Jocelyn Lessard

Économie forestière et dynamique de proximité

7 juin. 2012

Le 11 mai dernier, j’ai participé à une table ronde dans le cadre du congrès annuel de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS). On discutait de foresterie et de dynamique de proximité. Pas beaucoup de neuf, une certaine inquiétude et un intéressant regard externe en ressort.

Un renouveau nécessaire

L’atelier se tenait dans un angle plus sociologique que forestier. On s’intéressait davantage aux humains et aux retombées dans les communautés qu’au rendement forestier. Cet angle est souvent critique des politiques forestières et du rôle de l’industrie de transformation. Le modèle s’appuyant sur la demande industrielle aurait généré trop peu de retombées pour les communautés. Tous ceux qui supportent cette thèse sont en demande d’une nouvelle foresterie d’une nature plus communautaire et ouverte à l’ensemble des ressources. Les conférences comportaient une large part de déjà entendu. Nous ne semblons pas avoir beaucoup appris de la défunte tentative de stratégie de forêt habitée. Elle visait des objectifs comparables à ceux de la politique de forêt de proximité. Je fais aussi partie de ceux qui pensent que le projet de politique de forêt de proximité s’est trop peu référé aux quelques initiatives intéressantes de foresterie communautaires qui se sont déployés au cours des dernières années. Les présentations effectuées par des représentants des élus locaux et régionaux ont parfaitement illustré ce qui nous attend avec les orientations proposées par le MRNF. Leurs attentes sont très élevées par rapport à ce qui a été mis sur la table, c’està- dire pas de territoire réservé et aucun budget de soutien. Il se prépare aussi une opposition assez forte entre les intérêts locaux et régionaux. Les représentants de MRC ont exposé leur vision en s’attribuant un rôle central, je dirais même centralisateur. Ils sont prêts à céder une partie des profits qu’ils anticipent pour favoriser des projets locaux, mais ils seront au volant. Ils ne nous parlent que du bois et ils veulent mettre en compétition les entreprises d’aménagement forestier pour l’exécution des travaux, même si elles détiennent une vaste expertise et qu’elles sont présentes dans le territoire depuis plusieurs décennies. Dans le fond, leur projet consiste à transférer le bénéfice de la rente forestière à leur profit, tout en exerçant un contrôle de l’activité. Est-ce que vous pensez que cela va accroître les retombées dans la communauté ? Est-ce que cela va créer plus de richesse ? Ça vous tente ?

Des notions nouvelles sur la dynamique de proximité

Bernard Pecqueur, un géographe de l’Université de Grenoble nous a parlé de l’économie des proximités et des ressources territoriales dans un contexte de mondialisation. La notion d’occupation du territoire devrait être repensée. Elle subit une double déconnexion. Les lieux de résidence et de production sont de plus en plus séparés. Les gens habitent quelque part et ils travaillent de plus en plus loin. Cela conduit à une économie de résidence encore incomprise. D’autre part, sous l’effet de la mondialisation, les lieux de production servent à desservir des clients qui vivent souvent en dehors des frontières, comme notre industrie forestière. Lorsque des régions bénéficient d’une rente de situation, c’est-à-dire quand l’activité économique est suffisante, l’économie de proximité n’a pas d’espace pour se développer. Par contre, lorsque l’activité industrielle s’effondre, il faut relancer la dynamique de proximité en cherchant à mettre en valeur les particularités présentes dans le territoire, idéalement en recherchant des effets de synergie. Il nous a donné l’exemple des producteurs de lavande en Hautes-Provence qui avaient un problème de maladie dans leurs champs. Cette situation a rapidement bénéficié de l’attention de tous parce que la disparition éventuelle des champs bleus compromettait l’équilibre de la région au niveau de ses paysages et de son offre touristique. Les gestionnaires de la forêt du massif de la Chartreuse ont aussi innové en se dotant d’une appellation d’origine contrôlée (AOC) pour leur bois en basant sur ses caractéristiques spécifiques. Bref, le potentiel et l’intérêt de la forêt de proximité sont toujours élevés. Il faudrait trouver un moyen de rendre la politique plus stimulante. Sans même avoir entendu Bernard Pecqueur, Robert Laplante a invité tous les promoteurs de projet de forêt de proximité à se sortir du carcan et à se distinguer en misant sur la production artisanale. On essait?

Aucune réponse à Économie forestière et dynamique de proximité

Laisser un commentaire