Renald Bernier

De bonnes intentions

12 Mai. 2015

Depuis quelques semaines, j’ai eu la chance d’écouter à quelques reprises le ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs, LAURENT LESSARD. Je dois vous avouer que rarement, j’ai entendu un ministre parler autant de forêt privée. Ce qui est le plus remarquable, c’est d’en entendre parler dans un forum qui, traditionnellement, en fait abstraction. C’est un signe très encourageant.

Au-delà des paroles, monsieur Lessard nous a fourni, au cours des derniers temps, plusieurs idées qui me plaisent beaucoup. Le plan d’action qu’il nous a fourni correspond au nôtre en matière de récolte de bois. Ce faisant, les groupements forestiers ont déjà atteint plusieurs de ses objectifs et sont en voie d’en atteindre d’autres d’ici peu.

C’est dans ce contexte que nous pouvons maintenant dire aux partenaires de la forêt privée que les groupements forestiers du Québec ont la capacité de récolter de 1 à 2 millions de mètres cubes de bois supplémentaires si on nous en donne les moyens. Souvent, c’est lorsque l’on parle des moyens que les choses s’enveniment.

Par contre, le ministre a soulevé plusieurs questions et proposé des solutions et des actions pertinentes, qui, si appliquées, pourraient nous être très utiles.

Priorité, la récolte de bois

Tout comme pour nous, la récolte de bois en forêt privée est la principale, voire la seule priorité à laquelle on entend s’attaquer dans les prochaines années. Il s’agit de profiter de la fenêtre de marchés haussiers qui s’ouvre pour les prochaines années en concentrant nos efforts pour améliorer le climat d’affaires pour les producteurs privés.

Il s’agit là d’une excellente nouvelle, car si nous visons la même cible, on aura plus de chance de l’atteindre.

Latitude professionnelle

Entendre le ministre nous dire qu’il faut chercher à ne pas superposer les structures, c’est de la musique à mes oreilles. L’exemple le plus intéressant est assurément celui des ingénieurs forestiers : «les ingénieurs forestiers ont un travail à faire, s’ils ne le font pas, ils ont un ordre professionnel pour remédier à la situation. Pas besoin d’ajouter de paliers de vérification.» C’est notre opinion aussi.

Essayons que tous jouent leur rôle le mieux possible afin que nous ayons un processus de production plus efficace et plus abordable.

Fiscalité forestière

Pour être honnête, je ne croyais pas que le dossier de la fiscalité forestière prendrait autant de place, même si cela revêt une grande importance pour nous. Pourtant, sans conteste, le ministre a ce dossier à cœur et entend y mettre beaucoup d’efforts.

En ce sens, il a ouvert une «cellule de travail» afin de mettre en œuvre un mécanisme qui permettrait au producteur de mettre les revenus de bois à l’abri de l’impôt. Cette approche permettrait notamment d’étaler le revenu et de générer plus d’intérêts.

De notre côté, nous sommes favorables aux mesures mises de l’avant pour favoriser la récolte de bois chez les propriétaires.

Gouvernance

Un des grands dangers que courait la forêt privée était de consentir beaucoup d’énergie sur des éléments de gouvernance de la forêt privée, dont ceux proposés dans le rapport Belley.

Ce faisant, beaucoup d’actions permettant la mobilisation des bois de la forêt privée auraient été occultées et nous auraient probablement fait rater la reprise des marchés du bois. Or, le choix est fait, les partenaires travailleront à la l’élaboration d’une grille unique pour les taux en forêt privée et sur un principe semblable à celui de la forêt publique. Les autres propositions attendront.

Qui plus est, dans l’attente de la rédaction du nouveau Programme de mise en valeur de la forêt privée, toutes les décisions prises en 2011 s’appliqueront, sans exception! Nous pourrons donc, dès cette année, travailler à récolter du bois plutôt que de nous battre pour des virgules.

Financement Comme je l’ai déjà dit à plusieurs reprises, le nerf de la guerre demeure le financement du Programme de mise en valeur de la forêt privée. Il est essentiel d’accompagner le producteur dans toute sa démarche sylvicole et non seulement dans la phase de récolte.

Nous avons été encouragés d’entendre les propositions du ministre Lessard pour augmenter le budget à partir du fonctionnement de son ministère, mais surtout de son engagement à travailler avec le gouvernement forestier du Québec fédéral afin de combler les pertes d’investissements des dernières années.

Il faut se rappeler que les programmes qui ont disparu comme le Programme d’investissement sylvicole (PIS), revêtent une importance énorme dans notre démarche de mobilisation des bois. Ils permettent notamment de poursuivre la séquence des travaux sylvicoles en réalisant des travaux de récolte qui seraient hautement déficitaires pour le producteur.

C’est notamment le cas pour les premières éclaircies commerciales, qui font maintenant partie du scénario sylvicole. On est encore loin de la coupe aux lèvres, mais le discours tenu par monsieur Lessard m’encourage à continuer notre travail, car lui aussi est à la recherche de solutions. Ensemble nous serons en mesure de trouver des voies de passage afin de doter les groupements forestiers des outils nécessaires pour augmenter la récolte de bois en forêt privée.