Alain Demers

Chasse au chevreuil: les détails qui comptent

15 Déc. 2014

Chasser le chevreuil avec succès est d’abord une question de gros bon sens. Il ne faut pas qu’il détecte notre présence mais nous, nous devons nous organiser pour le trouver, l’attirer, le voir et tirer juste. Comment y arriver? Tout est dans les détails.

Grattages et frottages

D’entrée de jeu, j’aimerais vous révéler un truc de STÉPHANE MONETTE, un des chasseurs les plus réputés au Québec. Durant la période de rut, en novembre, le mâle manifeste sa présence aux femelles par des grattages sur le sol (avec ses sabots) et des frottages sur les arbres (avec ses bois). De tels indices incitent certains chasseurs à se poster dans le secteur. Toutefois, avise Stéphane, ces marques ne sont pas toutes d’égale importance. Certains grattages s’avèrent plus frais que d’autres, fait-il remarquer, signe que le mâle y retourne pour laisser un autre message aux femelles.

Selon Stéphane, le message le plus clair reste celui d’une branche brisée et mâchouillée, au-dessus d’un grattage. C’est la signature des mâles dominants. Il s’agit d’une invitation aux femelles et du même coup, un avertissement aux autres mâles de ne pas traîner dans le secteur… Venant d’un chasseur qui est allé un peu partout au Québec et ailleurs sur le continent, le truc vaut de l’or. De plus, Stéphane a régulièrement l’occasion d’observer le comportement des chevreuils mâles à la Ferme Monette, dans la région de Mont-Tremblant, l’entreprise qu’il a fondée avec sa famille pour la récolte d’urine de chevreuil et la fabrication de leurres odorants.

Dans une seule saison, Stéphane voit plus de chevreuils que beaucoup de chasseurs en verront dans toute leur vie. Alors, quand arrivera le temps du rut en novembre, ne regardez pas seulement par terre pour déceler des signes de la présence des bucks, regardez aussi dans les airs…

Chasse fine ou à l’affût?

Maintenant que vous savez ce qu’il faut chercher, devriez-vous opter pour la chasse fine ou pour la chasse à l’affût? Dans la plupart des territoires fréquentés par les chasseurs, la pression de chasse rend les mâles particulièrement méfiants, faisant en sorte que la chasse fine est peu efficace. Si vous persistez à marcher, même lentement, le chevreuil va vous repérer facilement.

Il se déplacera alors continuellement devant vous, souvent sans même se laisser apercevoir. Cela donne l’impression qu’il n’y a pas de chevreuil, alors qu’il garde juste la bonne distance, pour se sentir en sécurité. Le mirador s’avère donc une excellente option. Parfois, une cachette très simple peut convenir. Si vous vous trouvez à flanc de montagne, au-dessus d’un lieu de passage des mâles, vous pouvez vous contenter d’effacer votre silhouette en vous appuyant sur un arbre et en étant entouré de quelques branches.

Le bon endroit

Le choix de l’emplacement est d’une extrême importance. Il faut pouvoir vous rendre sans faire de bruit et sans être vu par les bêtes. L’endroit doit être paisible. Si le secteur est déjà fréquenté par plusieurs autres chasseurs, les chevreuils se méfieront et ne se rendront au site choisi que la nuit. Surtout les mâles.

La statégie ne saurait être complète sans tenir compte des odeurs. Il y a plusieurs produits sur le marché pour attirer les mâles vers notre poste de guet mais les phéromones femelles de la Ferme Monette se démarquent par leur efficacité. Stéphane Monette les applique sur le terrain avec un aérosol, en traçant ainsi une ligne d’odeur amenant le mâle vers le poste de guet.

Comme une image vaut mille mots, je vous invite à regarder la vidéo sur le site Web de la Ferme Monette. Cette vidéo et plusieurs autres de Stéphane se retrouvent également sur You Tube.

Pour un tir stable

Quelques séances de pratique par année ne suffisent pas à faire de vous un tireur d’élite. Mais au moins, elles permettent de vous familiariser avec votre arme. Qu’on se le dise, il n’y a rien comme appuyer votre arme, dès que le temps le permet. Un point d’appui stabilise la croix de la lunette de visée, facilitant la précision du tir.

À défaut d’une grosse branche à proximité, servez-vous de votre genou ou prenez toute position avec laquelle vous êtes stable et à l’aise. Même appuyé, le tir à longue distance comporte trop de risques de rater la cible ou de blesser la bête. Tant que le chevreuil ne vous a pas vu ou senti, rapprochez-vous le plus possible ou attendez qu’il s’approche.

Tirer à coup sûr

Lorsqu’on court, on risque de blesser l’animal, ce qui est aussi le cas d’un chevreuil qui détale à la course en ne montrant que son postérieur; il est préférable ne pas tirer. Une blessure sur un gros gibier peut faire regretter au chasseur d’avoir tiré et ainsi, nuire à sa concentration lors des occasions suivantes. Permettez-moi d’insister: chassez le plus possible de façon à voir avant d’être vu. C’est essentiel. Quand vous apercevez le chevreuil convoité, il ne faut pas nécessairement tirer en vitesse, par crainte que l’animal s’enfuie. Sauf si la queue de la bête est relevée, signe de son départ imminent.

Si la queue n’est pas relevée, même si le chevreuil regarde dans votre direction, restez immobile, il finira par se retourner et ne pas s’occuper de votre présence. Vous avez alors les secondes nécessaires pour vous appuyer et porter le coup fatal. N’étirez pas trop votre chance non plus. Car à partir du mo- ment où le chevreuil vous a re- péré, il se méfie et peut déguer- pir de façon inattendue. Ce sont vraiment de tels dé- tails qui font toute la différence entre avoir des chances de succès raisonnables et se fier uniquement au hasard pour réussir sa chasse.