Jocelyn Lessard

La charte du bois que nous voulions!

27 Mai. 2013

Le 30 avril dernier, la ministre des Ressources naturelles, Martine Ouellet et la ministre du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais, ont présenté ensemble la vision gouvernementale pour favoriser l’utilisation accrue du bois. Il s’agit d’une avancée importante pour le secteur forestier.

Des fondations solides

Il paraît que Rome ne s’est pas construite en un jour, c’est le cas aussi de la Charte du bois qui a nécessité un bon délai de gestation. Elle traduit aujourd’hui une volonté confirmée du gouvernement pour supporter l’utilisation du bois dans la construction. L’angle politique adopté pour étayer l’annonce est intéressant parce qu’il souligne les avantages concurrentiels du bois. Le fait que ces avantages soient présentés par le gouvernement plutôt que par les acteurs du secteur leur donnent plus de poids. Ce sont la création d’emplois, le caractère renouvelable de la ressource et la contribution majeure du bois à la réduction des gaz à effet de serres (GES). Le gouvernement se donne un rôle de leader en faisant preuve d’exemplarité pour l’application de la Charte. Il n’obligera pas son utilisation, mais pour tous les projets de construction utilisant des fonds publics le gestionnaire devra faire la démonstration qu’une solution bois a été évaluée. Le calcul des émissions de GES du projet devra aussi être effectué. Il s’agit d’une stratégie intelligente parce que difficilement attaquable par les lobbys opposés au bois, bien que l’on sait qu’ils ne seront certainement pas silencieux. Le gouvernement s’engage aussi à mettre en place une grappe industrielle réunissant les acteurs de la filière de la construction de bois. Il a également mis sur pied un plan de formation destiné aux professionnels concernés par la construction d’édifices, dont surtout les ingénieurs et les architectes, afin qu’ils développent des connaissances suffisantes pour utiliser le bois. Enfin, le gouvernement veut créer les conditions pour favoriser la recherche et l’innovation pour que le bois soit au coeur d’une stratégie de développement de l’économie verte avec des produits à forte valeur ajoutée et une grande efficacité énergétique. Cela complète le gain important qui vient d’être obtenu pour permettre la construction en bois d’édifices allant jusqu’à six étages. L’économie québécoise va consommer plus de bois et le développement de la filière procurera des avantages importants à nos industriels et constructeurs pour exporter des connaissances. C’est plus enrichissant que d’exporter seulement des ressources.

Des précieux partenaires

Une volonté gouvernementale aussi claire constitue un avantage déterminant pour le secteur. Elle a été obtenue grâce aux efforts combinés et soutenus de plusieurs organisations. Soulignons d’abord l’apport du groupe de travail qui s’est penché sur les obstacles à l’utilisation du bois en construction non résidentielle au Québec. Présidé par Léopold Beaulieu, président du Fondaction, ce comité d’experts avait remis son rapport au gouvernement en février 2012 qui comprenait plusieurs recommandations reprises par le gouvernement dans cette Charte du bois. Merci à tous ceux qui ont contribué à élaborer ce solide argumentaire. Mentionnons aussi le rôle majeur joué par le Centre d’expertise sur la construction commerciale en bois (Cecobois). Sa mission est de supporter et de faciliter l’utilisation accrue du bois en construction multifamiliale et non résidentielle au Québec, entre autres, dans une perspective de lutte aux changements climatiques et d’un développement économique responsable. Enfin, FPInnovations a produit la démonstration scientifique que le bois peut être utilisé en toute sécurité dans des constructions à plusieurs étages. Soyez assuré que ce n’était pas gagné à l’avance parce que la Régie du bâtiment n’est pas un organisme qui se contente de belles paroles; il faut des faits bien établis.

Bravo à la Mauricie!

Juste un mot pour souligner, en ce Mois de la forêt, le travail extraordinaire qu’effectuent les associations forestières en général et, cette fois-ci, celle de la Mauricie en particulier. Ils ont eu la gentillesse de m’inviter à prendre la parole à leur très intéressant colloque du printemps. L’association proposait de considérer une perspective historique, d’hier à demain, pour mieux comprendre les profonds bouleversements que le secteur forestier connaît. Tant la qualité des conférenciers que celle de l’auditoire étaient très stimulantes. Bravo et merci, vos travaux contribuent aussi beaucoup à faire connaître la très grande valeur de nos forêts et de ses produits.