Martin Béland

Conflit du bois d’oeuvre : inquiétudes et espoirs

17 Fév. 2017

L’accord sur le bois d’oeuvre résineux est venu à échéance le mercredi 12 octobre dernier. Voyons les enjeux pour nous et la stratégie pour y faire face.

Un cinquième conflit

Le dossier a été largement couvert par les médias. Je vais donc vous présenter le dossier surtout dans la perspective des coopératives forestières. Au moment où j’écris ces lignes, nous ne connaissons pas l’ampleur des droits compensateurs qui pourraient être imposés à l’industrie canadienne. Cela pourrait se situer entre 20 et 25%.

Lors du dernier conflit, les Américains avaient imposé un droit de 32% réduit à 27% après quelques années. Si un scénario semblable se répétait, les dommages à tous les acteurs du secteur seraient critiques, parce que tout est intégré. Les usines de sciage de résineux seront en première ligne et des fermetures seront inévitables.

Les scieurs ne dégagent pas des marges suffisantes et après dix ans de crise, les coffres sont vides pour résister. Les fournisseurs, dont les coopératives qui font de la récolte, subiront aussi directement les impacts. Il y aura des pertes d’emplois et la pression sera très forte pour réduire encore les coûts même si les entrepreneurs sont déjà dans une situation précaire.

Les transformateurs de feuillus ne seront pas au paradis non plus. La diminution de la récolte des strates mixtes réduira leur approvisionnement et les discussions sur les partages de coûts seront vives. Le BMMB aura du mal à écouler ses lots. Certains tenteront peut-être d’augmenter leur volume pour réduire leurs frais fixes, mais quand de l’argent est perdu sur chaque mètre cube, cela ne conduit pas à une stratégie populaire.

Au bout de la chaîne, il y a aussi les papetières qui risquent de manquer d’approvisionnement si le ralentissement est trop fort. Au cours de la période de représailles, les industriels frontaliers pourraient aussi être en situation délicate si l’exonération dont ils profitaient ne s’appliquait pas. Acheter du bois aux États-Unis dans cette configuration sera probablement difficile.

Quant à la forêt privée, elle risque d’avoir encore du mal à écouler sa production tout en devant probablement encore faire des concessions sur les prix. Quant à la sylviculture, si le système de cette année se répétait l’année prochaine, le budget diminuerait singulièrement. Bref, le nouvel équilibre qui découlerait de cette crise conduirait à une diminution de l’activité forestière et à une détérioration notable des conditions d’opérations de tous les segments de la foresterie.

Se défendre

Si la Coalition américaine déposait sa plainte aujourd’hui, l’imposition des droits compensateurs ne serait effective qu’en mars 2017 et en mai 2017 pour les droits liés au dumping. Cela permettra à très court terme de continuer à profiter du marché actuel qui génère des marges positives. Cela laisse surtout du temps pour négocier et se préparer à faire face au conflit.

Les Américains n’ont jamais réussi à démontrer leurs prétentions devant les tribunaux et les conditions de libre marché se sont renforcées, surtout au Québec. Il faut donc envisager de se rendre au bout des procédures judiciaires. Les vertus du nouveau régime forestier devront aussi être reconnues, parce que le Canada nuit aussi au Québec dans ce dossier. Nous devrons éviter cette fois de se faire imposer des droits pour couvrir les autres provinces, ou pire encore, des quotas d’exportation, solution que privilégie l’Ouest canadien.

Le CIFQ a mené une bonne campagne d’information et il a réussi à mobiliser les élus au plus haut niveau. Les deux paliers de gouvernement se sont engagés à supporter l’industrie. Ils doivent offrir des garanties de prêts pour supporter le paiement des droits compensatoires, ce qui ne constitue pas une subvention. C’est la seule solution qui permettrait au système forestier de conserver son équilibre. Sinon, le gouvernement devra se pencher sur les problématiques de chaque segment de la chaîne de valeurs, ce qui serait complexe et coûteux. À moyen terme, il faut continuer d’investir pour diversifier nos marchés et ajouter de la valeur à nos produits, notamment en misant sur une bonne croissance de la construction non résidentielle chez-nous.

Souhaitons que le Forum d’innovation bois donnera un élan dans cette direction. Il n’est jamais prudent d’avoir raison avec des partenaires beaucoup plus gros que nous…