Marc Beaudoin

Chronique estivale

21 Sep. 2017

On espère tous que l’été est enfin arrivé. Donc, ce mois-ci, pas question de chronique hockey ou d’expérience d’aréna! C’est plutôt le temps de parler golf. Eh oui, c’est un sport que j’ai pratiqué assez intensément dans mon jeune temps. Je me plais toutefois à répéter que je suis passé de 90 parties par année à … 3 quand mon fils est né. Heureusement maintenant, les 87 parties qui me manquent, c’est lui qui les jouent.

Il y a quelques jours, le jeune homme est rentré à la maison l’air un peu maussade. Comme c’est un jeune ado, j’hésitais entre me cacher derrière le chauffe-eau ou me faire engueuler. J’ai pris mon courage à deux mains :

– Qu’y a-t-il?

– Je suis rendu poche au golf!

– Ah! Ouin! Comment ça?

– Je n’ai pas joué en bas du «par» cette semaine.

Bâtard !!!! J’hésitais entre me mettre à pleurer et vendre mes bâtons ou être mature et compréhensif. Après quelques …, ce qui m’a paru des heures, je crois avoir réussi à lui faire comprendre le chemin qu’il a parcouru. Il tenait certainement pour acquis que jouer la normale, c’était ordinaire. Mais dans les faits, peu de gens y arrivent ne serait-ce qu’une seule fois dans leur vie.

L’EXPERTISE

Les groupements forestiers sont dans le portrait depuis plus de 40 ans. En soi, c’est un exploit, car très peu d’acteurs ont montré une aussi longue longévité. Au départ, l’approche pouvait être considérée comme artisanale dans la mesure où les producteurs se sont regroupés et ont mis en commun les moyens dont ils disposaient alors. La grande majorité des travaux réalisés étaient surtout ceux non commerciaux.

La prestation de service s’est hautement développée depuis. La suite logique consistait à récolter les fruits de l’aménagement. En effet, nous avions la main-d’oeuvre et le besoin se faisait sentir auprès des propriétaires. Les groupements forestiers se sont donc tournés vers la récolte. Chemin faisant, les groupements forestiers ont permis à un noyau d’expertise de se cristalliser dans les régions.

Avec les moyens, est aussi arrivée l’ambition. Les projets devenaient plus diversifiés et ambitieux. La participation dans les usines de transformation, la certification forestière, le développement de services multiressources ou d’environnement, la reconnaissance du modèle d’affaires des groupements forestiers, le développement d’outils de travail performants et bien d’autres. Ce sont tous des outils supplémentaires qui ont été développés pour le producteur regroupé aussi bien que pour la communauté dans laquelle oeuvre le groupement forestier.

UN LONG CHEMIN

Si on ne connaît pas l’histoire des groupements forestiers, nous pourrions tenir pour acquise cette expertise. Toutefois, il faut comprendre qu’elle n’est pas tombée du ciel et qu’il aura fallu beaucoup d’efforts et de ténacité pour en arriver là. Si nous avons une main-d’oeuvre efficace et compétente aujourd’hui, c’est que nous avons investi en formation depuis fort longtemps. C’est aussi que nous avons supporté notre main-d’oeuvre durant les crises plutôt que de viser le bénéfice à court terme. Si nous sommes en mesure de réaliser des travaux de récolte qui respectent les valeurs des propriétaires regroupés, c’est que nous avons investi comme jamais dans l’achat d’équipement moderne. C’est aussi parce que nous avons accepté de financer nos entrepreneurs alors que les banques refusaient de le faire.

Si nous avons développé de nouveaux créneaux, c’est que nous ne nous sommes pas contenté de « vivre » d’un programme d’aide, mais plutôt décidé de l’utiliser comme levier afin créer plus de richesses en région. Si nous avons contribué au démarrage et au développement de nombreuses entreprises dans nos régions, c’est que nous avons cultivé un lien fort avec notre communauté. Si nous avons plongé dans l’aventure de la reconnaissance du modèle d’affaires des groupements forestiers, c’est que nous savons que la population, dont les producteurs forestiers demandent à être rassurés sur les investissements de l’État.

DEMAIN

Les efforts des groupements forestiers seront toujours au rendez-vous afin de tirer avantage de la création de richesses à partir de la forêt privée. Les groupements forestiers demeureront un pilier sur lequel le développement des communautés forestières pourra s’appuyer. L’expérience des 40 dernières années en est témoin. Pour que demain soit à la hauteur de nos espérances, il ne faudrait pas tenir pour acquise l’expertise dont nous disposons, qu’elle tombe du ciel et est facilement remplaçable. Il serait plutôt sage de considérer qu’elle est le fruit d’énormes efforts et de sacrifices depuis 40 ans et que l’on doit lui offrir un environnement propice à son épanouissement.