Marc Beaudoin

Contraindre ou accompagner

17 Fév. 2017

Je n’ai plus la chance d’accompagner mon garçon à ses matchs de hockey aussi souvent qu’auparavant. Je dois me contenter d’un match ici et là, et quand ça adonne. La semaine dernière ça adonnait !

Bien évidemment, comme c’est un match important, il faut arriver 1h30 avant le début de la joute. Comme mon fils n’a aucune confiance en mon sens de l’orientation, il ajoute 45 minutes à tout cela. Sur ce coup, il a peut-être raison… Contre toute attente, je ne me trompe pas de chemin. Ça fait deux heures et quart à attendre le début du match… Pas le choix, je regarde la partie en cours, des jeunes novices en action. Il y a un p’tit gars qui sort du lot. Il enfile quelques buts. Mais là, son père arrive. Il se met à crier des directives depuis les estrades. Au diable le coach, le père sait ce qu’il faut faire.

En moins d’une période, le petit joueur qui faisait ce qu’il voulait sur la glace est tétanisé. Il ne regarde plus l’entraîneur, mais se concentre sur son père qui lui dit quoi faire. Triste, vraiment très triste !

La mobilisation des bois

En forêt privée, nous avons aussi une partie en cours, celle de mobiliser les bois. Je ne mets pas en doute la volonté de tout un chacun d’atteindre cet objectif. Par contre, il y a une décision à prendre : est-ce que nous contraindrons les acteurs du système ou bien nous les accompagnerons ?

Comme le père qui est dans les estrades, il est plus facile de mettre en place des directives. De cette manière, nous sommes certains que les groupes agiront exactement comme nous le voulons. Par contre, nous mettrons de côté la créativité et les aptitudes de côté et nous fabriquerons des robots.

Lorsque l’on sonde les acteurs des premiers rangs dans la mobilisation des bois, nous constatons que les contraintes imposées par les différents paliers décisionnels sont les principaux obstacles à la mobilisation des bois. En d’autres termes, à force de vouloir nous assurer que les conseillers mobilisent du bois et le fassent d’une certaine manière, nous leur enlevons des moyens de réaliser l’objectif.

De quoi avons-nous peur ? La question se pose. Craignons-nous vraiment que les groupements forestiers ne veuillent pas récolter du bois ? Nous avons amorcé cette mobilisation bien avant de recevoir des programmes. Nos entreprises investissent plus que jamais dans l’achat d’équipements de récolte. Ce devrait être de bons indicateurs, non ? Pourtant, encore des craintes…

Regardons d’un peu plus près certaines craintes. On ne doit pas livrer de bois à des entreprises de bois de chauffage, car ça donne moins de retombées ! Tout le monde aimerait pouvoir livrer les bois aux usines de pâtes, mais ce n’est pas possible. Il y a un surplus d’offres dans plusieurs régions. Qui plus est, si nous utilisons le marché du bois de chauffage, c’est que cela donne un avantage monétaire au propriétaire. S’il y a un avantage monétaire, le propriétaire va réaliser les opérations, sinon, il attendra et ne mettra aucun bois en marché, y compris le bois de sciage.

Ceux qui ont eu l’idée de contraindre cette approche n’ont pas compris que leurs actions ne faisaient que limiter le pouvoir de négociation et, à la fin, la mobilisation des bois. On doit s’assurer que les industriels paient leur contribution à l’agence On ne peut être en désaccord avec le principe. Par contre, lorsque l’on refile la responsabilité au producteur de récolter cette contribution, là c’est autre chose. Ce faisant, on refi le aussi la facture au producteur qui se trouvera à payer la cotisation de l’industrie. Pas bon pour la mobilisation des bois, car on diminue le bénéfice net du producteur et, surtout son intérêt à mettre son bois en marché.

On pourrait en ajouter

On pourrait en ajouter, mais le concept est assez clair. Soit on aide, soit on a peur. À mon avis, la preuve est faite que nous sommes engagés dans la mobilisation des bois. Aucun autre groupe n’a mis autant d’efforts afin de mettre du bois en marché, et ce, malgré les embûches. Il est désormais temps que les autorités passent le message à tous les acteurs de la forêt privée qu’il est désormais temps de travailler en équipe afi n d’atteindre l’objectif.

Nous devons produire du bois, nous devons trouver les moyens de faciliter cette aventure et non d’ajouter des contraintes. Si nous n’y parvenons pas, ce ne sera pas uniquement la faute des acteurs de premières lignes, mais celle de tous les partenaires de la forêt privée. Il ne nous restera plus qu’à crier dans l’estrade en espérant que l’arbitre change de décision.