Alain Demers

Fourrures: les trappeurs ont-ils été piégés?

5 Juin. 2013

Depuis quatre décennies, les groupes de défense des animaux ont été sans pitié pour les trappeurs qui sont aujourd’hui menacés de disparition. Mais menacés ne veut pas dire disparus. Il y en a qui persistent même s’il n’est plus possible de vivre de la vente des fourrures.

Durant les premières années des hostilités, les campagnes agressives des groupes pacifistes ont touché la cible. Quand le prix des fourrures a chuté, les trappeurs ont considérablement diminué. Tant bien que mal, ils ont survécu. Que s’est-il vraiment passé pour que l’une de nos activités traditionnelles subisse un déclin? Quelles sont les conséquences de la baisse du trappage pour l’équilibre entre la nature et la présence humaine? Faisons un portrait de la situation, d’hier à aujourd’hui.

Désinformation

Durant les années 70, dans leurs campagnes de protestation, des groupes de défense des animaux sont allés jusqu’à montrer des pièges à mâchoire avec des dents en métal. L’image est restée, même s’il y a belle lurette que ce piège est illégal. Ironiquement, les pièges d’aujourd’hui sont moins «cruels» que la nature elle même, avec les prédateurs, la maladie et la famine. Ils ont fait l’objet de recherches pour ne pas faire souffrir les animaux, ce qui a mené à une certification selon des normes internationales de piégeage sans cruauté (NIPSC).

La plupart des pièges utilisés, ceux dits en X, sont conçus pour tuer rapidement l’animal dont le castor, le rat musqué et le raton laveur. Les pièges de rétention, avec mâchoires cousinées ou avec lacet, servent plutôt à retenir l’animal vivant par une patte, sans lui infliger de blessures. La bête est ensuite abattue promptement avec une arme. Il n’y a pas de quoi réjouir les groupes de défense des animaux mais la réalité, c’est que la bête ne meure pas après une longue agonie. D’autres pièges, à mâchoires ceux-là, sont reliés à un système de noyade, notamment pour le rat musqué. Les trappeurs tendent aussi des collets, soit dans le cas des canidés comme le loup, le coyote ou le renard.

Un commerce menacé?

Durant les années 80, même si plusieurs facteurs ont contribué au déclin des fourrures, telles une série d’hivers plus doux, la mode et la surproduction des éleveurs de visons scandinaves, les mouvements de protestation ont fait mal au bon vieux commerce des pelleteries. Quand la communauté économique européenne a boycotté l’achat des peaux de phoque en 1983, tout le marché de la fourrure a été affecté.

Au Canada, vers la fin des années 80, les exportations sont passées de 200 millions de dollars à 50 millions. Au cours de la décennie suivante, l’industrie de la fourrure a connu une reprise. Les exportations, estimées à 140 millions de dollars en 1992, ont plus que doublé. Comme le mur de Berlin, les frontières sont tombées. Les Encans de Fourrure de l’Amérique du Nord, soutenus par des agents commerciaux, non seulement en Corée ou en Chine mais aussi en Grèce, ont redoublé d’efforts pour accroître leurs ventes mondiales. Il est alors devenu clair que si nos fourrures sont vendues seulement sur le marché québécois ou même canadien, les trappeurs sont pris au piège. Et ils ne sont pas sortis du bois. Le marché n’est pas stable, entre autres à cause de la compétition directe avec les fourrures d’élevage. Cette difficulté s’ajoute à la mauvaise perception du trappage.

Un cas à part

trappeurs01 C Blon

Dans un marché d’incertitude, C Blon le trappeur, CARL BLONDIN de son vrai nom, se tire plutôt bien d’affaire. Mais il ne fait pas que piéger dans le but de vendre ses fourrures. Il partage sa passion en guidant des touristes européens sur un sentier de piégeage aménagé en conséquence. Il les accueille aussi pour une nuitée dans son campement.

Lors d’un séjour à Sainte-Adèle, j’ai suivi ses traces. Chemin faisant, il montre différents types de piège pour différents animaux à fourrure. À son campement, nous avons eu l’occasion de palper le pelage d’une quinzaine d’espèces comme le castor, le coyote ou l’ours. Le long du sentier, il transmet ses connaissances sur les bêtes. S’exprimant avec calme, le grand gaillard en sait plus sur l’écologie que n’importe quel militant dit écologiste. C Blon est également taxidermiste à ses heures. Il a été contacté à maintes reprises par des municipalités des Laurentides pour piéger des bêtes nuisibles.

Une question d’équilibre

S’il y a des bêtes à fourrure nuisibles, c’est peut-être bien parce qu’il manque de trappeurs. Certains animaux comme le castor peuvent devenir trop abondants, au point de causer des inondations avec ses digues. Le trappage contribue à contrôler les populations d’animaux à fourrure et à garder une harmonie entre la faune et la présence humaine. Quand l’équilibre se brise totalement, les conséquences peuvent être désastreuses. Un des cas les plus marquants s’est produit au Manitoba, au début des années 90. On comptait une population de 700 000 castors alors que le milieu naturel pouvait en supporter 200 000. Ce qui devait arriver arriva. Des routes ont été inondées, si bien que le gouvernement a dû agir en donnant une prime de 20$ par queue de castor. Les animaux ont été piégés mais la fourrure a été gaspillée. Espérons que nous ne vivrons pas une telle situation au Québec. N’empêche que comme il y a moins de trappage, les cas de castors nuisibles aux abords des chemins forestiers semblent plus fréquents qu’avant. Décidément, nous avons besoin des trappeurs…

Avez-vous eu des problèmes avec les castors ou d’autres animaux à fourrure? 

Seriez-vous prêt à piéger vous-même ou à accueillir un trappeur sur votre terre à bois ?

Site de la Fédération des Trappeurs Gestionnaires du Québec ici.