Jocelyn Lessard

Étendre ou non la silice ?

6 Mar. 2015

Mon collègue des pages éditoriales vous entretient régulièrement de ses enfants. Je m’aventure sur ce terrain en essayant d’en tirer des enseignements pour notre secteur.

Une saison de reboisement

Mon fils étudie dans un programme connexe à la foresterie, la bioécologie au CÉGEP de La Pocatière. L’été dernier, il a trouvé un travail de reboiseur dans une coopérative forestière. Il a trouvé le travail exigeant, sans parler des longs déplacements et des levers très tôt, mais il a adoré son expérience.

Les gens, les cordiales relations qui les animaient et la formation qu’il a reçu, lui ont plu. Le travail représentait un défi intéressant et il avait l’impression de réaliser quelque chose d’important. Le salaire, même si largement mérité par rapport aux efforts, était aussi apprécié.

Pendant le temps des fêtes, Mathieu m’a raconté une anecdote que je ne connaissais pas de son expérience. Quand il plantait les PFD en récipient, il devait pour les transporter les transférer dans son sac de reboiseur. Lors du déplacement, une partie importante de la silice qui recouvre le dessus de la carotte se retrouvait dans le fond du sac. Croyant bien faire pour améliorer la fertilité du site, il dispersait cette silice sur le terrain en retournant faire le plein. Il s’est trouvé un peu ridicule quand il a su que cela ne servait à rien, et nous en avons ri. J’ai tout de même continué à y réfléchir.

Des ouvriers formés sur les effets de leur travail ?

Malgré la qualité de l’encadrement qu’il a reçu, Mathieu ne savait pas à quoi sert la silice sur les plants forestiers. En fait, la silice est un matériau inerte qui recouvre les graines dans les récipients. Son rôle est purement mécanique pour stabiliser les semences et favoriser la croissance des plants, notamment en reflétant la lumière. Est-ce qu’il aurait dû le savoir? Cette question nous amène à réfléchir sur l’importance de former complètement nos ouvriers. Ils doivent savoir comment exécuter les travaux, c’est-à-dire comment respecter les consignes techniques. Ils le font tout en produisant au maximum à cause de la rémunération à forfait.

Est-ce que nos ouvriers savent toujours pourquoi on leur donne ces directives ? Est-ce qu’ils comprennent bien la portée de leurs gestes sur la croissance des forêts qu’ils fa- briquent? J’ai un très grand respect pour le travail qu’ils effectuent, souvent dans des conditions difficiles. Je crois qu’il est très important qu’ils comprennent la dynamique des peuplements et les processus naturels qui agiront dans le temps sur les arbres. Ces ouvriers deviendraient encore davantage des artisans indispensables au succès de nos politiques forestières.

Des ouvriers motivés ?

Quand mon fils s’efforçait de distribuer la silice, il n’était pas payé pour le faire et il le savait très bien. Il est impossible de faire des parcelles pour mesurer l’étalement de la silice, ni même de savoir si cela a été fait. Alors, pourquoi le faisait-il? Finalement, même si j’ai ri avec lui de cette anecdote, je suis plutôt fier de lui. Il était là, et il faisait de son mieux pour «aider» la forêt.

Sa motivation allait donc bien au-delà d’être payé pour son travail. Est-ce que tous nos ouvriers sont animés par des motivations semblables? Je sais bien que c’est probablement plus facile d’avoir ce genre d’attitude en début de carrière. Les ouvriers sylvicoles en ont vu beaucoup et ils ont été confrontés à un système qui leur transfert beaucoup de risques. Leurs corps portent aussi souvent les traces des efforts qu’ils doivent maintenir pour gagner décemment leur vie. J’en connais quelques-uns qui adorent leur métier et qui entretiennent une passion comparable, même après plusieurs années d’expérience.

Comment faire pour que cela soit la majorité qui entre dans cette catégorie? Pour ma part, je crois que l’on devrait leur dire plus souvent comment on les apprécie. On devrait aussi s’assurer qu’on les forme le mieux possible afin qu’ils comprennent parfaitement la portée des gestes qu’ils posent et l’ensemble du système forestier dans lequel ils évoluent. Avec ces deux outils, la reconnaissance et la connaissance, ils décideront eux-mêmes s’ils doivent étendre ou non la silice, mais aussi bien d’autres gestes qui feront une différence à long terme pour la forêt québécoise.