Jocelyn Lessard

La force du peloton et des coopératives forestières ?

28 Nov. 2013

Pendant que mon président se vide le coeur, je profite de cette fin d’été pour philosopher à partir d’un événement dont j’ai été témoin.

Peloton cycliste

Ceux qui me connaissent ou même qui me lisent occasionnellement savent que j’aime beaucoup rouler en vélo. Bien que j’aime pédaler avec d’autres, je le fais généralement seul. À cause de mon horaire irrégulier, je pars dès que je peux et quand je veux. Ceux qui roulent autant que moi font généralement partie de clubs et ils vantent les vertus du peloton. Cela permet de rouler plus vite et de se fatiguer moins, et c’est socialement plus agréable. C’est également plus sécuritaire puisque le peloton est solidaire et qu’il prend soin de tous peu importe le problème, simple crevaison ou mauvaise chute.

Respecter le peloton

J’en viens à l’événement. Je ne suis pas David Veilleux, notre premier Québécois à participer au Tour de France, mais, avec un vent de dos et une pente favorable, entre Donnacona et Neuville, je ne traîne pas. Un autre cycliste est pourtant arrivé à ma hauteur et il m’a demandé de ralentir pendant que son groupe me doublerait. Vous comprendrez plus loin que j’ai probablement bien fait d’obtempérer. Après que le groupe d’une dizaine de cyclistes m’ait dépassé, mon poids et l’augmentation de la pente m’ont fait recoller au peloton. Cela m’a permis de voir une partie de l’événement en direct. Au moment où une voiture qui roulait en sens opposé est arrivée à notre hauteur, le leader du peloton a attrapé sa gourde et l’a lancé de toutes ses forces dans le pare-brise. J’ai dû baisser la tête pour ne pas recevoir un morceau de ses essuie-glaces. L’automobiliste, dans une rage folle, a bien sûr fait demi-tour en commençant par m’engueuler, puisque j’étais le premier qu’il voyait. Je ne savais pas ce qui avait provoqué le geste. En continuant ma route, j’ai compris en passant devant l’automobiliste et le leader du peloton qui s’expliquaient avec véhémence. J’ai manqué le début, mais la réponse de l’automobiliste m’a éclairé. Il hurlait «j’ai le droit de doubler sur une ligne pointillée». Vous savez, un peloton de dix personnes, ça prend de la place. Quand un automobiliste double sans égard aux cyclistes sur le côté, ces derniers ont vraiment l’impression de frôler la mort. Même seul, c’est terrorisant. Le leader du peloton était plutôt costaud, mais c’est la force du groupe qui lui a donné l’élan de ne pas tolérer cela. J’ai poursuivi ma route en rigolant et en me disant «en voilà au moins un qui saura!»

Qu’en retenir ?

Très égoïstement, j’espère sensibiliser quelques automobilistes à prendre en considération la présence de cyclistes quand l’occasion de doubler se présente. Sachez en tout cas que les cyclistes ont toujours une gourde. Deuxièmement, je ne veux pas que vous arriviez à la conclusion que la force du groupe vous autorise à utiliser la violence pour régler vos problèmes. Même s’il est vrai que dans cette circonstance, c’était probablement le seul moyen d’attirer l’attention de l’automobiliste. Le plus important est cependant la grande ressemblance potentielle entre un peloton et une coopérative forestière. Le leader est devant, il sait où il va et il prend le vent pour les autres. Protégés, ceux qui sont derrière ne connaissent parfois même pas sa force. Ce leader doit aussi bien connaître son groupe. S’il grimpe les côtes trop vite, il n’y a plus de peloton rendu en haut. Il doit aussi communiquer tout le temps en indiquant les obstacles qui se présentent et en donnant toujours des consignes claires. Les membres du peloton ont aussi à jouer leur rôle. Ils doivent prendre leur tour en avant quand c’est nécessaire. Il faut qu’ils transfèrent les informations à leurs suivants. Quand les côtes arrivent, ils doivent aussi se lever sur leurs pédales pour suivre le groupe. Comment ça se passe dans votre coopérative ? Est-ce que vous roulez plus vite que tout le monde parce que votre cohésion est forte ? Appréciez-vous vos leaders ? Avez-vous le même plaisir que les cyclistes après l’effort ? Alors que l’avenir nous réserve encore de forts vents pour notre secteur forestier, je vous le souhaite sincèrement.