Jocelyn Lessard

La force de l’image

16 Nov. 2015

L’opinion publique est façonnée par les informations qu’elle reçoit. C’est pourquoi les groupes environnementaux exercent une véritable influence en diffusant des messages forts et sans nuance. Cependant, d’autres phénomènes plus insidieux ont aussi de l’influence. Est-ce que nous nous préoccupons suffisamment des images qui représentent le secteur forestier.

Un procédé connu

Nous avons l’habitude de constater l’utilisation abusive de certaines images pour influencer l’opinion publique. Le film L’erreur boréale constitue un cas d’école pour illustrer cette pratique. C’est simple. Il suffit de trouver des images qui vont frapper l’imagination, peu importe si elles sont anecdotiques ou marginales. L’intention est claire. On ne veut pas illustrer la réalité, mais plutôt capter l’attention en misant sur le fait que les lecteurs croiront qu’il s’agit de la réalité.

Les gens de Greenpeace ont aussi bien compris ce procédé. Cette organisation a aussi les moyens de produire des images de très grande qualité pour soutenir leur propos. Le Jour de la Terre avait aussi créé toute une commotion en 2013. Cette organisation avait produit un film d’animation publicitaire qui présentait l’activité forestière comme destructrice de la nature. La méchante industrie avalait littéralement la belle forêt naturelle. Cela n’est pas très sympathique pour notre industrie, mais ce n’est pas vraiment étonnant. Quand la partie est rude, toutes les armes peuvent servir.

Les images font certainement partie de l’attirail du guerrier voulant remporter une bataille, surtout à notre époque où l’information circule tellement rapidement.

L’effet d’une image inappropriée

Il me semble autrement plus préoccupant quand les médias, supposés neutres, utilisent des photos erronées pour illustrer des nouvelles forestières. Ils contribuent alors, probablement inconsciemment, à alimenter la thèse des mauvaises pratiques forestières. Ils le font quand ils utilisent des images de forêts saturées d’eaux pour soutenir le texte de personnes interrogées sur la difficile situation du secteur forestier.

Le plus récent incident qui m’a interpellé s’est produit au début de la campagne électorale. La Presse+ a demandé aux partis politiques comment ils entendaient compenser les impacts environnementaux de leurs activités partisanes. Deux des partis précisaient alors qu’ils allaient compenser les émissions de GES par la plantation d’arbres en investissant notamment dans l’initiative «Carbone boréal». Jusqu’à maintenant, rien à dire, tout cela est plutôt positif.

Mon inquiétude provient du fait que le journal a illustré cette proposition en mettant une photo avec en premier plan une belle forêt et en arrière plan une coupe très récente. Il s’agit d’une mauvaise illustration pour deux raisons. Cette photo utilisée dans ce contexte sous-entend que cette forêt est mal régénérée et que, si les initiatives de Carbone boréal n’existaient pas, elle serait abandonnée ainsi.

Vous savez que le régime forestier assure un suivi rigoureux du territoire dédié à la production. Nos procédés de récolte font en sorte que la plus grande partie des sites se régénèrent naturellement. Quand ce n’est pas le cas, la préparation de terrain et le reboisement suivront rapidement. En plus, ce type de site, déjà inclus dans le cycle forestier, n’est pas admissible aux investissements pour compenser des GES. La majorité des lecteurs de La Presse+ ne savent malheureusement pas tout cela.

Prendre nos images en main?

La situation n’est pas complètement sombre. Bien au contraire, si vous naviguez sur Internet, vous trouverez une multitude de belles photos de forêts québécoises, d’empilement de bois ou de cours d’usines qui donnent une image juste de notre foresterie.

Mon point est qu’il faut s’assurer que cela se maintienne, surtout pour ceux qui devraient être neutres. En 2013, le Jour de la terre avait poussé le bouchon trop loin. Une réaction assez vive avait été enregistrée pour dénoncer cet abus. La réaction croisée de plusieurs acteurs du secteur avait amené les responsables de la campagne à corriger le tir. Depuis cette date, l’industrie forestière travaille d’ailleurs directement à la campagne, notamment en étant présente lors de la plantation d’arbres.

Tous ceux qui ont à coeur de protéger la réputation du secteur devraient toujours être vigilants en ne laissant pas passer ces erreurs. Nous devons aussi avoir en tête que nous devons aussi diffuser des images positives de nos activités, notamment en montrant des gens heureux de pratiquer leurs métiers, heureusement, il en existe encore!