Renald Bernier

J’entends…

1 Juin. 2015

Depuis quelques mois, j’entends plusieurs choses. Certaines m’inspirent, d’autres me désespèrent. J’essaie tout de même de garder le moral et une attitude constructive afin de trouver des solutions. Mais parfois, je l’avoue, j’entends des choses bizarres.

J’ai entendu le ministre Laurent Lessard et son désir de voir la forêt privée augmenter ses livraisons vers l’industrie de la transformation. Je l’ai entendu et j’ai réaffirmé notre engagement face à cet objectif et notre intention d’y contribuer de la meilleure manière possible.

Par contre, j’ai aussi entendu lors de l’étude des crédits du ministère de la Forêt, de la Faune et des Parcs que plusieurs programmes, qui prenaient fin, ne seraient pas reconduits. En fait j’ai compris depuis deux ans que la forêt privée devra composer avec une diminution des investissements de l’État de 30%.

Avons-nous bien entendu?

Je ne peux pas encore m’expliquer la logique derrière ces décisions. Alors que l’on demande une plus grande contribution de la forêt privée, comment peut-on diminuer les budgets de la forêt privée et déstabiliser ses fondations alors que l’on augmente les investissements en forêt publique??

Les annonces faites lors de l’étude des crédits diminuent sensiblement, et dans certains cas, annulent carrément la possibilité d’accroître la récolte de bois en forêt privée. Je crois comprendre que le ministère dissocie aménagement et récolte de bois. On laisse entendre que le gouvernement a beaucoup investi par le passé dans la mise en production des terres privées. On affirme qu’il est temps de les récolter. Je ne peux être plus en accord avec l’idée de récolter les efforts sylvicoles consentis par l’État. Nous nous y sommes engagés et les producteurs regroupés ont signé une convention en ce sens.

Par contre, je dois m’objecter lorsque l’on insinue que l’État peut se désengager lorsque nous approchons de la récolte. L’État doit intervenir dans la phase de récolte de la forêt privée comme il le fait en forêt publique en supportant toutes les coupes partielles et en défrayant les coûts de planification.

C’est d’autant plus vrai que le «mur de bois» dont on parle si souvent est en fait une abondance de coupes partielles prévues dans les stratégies sylvicoles et qui demandent un soutien financier.

Dans un contexte de développement durable, l’État ne peut demander de récolter sans appliquer une stratégie sylvicole complète. En fait, on ne peut arrêter de faire des travaux sylvicoles durant la récolte. Il est essentiel de remettre rapidement en production les superficies récoltées de manière à ne pas diminuer la possibilité forestière. Ça me semble évident non?

Ce que j’entends présentement

Mettons les choses au claire dès le départ. La forêt privée ne tombe pas. En fait, elle est au contraire très jeune et n’est pas à la veille de se retrouver en surmaturité. Si l’on regarde la baisse de contribution à l’approvisionnement des usines, on se rend rapidement compte qu’elle va de pair avec la baisse des prix.

La réponse à la contribution modérée de la forêt privée, on la trouve surtout due au fait que, comparativement à 2005 (la dernière bonne année de récolte en forêt privée), les prix du bois ont chuté de 18% en 2014 et non sur la volonté des producteurs à récolter leur bois.

Le dommage le plus important causé par cette situation, c’est que les groupements forestiers s’étaient donné un plan d’action afin de récolter plus de bois dès cette année. On se donnait comme objectif que le bois mature soit récolté et livré aux industriels de la transformation. On voulait l’entendre tomber pour vrai et on voulait l’entendre se rendre aux usines!

La perte de nos leviers limitera plutôt nos capacités à court terme, de réaliser notre objectif. Elle fera en sorte que nous entendrons beaucoup moins de scies travailler en forêt privée cette année.

Serons-nous entendus?

Je ne suis pas le seul à décrier cette situation. Plusieurs producteurs regroupés se sont fait entendre en Gaspésie, au Bas-Saint-Laurent et en Estrie. Beaucoup d’entre vous ont signifié leur désarroi lors de rencontres avec vos députés ou par communiqués de presse.

Reste à savoir si notre message est entendu. L’heure est trop grave pour baisser les bras. J’ai eu de nombreuses discussions avec monsieur Laurent Lessard et je suis convaincu qu’il travaille pour le bien de la forêt privée.

Malheureusement, nous ne pourrons pas nous contenter d’essayer. Il faudrait réussir et j’attends du ministre qu’il mette tout en œuvre pour trouver des solutions, donc travailler avec le gouvernement fédéral afin que tous sachent que la forêt privée est une priorité du gouvernement du Québec. Sans cela, je ne crois pas que l’on entendra beaucoup de bois tomber dans les forêts du Québec dans les prochaines années!