Renald Bernier

Des principes ?

21 Fév. 2013

Je me méfie des principes. Pas parce que je ne les crois pas nécessaires, mais parce que l’on ne se gène pas pour les rendre incohérents si souvent. Vous savez, ce qui me déplait le plus, ce sont les principes à deux vitesses. Ceux du genre voici mes valeurs mais ne regardez pas trop mes gestes, car ils ne sont pas en phase. Ce que l’on appelle aussi parler des deux côtés de la bouche…

Une avalanche de principes

Les prochaines semaines, voire les prochains mois, testeront la rigueur des principes de plusieurs, car les décideurs devront montrer leur vraie nature. Nous avons entendu si souvent que les régions étaient importantes pour le Québec, que la forêt était un moteur important de notre économie, que la forêt privée était importante pour l’industrie, et tant d’autres. Nous saurons bientôt ce qu’il en est réellement.

Derrière le miroir

Comment ne pas être inquiet de l’annonce des crédits budgétaires consentis à la forêt privée ? Madame MARTINE OUELLET a fait une déclaration limpide en décembre : «Il est important que les montants attribués à l’entreprise privée pour l’ensemble des travaux sylvicoles soient maintenus.» Le ministère de madame Ouellet semble avoir oublié qu’il existe deux tenures forestières: celle de la forêt privée et celle de la forêt publique. On se donnerait les moyens de réaliser les mêmes travaux en forêt publique mais pas en forêt privée ? Des notions élémentaires doivent manquer à la compréhension de quelqu’un pour ne pas réaliser les impacts de cette décision. En plus de mettre plusieurs entreprises et emplois en péril dans des communautés forestières, l’État se priverait de la contribution directe de propriétaires privés. Une erreur qui lui coûte deux fois! Pour ajouter l’insulte à l’injure, on nous demande d’être patient. Il semblerait que l’État va chercher de nouveaux crédits durant la saison, de ne pas perdre espoir. Quelle aberration! Comment ces gens pensent-ils? On doit planifier notre saison. On doit embaucher des travailleurs. On doit prendre des ententes avec des fournisseurs. Tout ça avant que ça commence! Ne comprennent-ils pas que ces décisions, si avérées, vont déstructurer complètement le réseau? Visiblement non. Pourtant, de son côté, l’État engloutit des sommes importantes dans la mise en place de normes inutiles. Il engage de nos travailleurs pour réaliser une planification qu’il n’est pas capable de faire en forêt publique. Il crée de nouvelles structures pour faire des appels d’offres. Où est la cohérence ? Je me le demande. Mais comme Mark Twain le dit si bien : « C’est plus facile d’avoir des principes quand on est bien nourri. »

Un partenaire des producteurs, vraiment ?

Lors de notre congrès 2012, le président du CIFQ nous disait comment la forêt privée était importante pour l’industrie forestière, qu’elle était appelée à jouer un rôle important dans le nouveau régime. Parfait, bonne nouvelle. Sauf que le même président nous informe aujourd’hui que l’industrie de la transformation quitte le partenariat, qu’elle ne veut plus payer de contribution pour favoriser l’aménagement en forêt privée. Difficile d’avoir un double discours plus éloquent, non ? Si la proposition de l’industrie était acceptée, c’est de 3 à 8 millions de dollars du programme de mise en valeur de la forêt privée qui serait amputés. Oui, oui bien sûr, on comprend que la forêt privée c’est important pour vous. Qui plus est, cette décision mettra en danger plusieurs entreprises d’aménagement, car dans certaines régions, c’est plus de 50% du budget de l’agence qui provient de la contribution industrielle. Belle façon d’appuyer les propriétaires qui ont toujours été un partenaire et un fournisseur fiable de l’industrie. Je comprend bien que cette position fait partie d’une négociation beaucoup plus large que la forêt privée, mais de grâce, essayez d’être cohérent. Ne dites pas que la forêt privée est importante alors que vos actions mettent en danger tout le programme de mise en valeur.

Assez, c’est assez!

Au fil des ans, RESAM a toujours essayé d’être constructif et de trouver des solutions aux nombreux problèmes auxquels nous avons fait face. Mais devant l’incohérence du discours de plusieurs acteurs de notre secteur, il faut réagir. Si le secteur de la forêt privée est si important, nous trouverons collectivement des solutions. Sinon, arrêtez de vous cacher derrière des principes creux et montrez votre vraie nature! Nous, pour le bien des propriétaires de boisés aménagistes, nous nous arrangerons pour faire changer les choses. Cela serait terrible de constater un tel recul, alors je sais que les groupements forestiers n’en resteraient pas là. Et en ce qui a trait au financement de la forêt privée, les décideurs devront répondre à nos questions ou ils devront répondre de leurs décisions.