Alain Demers

Connaître la biologie de la truite, un atout pour le pêcheur

16 Juil. 2013

Quand on connaît la biologie de la truite, il devient plus facile d’en prendre. Pour être plus précis, je parle de la truite mouchetée, omble de fontaine de son vrai nom.

Pour qu’elle soit abondante ou pour qu’elle grossisse, il faut des conditions favorables. Nul besoin d’être un technicien de la faune pour le savoir. Il y a des signes qui ne mentent pas.

Le fameux pH

Quand la truite ne mord pas, il y a plusieurs raisons possibles dont des eaux trop acides, avec un taux de pH de 5,1. Selon YVES MARCHAND, aménagiste de la faune à Saint-Félicien, ce taux devrait se situer au moins à 5,5 ou mieux, à 6,7. Sinon, la truite est stressée par l’acidité de l’eau et elle ne mange pas. Par contre, quand le lac a un taux de pH équilibré, la nourriture ne manque pas.

Un indice révélateur: la présence de libellules. À différents stades de leur vie, ces prédateurs voraces consomment beaucoup d’insectes. Si vous en voyez, le lac est habituellement productif. Mais si le lac est habité par d’autres espèces de poisson moins exigeantes sur le plan biologique, il se peut qu’elles prennent graduellement la place des truites. C’est ce qui s’est produit dans plusieurs lacs de la Mauricie, envahis par le meunier noir.

Lacs de tête

Mais où se trouvent les grosses truites mouchetées? Bien souvent dans les lacs de tête, expression venant du fait qu’ils sont habituellement situés à la tête d’une chaîne de lacs. La particularité de ces plans d’eau est qu’ils communiquent peu ou pas avec le lac suivant. En l’absence d’un cours d’eau convenable pour frayer, il y a moins de truites.

Par contre, elles sont plus grosses car moins nombreuses à se partager la nourriture. De plus, les lacs de tête sont habituellement petits, peu profonds (à l’exception de quelques fosses) et les eaux se réchauffent rapidement. La truite y est donc plus active, se nourrit plus et grossit plus vite. D’ailleurs, des truites de même âge dans des eaux demeurant très froides tout l’été sont habituellement plus petites que celles vivant dans des eaux un peu plus chaudes.

Pas de lacs pareils

Cela dit, il n’y a pas nécessairement des grosses t r u i t e s dans tous les lacs de tête. En effet, dans certains cas, les eaux sont trop chaudes, manquent d’oxygène et par conséquent, n’abritent tout simplement pas de truite. Quant à la taille des truites habitant les lacs de tête, elle varie selon la latitude. Il y a plus de chances de prendre de grosses truites dans les pourvoiries au nord de Saguenay que dans les Laurentides au nord de Montréal, par exemple. Dans la première région, les plus gros spécimens dépassent fréquemment les deux kilos alors que dans la deuxième région, ces truites ne pèsent pas souvent plus d’un kilo. Les spécimens de deux kilos et plus sont exceptionnels dans des lacs. Dans les tributaires de la Côte-Nord ou du Nouveau-Québec, quand il s’agit de géniteurs venus frayer vers la fin de l’été, les prises dépassant cette taille sont plus fréquentes, mais demeurent un exploit pour le pêcheur.

Carte topo

La première démarche à faire pour découvrir un lac de tête est d’examiner la carte topographique d’un territoire réputé pour la truite mouchetée. Il faut alors rechercher une chaîne de lacs. Pour savoir lequel est à la tête du réseau hydrographique, basez- vous sur les c o u r b e s d’altitude, car elles vous donneront une indication sur la pente du terrain et donc, du sens du déversem e n t des eaux. Parfois, il n’y a pas de changement de niveau significatif et seule une visite sur le terrain vous donnera la réponse. Sur la carte, il y a aussi lieu de vérifier l’accès. Le lac de tête ne devrait pas être accessible par la route car il risque d’avoir été fréquenté trop souvent. Vos chances sont meilleures si vous avez à faire du portage, sauf bien sûr s’il y a un sentier balisé indiquant une fréquentation régulière. On peut aussi choisir de traverser un ou deux lacs en canot pour se rendre à l’extrémité de la chaîne, en prenant soin de bien évaluer les distances avant le départ.

Température de l’eau

Il y aussi lieu d’ajuster votre technique de pêche selon la période de l’année. Qu’il s’agisse d’un lac de tête ou pas, le principe demeure le même. Généralement, au début de la saison de pêche, la truite mouchetée se tient près des rives à cause d’un réchauffement plus rapide des eaux. Cette période coïncide avec la deuxième semaine de juin dans plusieurs régions. Cela varie bien sûr selon les années, la latitude ou l’altitude. Quand il commence à faire chaud, la truite mouchetée délaisse graduellement les rives pour continuer de se tenir à une température d’environ 13 degrés Celsius. En été, elle se réfugie à une profondeur variant de quatre à six mètres. Avec une canne à mouche munie d’une soie calante suivie d’une nymphe, soit à la traîne ou à la dérive, on arrive à rejoindre la truite mouchetée dans son domaine.

Une autre bonne technique consiste à pêcher lentement à la traîne avec une cuiller lourde munie d’un bas-de-ligne suivi d’un petit poisson nageur flottant. Il faut alors arrêter le moteur électrique de temps à autre pour que le leurre puisse descendre près du fond. Soyez prêt à avoir de l’action car il arrive que ça morde quand le leurre descend. J’ai pris de belles truites mouchetées de cette façon. Je souhaite que ça vous arrive.

Pour prendre de la truite mouchetée, quels sont les points les plus importants à connaître selon vous?