Marc Beaudoin

Des propriétaires réellement engagés

11 Mar. 2021

Au début de ma carrière, j’ai eu la chance de faire un apprentissage qui m’a servi tout au long de ma vie. Je devais animer une discussion entre plusieurs intervenant à propos du développement d’un territoire.  Communautés autochtones, industriels, groupements forestiers, scientifiques et gestionnaires fauniques échangeaient vigoureusement sur leur vision du développement. En fait, on visait à avoir la plus belle forêt possible. Or malgré, cette volonté, on ne s’entendait vraiment pas sur les moyens.

Après quelques heures de débat, j’ai compris. Nous avions beau tous parler d’une belle forêt, force est d’admettre que le terme « belle forêt » ne voulait pas dire la même chose pour le transformateur, le villégiateur, le chasseur ou le scientifique. Dès que nous avons utilisé un vocabulaire commun, nous avons vite progressé.

Types de propriétaires

Lorsqu’on parle des propriétaires forestiers, j’ai réellement l’impression de me retrouver autour de cette même table il y a plusieurs années. En effet, pour quelqu’un qui n’intervient pas auprès des propriétaires de lots boisés, un propriétaire est un propriétaire. On en vient même à croire qu’il s’agit presque d’un bloc monolithique. La réalité est toute autre.

La valeur accordée par le propriétaire à son lot boisé provient non seulement des activités commerciales (valeur d’usage), mais également en grande partie des autres sources de valorisation telles que la valeur d’existence (bénéfices liés au plaisir de savoir que certains écosystèmes sont préservés), la valeur de legs et la valeur d’option (bénéfices liés au fait de savoir qu’on peut utiliser la ressource en cas de besoin). Dans ce contexte, il existe trois grands types de propriétaires forestiers : les propriétaires non actifs, ceux qui sont actifs et les propriétaires engagés.

Les non actifs

Il s’agit de la catégorie la plus importante avec environ 100 000 propriétaires. Ils ont peu ou pas de connaissances forestières et comme leur nom l’indique ils sont portés à faire très peu d’intervention sur leur boisé. Plusieurs d’entre eux accordent plus d’importance aux valeurs autres que celle d’usage.

Généralement, ces propriétaires n’ont aucun plan d’aménagement et ne sont pas assistés dans l’aménagement par des professionnels. Il est toutefois essentiel de savoir qu’ils ne reçoivent pas d’aide gouvernementale pour la mise en valeur de leur propriété.

Les actifs

Les propriétaires actifs sont au nombre d’environ 30 000. Bien que la quantité soit beaucoup moindre que chez les propriétaires non actifs, la superficie que leurs lots boisés occupent est similaire. Ces propriétaires ont entrepris une démarche d’aménagement avec un groupements forestiers ou un conseiller. Ils ont accepté l’idée d’aménager leur boisé et comprennent la séquence et la finalité des travaux. Ils connaissent assez bien les différents programmes qui se présentent à eux. Fait notable, ils ont tous un plan d’aménagement forestier et obtiennent des conseils de professionnels.

Il est aussi bon de signaler que contrairement à la première catégorie, ces propriétaires sont très actifs dans la récolte de bois. Dans une étude réalisée en 2015, le groupe DDM affirmait que «la récolte en forêt privée suit la même tendance que celle en forêt publique. Il n’y a pas un refus notable de récolter de la part de ces producteurs. »  La très grande majorité des investissement gouvernementaux sont dirigés vers cette catégorie de propriétaire.

Les engagés

C’est ici que cela devient intéressant, Chez les propriétaires actifs, une certaine partie a décidé de pousser leur engagement beaucoup plus loin. En effet, les propriétaires regroupés membres d’un groupement forestier ont concrétisé leur désir de mettre leur boisé sous aménagement à l’intérieur d’une convention d’aménagement qui définit le partenariat avec leur groupement, les objectifs de mise en valeur et le rôle de chacun dans leur atteinte.

Ce lien étroit fait en sorte que la très grande majorité des investissements publiques mène à la réalisation de travaux de récolte, mais surtout à la réalisation des différents objectifs du propriétaire. Ce faisant, il devient encore plus actif et intéressé à la mise en valeur de sa propriété.

Le défi de la mobilisation

Évidemment, nous pourrions subdiviser ces groupes encore plus finement. L’idée était toutefois de bien comprendre que le propriétaire forestier moyens n’existe pas. Il y a plusieurs raisons et plusieurs objectifs de posséder un lot à bois. Ce faisant, les besoins sont très différents d’une propriétaire à l’autre.

Dans un objectif de mobilisation des propriétaires dans l’aménagement forestier, il faudra garder cela en tête et ajuster nos outils et programmes en fonction de ces différentes réalités sans quoi, nous pourrions demeurer longtemps autour de la table à discuter sans se comprendre.