Marc Beaudoin

Faire la même chose, différemment!

1 Avr. 2015

Vous l’avez surement remarqué, dans mes éditoriaux je passe beaucoup de temps dans les arénas à suivre les prouesses de mon garçon au hockey. Par contre, je dois aussi trouver du temps et des activités à faire avec ma fille. Pour mon grand malheur, ce qu’elle aime par-dessus tout, c’est le ballet classique! Riez tant que vous le voulez, mais honnêtement, j’ai essayé une fois et nous avons tous compris qu’il valait mieux trouver autre chose.

Donc dimanche dernier, j’ai fait une journée bricolage avec Marianne. On s’est construit une salle de lecture. À un certain moment, ma fille se tourne vers moi et dit: «Papa, est-ce que c’est comme cela que l’on construit des bibliothèques dans la vraie vie?»

Moi – «Mais on est dans la vraie vie, et c’est comme cela que l’on construit des bibliothèques miniatures!»

Marianne -«Mais si on voulait en construire des grosses, est-ce que l’on ferait la même chose?»

Moi – «On ferait un peu la même chose, mais différemment. On s’adapterait!»

Faire la même chose, différemment!

La notion de faire la même chose, mais pas de la même manière n’est pas facile à comprendre. Mais si je vous parle de récolte de bois, peut-être que cela peut vous éveiller un peu. Si je vous parle de récolter du bois en forêt privée et en forêt publique, j’imagine que là vous comprenez un peu mieux ce que je veux dire, non?

En effet, couper un arbre c’est couper un arbre, sauf que quand on le fait sur forêt privée, on peut difficilement le faire de la même manière qu’en forêt publique. Vous en doutez?

Laissez- moi vous donner quelques exemples.

Le nombre de décideurs

Lorsque l’on coupe du bois en forêt publique, grosso modo, on fait un inventaire, on consulte, on fait un plan d’intervention et on récolte. Bien que ce puisse être un processus parfois long, la démarche est tout de même simple. En effet, il n’y a qu’une personne à convaincre, car c’est l’État, lui-même, le propriétaire de la forêt publique.

À l’inverse, lorsque l’on veut récolter en forêt privée, nous devons travailler avec 130 000 propriétaires qui ont des aspirations différentes. Ces aspirations peuvent être de tous genres comme les loisirs en forêt, un revenu d’appoint, la chasse, la spéculation foncière, la conservation, etc. La décision de récolter leur appartient en totalité et est sujette au respect de leurs objectifs personnels.

Cette diversité d’objectifs pose un sérieux défi de planification. Le planificateur doit prendre en considération les aspirations spécifiques du propriétaire et prévoir des opérations en conséquence. Ainsi, la récolte de bois devient à la fois une activité, mais aussi un outil d’aménagement multiressource puissant.

Les groupements forestiers, l’outil privilégié pour la récolte de bois

Très fréquemment, il existe un attachement important entre le propriétaire et son lot boisé. Il est évident que ce propriétaire acceptera de récolter des arbres sur son territoire que s’il est persuadé que c’est la meilleure façon d’atteindre ses objectifs.

Il faut cependant mentionner que la qualité des travaux et la rentabilité de la récolte sont les deux questions les plus souvent posées. Bien que l’on puisse convenir a priori des revenus du propriétaire, il est parfois plus difficile de le rassurer. C’est pourquoi le groupement forestier et le programme de mise en valeur sont de précieux outils pour inciter le propriétaire à devenir actif et engagé.

En effet, en faisant partie du groupement forestier, le propriétaire joint un groupe qui partage ses intérêts en plus de bénéficier d’outils et de services d’aménagement. Ainsi, il a accès à de nombreux conseils et informations propres à son lot. Ce faisant naît une relation de confiance entre lui et l’ingénieur forestier responsable de son dossier.

Avec la compréhension des principes sylvicoles se développe l’intérêt de l’aménagement. Avec l’intérêt de l’aménagement se développe aussi l’intérêt de la récolte. Vous aurez bien compris que mobiliser le bois en forêt publique et privée ne se fait pas de la même manière.

L’adhésion du propriétaire à la récolte de bois s’inscrit dans un processus d’aménagement et de confiance et non dans une démarche d’extraction d’un territoire.

Depuis 40 ans, les groupements forestiers ont entretenu ce lien de confiance et le goût de l’aménagement forestier chez les 38 000 propriétaires regroupés. Aujourd’hui, ce réseau est fin prêt à participer à la relance du secteur forestier en mettant en marché les bois qu’il a jardinés. Par contre, les investissements de l’État doivent être au rendez-vous afin que l’on puisse récolter… différemment.