Marc Beaudoin

Il faut passer à l’action

21 Mai. 2014

Il y a quelque temps déjà, mes enfants m’ont avoué qu’ils aimeraient avoir un chien. Nous avions eu une aventure plus ou moins glorieuse avec un lapin. L’achat d’un chien nous laissait donc perplexe, surtout pour ma conjointe. Il faut dire que j’étais allergique et qu’elle ne pouvait pas compter sur mon aide pour nettoyer la cage…

Par contre, l’idée d’avoir ce chien me plaisait. Beaucoup plus que d’avoir un rongeur qui se promène dans la maison. Je savais toutefois que l’arrivée de Toutou demanderait un peu de préparation, voire beaucoup. Pour être certain de l’intérêt de mes enfants, je les ai enrôlés dans un programme d’instruction relativement intensif. Ils sont donc obligés de lire des publications, de venir à des expositions et de visiter des chenils. On s’est même inscrit à un cours d’obéissance, sans avoir un chien. Bon! il me reste à convaincre mon garçon que le collier lui va bien mais ça c’est une autre histoire… À ma grande surprise, mes enfants ont fourni tous ces efforts sans chigner de quelque manière que ce soit. Je ne peux plus reculer et un nouveau membre s’ajoutera à notre famille sous peu.

Un peu comme ça en forêt privée

C’est un peu comme ça en forêt privée. L’État retire un avantage important de la mise en valeur de la forêt privée. La grande productivité des sites permet la récolte de bois de bonne qualité et en grande quantité. Qui plus est, ce bois se trouve à proximité des usines, ce qui diminue les coûts de transport. Comme l’État trouve son compte économiquement, il est tout à fait concevable pour lui d’investir des ressources dans l’aménagement de la forêt privée, encore faut-il que les acteurs de la forêt privée créent de la richesse.

L’importance de la récolte

Les investissements consentis par l’État prennent tout leur sens si le propriétaire récolte les bois à la fin du cycle d’aménagement. À mon avis, plus la quantité et la qualité des bois issus de la forêt privée et servant à l’approvisionnement des usines seront élevées, plus les investissements de l’État prendront du sens. Or, on s’aperçoit que la proportion de ces approvisionnements issus de la forêt privée diminue. En effet, elle se situe aujourd’hui à environ 16% alors qu’elle était de 20% il y a quelques années. Cette situation doit nous interpeller.

Une multitude de causes

Plusieurs causes peuvent expliquer la baisse d’utilisation du potentiel de la forêt privée. Certaines d’entre elles sont difficilement contrôlables. En effet, nous avons pu constater durant les dernières années que le prix de vente avait une relation directe avec le volume vendu. Ainsi, la crise forestière a fait fondre de moitié la mise en marché des bois privés. Comme quoi nos cours d’économie du secondaire disaient vrai : plus le prix est bon, plus les vendeurs désirent mettre leurs produits en marché! Par contre, cette relation cache quelque chose. On pourrait croire que nous sommes à la merci des marchés et que l’on ne peut pas faire grand chose. Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas réellement le prix de vente qui importe dans cette équation, mais bien le revenu qui reste dans les poches du propriétaire après la vente de son bois. Peu importe le prix de vente, s’il ne reste rien au propritaire, celui-ci sera peu intéressé à couper ses arbres. Cette relation est d’autant plus vraie maintenant, car son boisé peut servir à beaucoup d’autres fonctions.

Des pistes de solution

Si nous pouvions ne rien faire, ce serait que notre système est parfaitement effficace, ce que je ne crois pas. À chaque fois que l’on demande un permis, une signature, une autorisation, une prescription et j’en passe, ce sont des coûts que l’on ajoute. En bout de ligne, il n’y a qu’une personne qui en assume les contre-coups et c’est le propriétaire. Dans certains coins du Québec, plus de 22 signatures de documents sont nécessaires pour qu’un producteur puisse mettre du bois en marché. En plus d’être rébarbatif, c’est très coûteux, vous en conviendrez. L’heure est maintenant de passer à l’efficacité. Peut-on revoir les prescriptions sylvicoles et être plus efficace? Probablement! Doit-on revoir les équipements nécessaires pour réaliser les travaux! Assurément! À mon avis, nous devons surtout laisser plus de liberté à l’ingénieur forestier afin qu’il puisse faire son travail. Si nous pouvons couper de moitié les signatures nécessaires pour le propriétaire, nous augmenterons son revenu net c’est certain.

En guise de conclusion

La mise en marché des bois est une priorité pour l’avenir de la forêt privée. Nous pouvons espérer une reprise économique pour améliorer les conditions de vente. Nous pouvons aussi espérer une application plus efficace du principe de résidualité. Entretemps, nous pouvons aussi jouer sur les facteurs que nous pouvons contrôler afin de forcer la main aux décideurs pour qu’ils investissent en forêt privée. Sur ce, j’irai promener le chien…