestiers reconnus. On voit le défi. Nos 135 000 propriétaires représentent 15 % du territoire. La Suède est une nation forestière, un gros exportateur forestier, alors il faut faire des affaires avec les propriétaires qui se sont organisés en quatre grandes coopératives. Ça ressemble beaucoup à nos coopératives agricoles. L’idée est de se regrouper pour diminuer les coûts de récolte et pour faciliter le transport. C’est une problématique semblable à la nôtre, mais ils sont plus organisés. Notamment parce que la foresterie et la fabrication de produits forestiers font partie de la vocation économique de la Suède. »

UN PREMIER PAS

Les enjeux seront grands au cours des prochaines années pour les groupements forestiers. Il serait bête de repartir à zéro. Comme le dit le proverbe : « Quand on se refuse aux conseils de l’expérience, la fortune se charge de la leçon ». Les idées que nous recueillerons ne seront pas toutes applicables telles quelles. Elles nous forceront toutefois à regarder la situation sous un angle différent.