Alain Demers

Espèces menacées: un discours trompeur?

2 Oct. 2013

Le discours sur les espèces menacées de disparition est trompeur. L’industrie forestière a beau avoir été blâmée par les écolos, on ne peut lui attribuer la disparition d’aucune espèce. Aucune!

Certains animaux qui figurent sur les listes officielles étaient déjà peu répandus au début de la colonisation. Les écolos et même les biologistes de la faune des deux paliers de gouvernement sont-ils allés trop loin?

On mélange tout

Toute forme d’exploitation est pointée du doigt par les écolos purs et durs. Les coupes de bois, la chasse, la pollution, voilà autant de causes souvent avancées sans nuances pour expliquer la supposée rareté des animaux ou la disparition éventuelle de certaines espèces. Bref, on mélange tout. Or, pour chaque animal, la situation est différente. Il en est ainsi pour chaque milieu naturel. On pense souvent que si des espèces sont dites menacées de disparition, c’est qu’elles ont été victimes de tueries, comme ce fut le cas de la tourte (aujourd’hui disparue).

Il est vrai qu’anciennement, on croyait les ressources inépuisables. La chasse était peu réglementée, ce qui a eu des effets dévastateurs sur certaines espèces ou sur certaines populations de gibier près des milieux habités. De nos jours, la chasse chez nous ne menace aucune espèce. La pollution a aussi eu un impact mais davantage sur certaines espèces. C’est le cas de plusieurs rapaces dont le faucon pèlerin. Son déclin a été attribué à une baisse de reproduction due à l’usage répandu de DDT. Ce pesticide étant aujourd’hui interdit, l’espoir renaît grâce aux résultats des programmes gouvernementaux de repeuplement de l’espèce. Depuis 1980, la population au Québec augmente, si bien que les autorités l’estiment en voie de rétablissement.

Populations restreintes

Certaines espèces désignées menacées ou vulnérables étaient déjà rares autrefois, disions-nous. Peut-on alors vraiment parler d’une espèce menacée par l’Homme? Au Québec, c’est le cas du carcajou, un prédateur nordique. La chasse illégale ainsi que l’exploitation forestière menacent la survie du cougar au Québec, selon les autorités. Mais, faut-il le rappeler, cet animal était lui aussi déjà peu nombreux au début de la colonisation. Pourquoi le cougar est-il demeuré rare alors que le coyote, un prédateur dont la proie principale est aussi le chevreuil, est plus abondant que jamais? Serait-il tout simplement moins adapté pour chasser dans la neige? Il s’agit en fait d’espèces qui ont toujours été rares et qu’on veut protéger pour leur rareté. Du même coup, les autorités disent vouloir préserver la biodiversité, un objectif large et idéal défendu vertement par les écolos.

Si le discours sur les espèces menacées est trompeur, c’est aussi parce que la liste officielle ne mentionne pas toujours des espèces mais bien la population réduite d’une espèce dans un territoire en particulier. Le caribou des bois figure sur la Liste des espèces fauniques menacées ou vulnérables du Québec alors qu’il s’agit d’une sousespèce. Au Nouveau-Québec, malgré sa population cyclique, le caribou n’est pas considéré menacé. Il ne faut donc pas mêler les deux.

Le caribou des bois

La sous-espèce nommée caribou des bois, plus précisément l’écotype forestier, vit par petits groupes dans une bande de forêt boréale de 500 kilomètres entre le 49e et le 55e parallèle. C’est l’un des rares cas où l’exploitation forestière peut être mise en cause. Mais le déclin, faut-il le préciser, s’est accéléré avec une chasse trop permissive ainsi qu’avec la prédation par le loup et l’ours.

Mis sur pied en 2005, un plan de rétablissement est en cours jusqu’en 2023. Une équipe regroupe une quarantaine de personnes venant, entre autres, des deux paliers de gouvernement, de l’industrie forestière et de groupes environnementaux. Des plans d’aménagement ont été élaborés par différentes unités d’aménagement forestier (UAF) sur la Côte- Nord, en Abitibi-Témiscamingue ou encore au Saguenay-Lac-Saint-Jean. À titre d’exemple, des secteurs protégés ont été prévus pour le caribou en hiver.

Quand la liste est trop longue…

Est-il utopique de vouloir sauvegarder tous les animaux identifiés vulnérables ou menacés de disparition? Nous venons de le voir, il est à se demander si les espèces qui étaient rares autrefois devraient figurer sur la liste. Les biologistes de la faune ne devraient-ils pas s’en tenir à un nombre plus réaliste? Comment l’État peut-il agir si la liste des espèces concernées est inutilement longue. En mai 1996, pendant que JEAN CHRÉTIEN, alors premier ministre, présidait à l’inauguration du Secrétariat des Nations unies sur la biodiversité, des militants de Greenpeace, ont demandé au Canada de se doter d’une loi forte sur les espèces menacées afin de protéger leurs habitats. Costumés en ours polaire, en saumon et en renard (une espèce pas du tout menacée…), ils ont déploré que le gouvernement canadien n’assume pas, sur le plan national et international, son rôle stratégique en matière de biodiversité. Or, 12 ans plus tard, c’était au tour du Bureau du vérificateur général du Canada de blâmer publiquement le gouvernement fédéral pour son inertie. Les échéances requises par la Loi sur les espèces en péril, pour trouver des solutions, n’avaient pas été respectées. L’examen de la situation n’a été réalisé que pour 55 des 228 espèces visées. Voilà qui en dit long.

Que dîtes-vous du point de vue de l’auteur Alain Demers?