Claude Dupuis

La déterminante possibilité forestière

28 Nov. 2013

Le Forestier en chef vient de terminer la tournée des régions pour présenter le résultat des derniers calculs de la possibilité forestière. Bonnes et mauvaises nouvelles se côtoient. Je vous invite à vous y intéresser; une partie de notre avenir est liée à ce calcul.

Une oeuvre pédagogique

Le Forestier en chef (FEC) n’a aucune obligation pour effectuer cette tournée de consultation. Cette démarche me semble très positive. Rendons-lui hommage pour l’avoir fait avec diligence. Elle permet à la fois d’expliquer le processus de calcul et surtout de préciser les nuances qui existent entre les régions. Cela permet de mieux comprendre l’effet des choix de la société sur la disponibilité des volumes. Le FEC compte aussi sur la rétroaction des représentants régionaux pour améliorer la précision des calculs. Quand les balises qui ont été utilisées sont présentées, cela peut entraîner des remises en question. Les prises de conscience qui peuvent survenir sont aussi éloquentes pour mesurer le niveau et la qualité des communications entre les acteurs régionaux quant aux orientations retenues.

Un faux moins ou un vrai plus?

Il n’est pas facile de comprendre la portée des chiffres qui ont été présentés. J’apporte ma mince contribution pour l’expliquer. À cause de l’ampleur des changements qui sont survenus dans les territoires forestiers québécois, le FEC a réduit ce printemps la possibilité forestière de 10% dans toutes les régions par rapport à celle de la période 2008-2013. Cette décision a aussi été prise parce qu’il n’avait pas été possible de compléter les calculs avant le 1er avril 2013. C’est ce résultat qui s’applique en ce moment. Les résultats du nouveau calcul sont maintenant présentés par rapport à la diminution de 10%, pas par rapport à la possibilité de la dernière période. Ainsi, un calcul qui présente une augmentation de 6% est en fait une diminution de 4% par rapport à 2008-2013. Soulignons aussi que le nouveau calcul ne s’appliquera qu’à la demande de la ministre des Ressources naturelles qui, selon la loi, peut faire cette demande au FEC. Si elle procédait ainsi, la loi prévoit aussi que la nouvelle possibilité ne s’appliquerait qu’à compter du prochain premier avril.

Des gagnants et des perdants

Le FEC et son équipe ont réussi à introduire de nouveaux concepts et outils, appuyés par la science, qui ont fait en sorte d’augmenter la possibilité forestière dans certaines régions. Le déplacement de la période critique a aussi eu parfois pour effet de faire progresser la possibilité. Cependant, l’ajout de nouvelles contraintes, les choix stratégiques et l’intensité et les balises sylvicoles les ont aussi réduites dans d’autres régions. Ce sont même parfois des unités d’aménagement qui baissent dans des régions où la possibilité augmente. On imagine bien qu’il n’y aura pas d’unanimité pour que la ministre demande au FEC d’appliquer le nouveau calcul. Quand on parle du niveau de la possibilité, on pense surtout au niveau de récolte et à celui de la transformation. Cela a aussi des impacts sur l’effort sylvicole. En fonction des balises qui ont été retenues par le MRN quant aux priorités sylvicoles, il est possible que la possibilité forestière diminue et que le volume de traitements visé soit plus faible, au point où certaines régions n’utilisent pas tout le budget qui était prévu. J’avoue trouver cela un peu difficile à accepter que l’on applique ce régime minceur qui diminue l’activité forestière au début et à la fin des peuplements.

Préparons-nous

Ce n’est pas le cas pour tout le monde, mais globalement, c’est tout de même environ deux millions de m3 supplémentaires de possibilité qui découlent du nouveau calcul de possibilité, soit 6% de plus que le volume actuellement disponible. Cette situation va entraîner des discussions intéressantes. Est-ce que le bois en surplus permettra de bonifier les garanties d’approvisionnement ou le Bureau de mise en marché des bois s’en servira pour augmenter son volume vendu aux enchères? Cette décision aura des conséquences importantes pour les industriels. Je ne suis cependant pas inquiet quant à leur capacité de transformer ce volume supplémentaire. Nous n’avons certainement pas besoin de nouvelles usines. Par contre, la récolte de 2 M m3 va nécessiter de nouveaux entrepreneurs forestiers par rapport à cette année. Soyons prêts !