Marc Beaudoin

Donner le poisson ou montrer à le pêcher

6 Sep. 2018

Récemment, j’ai dû faire un petit voyage afin d’accompagner mon garçon à un tournoi de golf. Accompagner étant un bien grand mot, car je n’ai eu droit que de conduire et de payer les repas. Pas question de le regarder jouer ou de briser sa routine de réchauffement. En fait, j’ai juste eu le droit de demeurer dans l’auto.

Ceci dit, j’ai tout de même pu traverser le parc des Laurentides et apprécier la beauté des nombreux lacs le long de la route. En voyant quelques bateaux de pêche, Thomas me dit : « Me semble que tu ne m’as jamais appris à pêcher?»Pas tout à fait vrai ni tout à fait faux me dis-je. On y allait quand il était très jeune, maintenant, on se promène à la grandeur de la province pour que monsieur joue au golf…

APPRENDRE À PÊCHER

Notre conversation s’est étirée et m’a rappelé le fameux proverbe africain : « Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour; si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours ». En d’autres termes : apprends à te débrouiller ! Tous les parents se reconnaîtront un peu là-dedans. On voudrait que nos enfants soient en mesure d’apprendre à se débrouiller par eux-mêmes plutôt que d’attendre après quelqu’un pour les nourrir!

Lever donc la main ceux qui n’ont jamais péché ! Qui n’a pas servi le verre de lait plutôt que de laisser faire le jeune au risque de renverser le litre sur le plancher? Qui n’a pas pris le sac d’épicerie des mains de son enfant pour que ce soit plus rapide ? La plupart d’entre nous ont vécu quelques histoires du genre, j’en suis convaincu.

Malgré tous nos petits travers, nous avons tous pu retirer une très grande satisfaction de constater que nos enfants deviennent autonomes. Qu’ils ont appris à pêcher et, avouons-le, de passer la tondeuse !

BESOIN D’EFFICACITÉ

En forêt privée, les différentes opérations demandent beaucoup de préparation. Bien évidemment il faut établir des scénarios sylvicoles qui correspondent aux aspirations des producteurs. Ces aspirations varient d’une personne à l’autre et c’est bien ainsi.

Par contre, il faut ajouter la lourdeur de certaines règlementations à l’équation. Je pense notamment à quelques règlements municipaux, à la gestion des milieux humides ou à celle d’habitats fauniques. Lorsque l’on additionne tout cela à la gestion de programmes d’aides, cela fait beaucoup de choses à penser lorsque l’on veut produire une prescription sylvicole.

Quelle serait la solution ? Diminuer les attentes environnementales ? Certainement pas ! Les producteurs privés sont les premiers défenseurs des valeurs environnementales. Mais quoi donc ! En forêt privée, tout comme dans tout le secteur forestier, nous avons besoin d’efficacité. Que ce soit pour combler un manque de main-d’œuvre ou pour composer avec les attentes de la société, nous devons pouvoir optimiser nos ressources.

Dans ce contexte où l’efficacité est de mise, où les résultats sont nécessaires, ne serait-il pas temps de miser sur la compétence et l’expertise des groupements forestiers ? En effet, la stratégie de vérifier le vérificateur qui vérifie n’est plus de mise. Cette approche a fait son temps. Depuis quelques années, on tente un virage vers la responsabilisation professionnelle en forêt privée.

L’avènement d’un cahier de balises techniques qui orientent (et non dirigent) les professionnels est un grand pas en avant, mais il reste des gens à convaincre que c’est une bonne idée. Cependant, ce n’est pas une fin. Les groupements forestiers sont encore en mesure d’en donner beaucoup plus à l’État.

Imaginez un moment si les ressources destinées à contrôler les activités en forêt privée étaient plutôt destinées à trouver des moyens de faciliter l’aménagement forestier? Plus de règlementations municipales inappropriées mais plutôt une compréhension commune des enjeux. Plus de normes pour empêcher les débordements mais plutôt des organisations qui cherchent des moyens pour faciliter le développement de l’activité forestière.

Pour plusieurs, c’est peut-être utopique de croire que c’est possible. Toutefois, pour les groupements forestiers au moins, c’est possible. Nos preuves sont faites depuis plus de 40 ans. Nous sommes capables de livrer la marchandise. Notre modèle d’affaires est sous contrôle comme personne d’autre ne l’est. Hors de tout doute, nous avons appris à pêcher il y a fort longtemps. Nous sommes dignes de confiance.