Renald Bernier

De l’aide pour l’industrie?

18 Jan. 2016

La compétitivité de l’industrie forestière est un sujet de la plus haute importance il va sans dire. La transformation de la matière ligneuse est le moteur principal de l’activité économique de plusieurs régions. Sans elle, plusieurs municipalités verraient leurs perspectives de développement réduites à peu de chose.

Il est donc essentiel de s’assurer que cette compétitivité soit maintenue. Nous appuyions les démarches pour améliorer cette compétitivité. Certaines nuances doivent par contre être prises en compte dans le choix des moyens. Voici quelques réflexions sur le sujet:

Nous n’avons plus les moyens d’être inefficaces

La mise en oeuvre du nouveau régime forestier a amené plusieurs changements dans le mode d’opération. Parmi ceux-ci, notons la planification qui est désormais réalisée par le ministère des Forêts de la Faune et des Parcs (MFFP).

Ce nouveau mode de planification a amené plusieurs changements. L’apport technique des entreprises, tant sylvicole que de transformation a notamment été réduit. Une partie de l’expertise des entreprises est demeurée sous-utilisée. Une période de rodage était normale, mais actuellement, certains problèmes persistent si bien qu’une nouvelle configuration de planification participative entre le MFFP et les entreprises est nécessaire et en cours de développement.

Ce nouveau mécanisme doit être appliqué rapidement, car il s’agit d’un des principaux moyens d’être plus efficient et conséquemment, de sauver des sous.

Nous n’avons plus les moyens de ne pas investir en forêt privée

Un des moyens de faire baisser les coûts de l’industrie est de fournir plus de bois. Or, la forêt publique ne peut en fournir davantage en raison d’une possibilité forestière qui a atteint ses limites.

La forêt privée peut cependant prendre une plus large part du marché. Malheureusement, il semble qu’on l’oublie. Il semble que les coûts de la fibre soient les plus chers au Canada. Il semble aussi que nos arbres soient plus petits.

Il a aussi été proposé de couper 4 millions de mètres cubes de bois provenant de la forêt publique pour aider l’industrie? Et le bois de la forêt privée, lui?

Je comprends bien que l’industrie veuille sécuriser ses approvisionnements en forêt publique. C’est un moyen profondément ancré dans les moeurs. Par contre, cela va à l’encontre du principe de résidualité qui donne préséance au bois de la forêt privée.

Qui plus est, cela mettra du plomb dans l’aile aux producteurs forestiers qui représentent la vraie alternative d’approvisionnement de l’industrie forestière.

De l’aide, vraiment?

Lorsque l’on diminue artificiellement les coûts d’approvisionnement de l’industrie, on vient directement compétitionner avec les producteurs privés. Dans ce cas, il sera toujours plus intéressant d’utiliser le bois public avant celui de la forêt privée.

Or, en forêt privée, il y a plus de 2 millions de mètres cubes de bois de très haute qualité, à proximité des usines qui pourraient être disponibles sans trop d’efforts. Toutefois, contrairement aux acteurs de la forêt publique, ceux de la forêt privée ont dû subir d’énormes coupures d’investissement qui font en sorte qu’actuellement, il manque le tiers des investissements pour réaliser la recette sylvicole des producteurs actifs.

Si on veut vraiment aider l’industrie

Quand nous sommes pris dans le problème, parfois on peut avoir de la difficulté à apprécier toutes les solutions. C’est à ce moment que l’État doit jouer son rôle et s’élever audessus de la mêlée.

Ainsi, si nous voulons réellement aider l’industrie, l’État devrait prioriser la mise en place de conditions favorables pour que la forêt privée puisse jouer son rôle de producteur forestier de façon optimale. Ces moyens doivent viser à améliorer l’environnement d’affaires des producteurs. Notamment en octroyant les investissements nécessaires à la mise en valeur de la forêt privée, en améliorant la fiscalité des producteurs et en appliquant le principe de résidualité convenablement.

Il est plus que jamais temps que l’État fasse en sorte que la forêt privée devienne réellement partie prenante du régime forestier québécois. Continuer à agir de la même manière qu’actuellement privera le Québec de sa meilleure alternative en matière d’approvisionnement de l’industrie de la transformation. Cela, croyez-moi, nous n’avons pas les moyens de nous en passer.