Marc Beaudoin

La main-d’œuvre

12 Déc. 2018

En 1990, je commençais mon aventure universitaire en foresterie. J’étais enthousiasmé, prêt à conquérir le monde… et à profiter de mes années de jeunesse ; il faut bien le dire aussi ! J’ai été conquis dès le départ, d’autant plus que lors de l’activité d’initiation, une personne nous avait dit que l’avenir s’annonçait bien, car la démographie aidant il manquerait de main-d’œuvre en forêt d’ici peu! Bonne nouvelle! Les finissants semblaient avoir de la difficulté à se placer.

En 1996, j’amorçais ma carrière de directeur général d’une entreprise. Très motivant mais plutôt éreintant. En effet, il y avait plusieurs choses à apprendre. Pas de problèmes, j’ai pris des formations. Dans l’une d’entre elles, une personne nous avait dit de faire attention, car la démographie aidant il manquerait de main-d’œuvre en forêt d’ici peu ! Peut-être, mais quand je publiais une offre d’emploi, je recevais un grand nombre de candidatures.

En 2007, je travaillais fort afin de maintenir les investissements sylvicoles à un niveau, mais parallèle- ment, nous nous questionnions sur l’avenir de la main-d’œuvre. Malgré le fait que les coupures de postes s’accumulaient avec l’intensité de la « crise », certains nous mettaient en garde : faites attention, car la démographie aidant il manquerait de main-d’œuvre en forêt d’ici peu !

En 2018, plusieurs événements ont pu camoufler la tendance lourde, mais effectivement la démographie aidant il manque maintenant de main-d’œuvre en forêt! Je ne parle pas uniquement des ouvriers sylvicoles mais aussi du personnel d’encadrement, des ingénieurs forestiers, des techniciens. Tous sont devenus une denrée rare.

Nous avons raison d’être inquiets. La démographie n’aide pas c’est certain, mais nous sommes aussi en concurrence avec d’autres secteurs pour les mêmes employés. La situation ne s’améliorera pas d’elle-même. Elle s’aggravera si on ne fait rien.

POURTANT JE SUIS OPTIMISTE

Ceux qui me connaissent bien savent que je ne suis pas fataliste. Je ne crois pas à la fin de la foresterie ni à l’effondrement de ce secteur économique. Je vois dans les épreuves une occasion rare de refaçonner nos processus. Nous vivons maintenant le choc annoncé de la rareté de la main-d’œuvre. Cela pose un réel problème, toutefois je suis tout de même optimiste.

En effet, j’ai participé dernièrement au colloque annuel du Comité sectoriel de main-d’œuvre en aménagement forestier (CSMOAF). Ce colloque avait un thème bien choisi : « La main-d’œuvre forestière de demain ! » Plusieurs conférences ont su nous informer ou nous réveiller, c’est selon. Certains éléments m’ont donné espoir. En voici quelques-uns :

Une relève rare mais forte

J’ai eu la chance de rencontrer un groupe d’étudiants. Si vous vous rappelez votre période universitaire, vous souvenez-vous d’avoir investi votre semaine de lecture pour organiser vous-même une visite chez des industriels ? Moi je ne m’en rappelle pas! Ils sont peut-être rares les finissants, mais ils sont très intéressés et ils ont choisi ce métier. On peut compter là-dessus.

Une conscientisation générale

Avec l’offre disponible, il est rare aujourd’hui de tenir un colloque à guichet fermé. C’est pourtant ce qui est arrivé. Évidemment, la programmation était de qualité, mais avoir à refuser des participants est plutôt rare. Ceci me fait dire que la préoccupation de la main-d’œuvre est passée à un autre stade, celui de la réalité.

En effet, la nécessité est la mère de l’inventivité comme on dit ! Aujourd’hui, il y a un groupe important de personnes de différents horizons qui partagent une même problématique, et qui essaient de trouver des solutions. Un tel groupe, uni, peut faire beaucoup.

Des outils disponibles

Le CSMOAF a fait des pieds et des mains afin de proposer des outils aux acteurs de notre secteur. Que ce soit par la recherche d’informations, la préparation d’outils, de formations spécialisées, le CSMOAF est une expertise qui vaut la peine d’être utilisée, car elle est fortement liée aux acteurs du milieu. L’adoption à l’unanimité du plan stratégique en est un bel exemple.

EN CONCLUSION

Il est venu le temps de regarder le problème en face. Nous devons changer nos façons de faire et regarder la main-d’œuvre autrement. Des outils sont disponibles, mais ils ne valent rien s’ils ne sont pas utilisés. Il appartient à tous, employeurs et employés de mettre la main à la pâte et de s’assurer que chaque outil soit utilisé au profit du secteur. Les gens sont le cœur de notre secteur et il faut tout faire pour qu’il puisse continuer à battre avec vigueur.