Martin Béland

La biomasse forestière à l’avant-plan

18 Oct. 2016

Le 8 juin dernier se tenait à Québec une conférence marquante sur le chauffage à la biomasse forestière, et ce, pour plusieurs raisons.

D’abord, pour la participation impressionnante et diversifiée d’acteurs intéressés qui faisaient salle comble, puis pour la présence du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Pierre Arcand.

Marquante aussi pour l’ampleur et la qualité des informations transmises par quelque 23 conférenciers qui ont défilé tout au long de cette journée qu’on peut qualifier de grande réussite. Sommes-nous enfin à l’aube d’un véritable effort qui permettra à ce secteur d’activités de contribuer à la hauteur de son potentiel?

Message du ministre et filière de la chauffe

L’occasion était belle pour le ministre Arcand de venir présenter la nouvelle politique énergétique 2030 et, plus particulièrement, les objectifs d’augmentation de la production de bioénergie à un auditoire prêt à relever le défi de hausser cette production de 50 % d’ici 2030.

Bien que le ministre ait couvert de grands pans de sa politique lors de son allocution, pour rester dans le thème, le ministre a indiqué que la consommation de biomasse pour le chauffage en remplacement des combustibles fossiles était une solution clé de la transition énergétique du Québec. D’ailleurs, il en a profité pour parler du nouvel organisme créé, Transition énergétique Québec, qui deviendra, en quelque sorte, le guichet unique supportant les mesures d’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables contribuant à la réduction des émissions de GES et à la transition énergétique vers une économie décarbonisée.

Si le ministre n’était pas encore convaincu de l’intérêt que suscite le développement de la filière chauffe au Québec et du large appui que cette filière reçoit tant du côté scientifique, environnemental, entrepreneurial que social, il a certainement reçu un message clair à voir ainsi cette salle bondée de représentants de tous ces horizons qui étaient devant lui.

Un scientifique offre un appui sans équivoque

Normand Mousseau, professeur de physique et ex-coprésident de la Commission sur les enjeux énergétiques au Québec (rapport déposé début 2014) était du nombre des conférenciers. Ce scientifique, auteur de plusieurs ouvrages sur des questions énergétiques, a indiqué de façon nette que l’utilisation de la biomasse forestière dans la filière de la chauffe était la cible à privilégier et la seule capable de substituer les énergies fossiles de façon économique.

Le prof Mousseau a toutefois lancé une mise en garde aux participants, bien que la biomasse forestière soit bien positionnée pour substituer les énergies fossiles dans la filière du chauffage, si les acteurs de cette filière n’agissent pas rapidement, d’autres solutions émergeront d’autres filières d’énergies renouvelables.

Une expertise présente pour des projets performants

La plupart des gens qui portent un certain intérêt pour le chauffage à la biomasse forestière connaissent ou ont entendu parler d’un projet qui a plus ou moins bien fonctionné. Il faut bien dire que les mauvaises nouvelles voyagent généralement plus vite que les bonnes.

Outre les chaufferies industrielles, seulement quelques hôpitaux (Abitibi et Saguenay) et quelques producteurs en serres utilisaient cette technologie avant 2009. Ce n’est qu’en 2009, avec le projet du CSSS d’Amqui, que la mise en place de chaufferies institutionnelles et commerciales, a véritablement fait ses débuts. Six ans plus tard, la conférence a permis de constater qu’une panoplie de projets performants ont été réalisés dans de très nombreux secteurs d’activités : agricole, agroalimentaire, institutionnel, commercial et industriel.

Elle a aussi permis de prendre conscience qu’une vaste expertise est née au Québec, tant pour tout ce qui se rapporte à la chaîne d’approvisionnement en combustible de qualité, qu’au niveau technique que pour la diversité et la qualité des équipements disponibles. Le réseau des coopératives forestières est du nombre avec le développement d’une importante expertise dans la gestion de la chaîne d’approvisionnement et la mise en place, à ce jour, de neuf centres de transformation et de conditionnement de la biomasse assurant la clientèle d’un approvisionnement garanti et de qualité.

Le ministre nous a dit qu’il était à préparer son plan d’action pour la mise en oeuvre de sa politique énergétique. Celle-ci constituera-t-elle le point de bascule d’un véritable développement de la filière? Tout est en place, le ministre et le Québec doivent saisir maintenant cette occasion.