Marc Beaudoin

La grille de taux en forêt privée

12 Mai. 2017

Nous étions au début de 2011. C’était un comité en vue de préparer le Rendez-vous sur la forêt privée de 2011. Le sujet : le calcul des taux. Les discussions étaient intenses. Est-ce qu’on payait trop, pas assez, suffi samment ? Ça dépendait de qui parlait.

La solution ? S’entendre sur une manière commune de calculer les taux afin d’assurer l’objectivité de la démarche et la véracité des résultats. RESAM s’est rallié à cette approche dès le début.

Pour nous, il était temps de mettre fin à toutes formes de suspicion de conflits ou d’apparence de conflits d’intérêts en mandatant une tierce partie qui aurait comme mandat de faire ce calcul. Depuis notre position n’a pas changé d’un iota.

UNE DÉMARCHE DIFFICILE, MAIS RIGOUREUSE

On se souvient tous du premier essai pour établir les coûts dans les agences. Cette approche s’est soldée par un échec. L’an dernier, le Bureau de mise en marché des bois (BMMB) a réalisé une première version d’une grille de taux commune avec les chiffres disponibles. Il y avait des carences, mais pour une fois, nous avions une approche structurée.

Cette année, nous avons constaté une évolution très intéressante de l’approche, notamment avec :

– L’utilisation de l’expérience acquise dans le calcul des taux en forêt publique ;

– L’utilisation de l’étude de coûts 2014 de forêt publique ;

– L’éclaircissement des activités d’encadrement professionnel.

Par contre, force est d’admettre que le travail n’est pas encore achevé. Les fonctionnaires du BMMB ont dû faire face à la rareté de certaines données, ce qui a mené à des conclusions avec lesquelles nous sommes quelques fois mal à l’aise.

POURQUOI C’EST SI IMPORTANT ?

Au cours des dernières années, RESAM et ses membres ont mis des efforts peu communs afin de documenter le calcul des taux en forêt privée. D’aucuns pourraient dire que c’est parce que nous voulons avoir les taux les plus hauts possible, mais ce serait faux de penser ainsi. Ce que nous voulons, c’est d’avoir l’heure juste. Une évaluation juste de la valeur des taux permet évidemment de rémunérer les facteurs de production correctement. Ce faisant, cela permet à l’État de démontrer qu’il ne paie pas trop cher pour supporter des interventions en forêt privée. Cela lui permet aussi de s’assurer que le producteur paie sa juste part.

Du côté des groupements forestiers et des producteurs regroupés, une évaluation juste des coûts de réalisation permettra de réaliser les travaux sylvicoles correctement tout en respectant la main-d’oeuvre qui devient de plus en plus rare.

IL RESTE DU TRAVAIL À FAIRE

Les résultats que nous avons à ce jour proviennent des données issues de l’étude de coûts en forêt publique. Bien qu’il s’agisse, pour le moment, de la meilleure approche disponible, il n’en reste pas moins qu’il s’agit d’une approche d’émulation qui ne se base pas sur les conditions propres à la forêt privée.

Il est donc essentiel de procéder à une étude de coûts propre à la forêt privée. Comme il s’agit d’un processus long, il faudra de plus recalculer la valeur des taux d’encadrement professionnel et calculer un indice de transposition entre la forêt publique et la forêt privée à très court terme.

CE QUE NOUS EN TIRERONS VRAIMENT

Mais le véritable enjeu à mon avis n’est pas de payer le juste prix. Non, il s’agit d’avoir les vraies données pour faire les bons choix. Ce que nous visons par une approche rigoureuse, c’est de voir ce qu’il en coûte vraiment et par la suite se poser la question pour savoir si c’est encore logique de procéder ainsi.

Nous avons tous un devoir de performance, celui d’être plus efficace, et pour cela nous devons faire des changements dans nos modes de fonctionnement pour y arriver. Le calcul des taux doit doter les partenaires d’informations fiables sur ce qu’il en coûte pour réaliser toute la gamme de travaux en forêt privée.

Ainsi, des choix éclairés pourront être faits pour permettre réellement une augmentation de la performance de tout un chacun. Il est évident qu’une telle approche prendra du temps. La stabilisation des taux se fera au rythme de l’acquisition d’informations et il faudra l’accepter… Agir autrement consisterait à se mettre la tête dans le sable et perpétuer une approche de négociation provinciale, cette même approche que nous voulions abolir en région.