Marc Beaudoin

La confiance

30 Jan. 2018

Plusieurs d’entre vous le savaient, RESAM a organisé au début de décembre, une mission en Suède. L’objectif était très simple : se sortir de notre système de référence et analyser de nouveaux processus afin d’améliorer la performance de nos organisations et de la forêt privée au Québec.

Une très belle expérience sans conteste, mais vous vous demandez ce que nous avons bien pu apprendre de cette aventure? En fait, la première chose qui me vient à l’esprit, c’est que le manque de sommeil n’est pas mortel! Depuis que mes enfants font « leurs nuits », je n’avais pas eu à me battre pour profiter de quelques heures d’un sommeil réparateur. Ce ne fut pas le cas lors de notre mission.

Les activités demandaient de l’attention bien sûr, mais voilà, mon cochambreur avait, pourrait-on dire, un sommeil actif! Quelques chansons pour égayer mes nuits, un petit bourdonnement de b-52 en trame de fond, et que dire des envolées oratoires inspirantes. Tout cela sans qu’il s’en souvienne. Juste ma parole pour rétablir les faits et plus d’énergie pour me défendre…

Trêve de blagues, ce fut une expérience très enrichissante. L’horaire était chargé et intéressant, et cette mission donnera beaucoup de matière à réflexion. Nous avons eu le loisir d’investiguer sur les mécanismes de mise en marché, de planification, de sylviculture sous plusieurs angles. Sans dire que nous avons tout passé au peigne fin, nous avons certainement eu réponse à plusieurs de nos interrogations.

LE FAIT SAILLANT

Qu’est-ce qui m’a le plus inspiré de cette semaine auprès des Suédois? Je pourrais vous parler de leur gestion de l’information très enviable. Je pourrais aussi ajouter l’importance que joue la forêt privée dans leurs processus. Que dire de la fiscalité qui accompagne le producteur dans la récolte des bois, et j’en passe.

Mais non, ce n’est pas ce qui m’a le plus frappé. Les paroles qui me reviennent constamment en tête et qui ont été répétées par plusieurs intervenants se résument à ceci : « Notre système s’appuie sur notre conviction que le propriétaire est honnête, désireux de maximiser ses rendements et capable de faire les bons choix. » En fait, ce que l’on nous dit, c’est qu’une culture de confiance s’est installée depuis fort longtemps et gouverne les échanges pour l’ensemble des acteurs de la forêt privée.

De ce fait, les inventaires sont plus limités, les contrôles bien moins nombreux, la planification beaucoup plus souple, etc. Les actions sont développées pour accompagner le producteur dans la récolte et la vente de bois et non l’empêcher de faire de « mauvaises choses ». C’est très inspirant!

QUE FAIT-ON?

Il ne nous reste plus qu’à retirer toutes les balises, non? Plus besoin d’agences ou même de ministère probablement? Ce serait trop facile. La vérité est tout autre, à mon avis. On l’a tous entendu, la confiance, ça se gagne… et ça se perd très vite. En effet, on peut bâtir une relation pendant un certain temps et la démolir rapidement par une action irréfléchie. C’est comme cela. Or, la volonté de créer de la richesse à partir de la forêt privée est plutôt jeune. Nous venons de mettre sur pied un plan de mobilisation des bois. Notre culture est encore… balbutiante.

Nous allons dans la bonne direction, mais, soyons honnêtes, les liens de confiance entre tous les acteurs de la forêt privée sont encore perfectibles. Selon moi, si nous voulons aller plus loin, il ne faudra pas avoir peur de responsabiliser les partenaires de la forêt privée et leur fournir les moyens pour arriver à l’objectif.

J’AI CONFIANCE

De mon côté, les groupements forestiers me donnent confiance. En effet, j’ai vu des gens analyser avec beaucoup d’attention les paroles des forestiers suédois afin d’y découvrir une manière d’être plus performants. J’ai constaté que, malgré les rumeurs, la foresterie privée du Québec en est une remarquable. Les nombreuses discussions auxquelles j’ai eu le plaisir de participer ont démontré que nos groupements forestiers ont une réelle volonté de toujours s’améliorer.

J’ai la conviction que nos organisations sont prêtes à faire le pas et à instaurer une réelle culture d’aménagement de la forêt privée basée sur le respect et la confiance entre les différents acteurs. Après tout, les propriétaires du Québec ne sont pas plus fous que les autres. Je vous laisse sur cette idée en vous souhaitant un très joyeux temps des Fêtes. De mon côté, je vais profiter de ce congé pour reprendre le sommeil volé par mon cochambreur.